Rebelles : Girl Power au delà de toutes les espérances !

Rebelles : Girl Power au delà de toutes les espérances !

CRITIQUE FILM – "Rebelles" est une comédie noire qui révèle trois femmes ordinaires dans des situations extraordinaires : des rôles jubilatoires pour Cécile de France, Audrey Lamy et Yolande Moreau.

Bien que le réalisateur Allan Mauduit se défende d’avoir fait un film féministe, lui préférant du bout des lèvres la notion de film féminin, il y a indéniablement du Virginie Despentes dans Rebelles. On dirait même que les mots de l’écrivaine et cinéaste de King Kong Théorie ont été pensés et écrits spécialement pour les trois héroïnes de Allan Mauduit. Jugez plutôt : "Il y a des hommes plutôt faits pour la cueillette, la décoration d’intérieur et les enfants au parc, et des femmes bâties pour aller trépaner le mammouth, faire du bruit et des embuscades". Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Sandra (Cécile de France), Marilyn (Audrey Lamy) et Nadine (Yolande Moreau) n’ont pas froid aux yeux et ne s’embarrassent pas des clichés dits féminins.

Chez elles, et parce que les circonstances l’exigent, pas de gentillesse ou d’empathie qui tiennent. De la débrouille, du culot, de la répartie, de la sournoiserie, du mensonge, de la trahison, des coups reçus mais aussi donnés et s’il le faut, des meurtres. Et rien, jamais, qui ne soit insurmontable, car rien ne semble les surprendre. Allant même au-delà d’œil pour œil, de dent pour dent, et rendant coup pour coup elles retombent toujours sur leurs pattes. Comme si ce qu’elles traversent et la façon dont elles s’en sortent toujours, les galvanisait encore plus. Comme si les situations extraordinaires dans lesquelles se retrouvent ces femmes ordinaires révélaient leur véritable personnalité et leur audace folle.

Et cette outrance est franchement jubilatoire à l’écran ! On retrouve le ton grinçant sans gêne et sans vergogne qu’on avait aimé dans Vilaine et la série Kaboul Kitchen, dont Allan Mauduit a été le créateur. Il y a aussi un air de famille évident avec C’est arrivé près de chez vous ou avec Bienvenue chez les Rozes. On ne s’ennuie pas une seconde, tant le rythme est haletant et les obstacles, de plus en plus énormes dans la surenchère, toujours surprenants !

Il ne faut pas trop chercher de noises à des femmes sans limites

La vie des ces trois femmes est dure, certes, mais aucune ne se plaint. Sandra est revenue s’installer chez sa mère (Béatrice Agenin) à Boulogne Sur Mer, 15 ans après y avoir été élue Miss Nord-Pas-De Calais. Elle n’a rien perdu de sa superbe, la classe d’une cagole du sud en plus. Toujours aussi hautaine, elle n’impressionne pas Marilyn, qui la connaissait déjà au lycée. Cette dernière élève son jeune fils toute seule, mais l’adulte n’est pas celle qu’on croit. Quant à Nadine, elle subvient aux besoins de son mari et de ses deux fils, qui n’en fichent pas une. Elles bossent toutes les trois dans l’usine de conserverie locale.

Au début, Rebelles a d’ailleurs tous les ingrédients de la comédie sociale, puisque le réalisateur distille d’emblée les conditions de travail de cette usine. Il donne ainsi à voir des femmes qui n’ont d’autre choix que de bosser à la chaîne dans cette région meurtrie par le chômage. Et peut-être même d’autre choix, pour être sûres de garder leur emploi, que de passer à la casserole et de céder aux avances de Jean-Mi (Patrick Ridremont), le contremaître et seul homme dans ce travail à la chaîne. Mais la comédie sociale va vite virer à autre chose. Car l’effet déclencheur de l’association improbable de ces trois rebelles, c’est que Sandra, qui en a vu d’autres et ne se laisse pas faire, repousse Jean-Mi. Mais après une scène qui devrait devenir légendaire, suscitant autant de rires que d’effroi, il décède, laissant un sac de gros billets.

Ni une ni deux, décision est prise de faire disparaître le corps de Jean-Mi et de garder le fric. Elles vont ensuite devoir faire face aux gangsters qui veulent récupérer leur argent et à l’enquête lancée suite à la disparition du contremaître. Et le réalisateur et son co-scénariste Jérémie Guez - habitué des films d’action - ont eu la bonne idée de continuer à pousser le bouchon aussi loin dans la construction de leurs personnages masculins, inversant comme pour les héroïnes, les rôles des archétypes. Simon Abkarian, qui interprète un des gangsters, et Samuel Jouy le flic, sont, dommage pour eux, des sentimentaux. Comédie noire réjouissante et film girl power assumé au casting épatant, Rebelles aurait très bien pu s’appeler "No Limit" et son résumé aurait pu être l’une des nombreuses brillantes répliques du film : "si la violence ne résout rien, c’est que tu n’as pas tapé assez fort".

 

Rebelles de Allan Mauduit, en salle le 13 mars 2019. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

Conclusion

Note de la Rédaction

"Rebelles" est une comédie déjantée qui donne à voir des héroïnes sans foi ni loi, et c'est réjouissant !

Note spectateur : 4.78 (2 notes)