Respect : à la gloire d’Aretha Franklin

Respect : à la gloire d’Aretha Franklin

CRITIQUE / AVIS FILM – Jennifer Hudson incarne Aretha Franklin dans "Respect", qui retrace l’accession au succès de l’icône de la soul. Un biopic qui a sa place parmi les pièces maîtresses du genre ?

Respect : naissance de la Reine

Comment condenser la vie d’une icône américaine dans un long-métrage de 2h25 ? Né de l’impulsion des producteurs Scott Bernstein et Harvey Mason Jr. après leur collaboration sur N.W.A : Straight Outta Compton, Respect ne parvient malheureusement pas à trouver de réponse idéale tant le cahier des charges semble imposant.

Réalisé par Liesl Tommy, qui signe son premier film après avoir mis en scène plusieurs pièces de théâtre dont Hamlet, La Leçon de piano ou encore Eclipsed de Danai Gurira, le biopic s’ouvre sur une séquence qui tente de résumer son parti pris. Durant son enfance à Detroit, dans l’imposante demeure de l’éminent pasteur baptiste C.L. Franklin (Forest Whitaker), la petite Aretha est réveillée par son père pour dévoiler ses talents de chanteuse à une myriade d’invités. Parmi les membres de l’assemblée ébahie par sa prestation figure notamment Dinah Washington (Mary J. Blige), pionnière du gospel moderne et du blues qui lui donnera sa bénédiction.

Respect
Respect © Universal Pictures

Le talent d’une jeune prodige, son don pour la scène et surtout l’influence de son paternel désireux de briller à travers ses prouesses : la plupart des thèmes de Respect apparaissent dans cette introduction. L’enfance de l’artiste destinée à devenir reine se poursuit jusqu’au décès de sa mère Barbara (Audra McDonald), et revient par la suite dans de courts flashback évoquant ses traumatismes.

Les démons occultés d’Aretha

L’émancipation de l’interprète de Think représente donc le cœur du film, qui reste souvent en surface de son sujet. Les promesses brisées qu’Aretha Franklin a surmontées transparaissent à travers ses rapports toxiques avec deux des hommes les plus importants de sa vie. Néanmoins, Respect garde une distance permanente avec les douleurs et démons de la chanteuse, alors qu’ils sont la source de certains de ses tubes.

La rencontre avec son futur époux et manager Ted White (incarné par Marlon Wayans, parfait dans ce contre-emploi) est traitée comme une romance laissant entrevoir une possible échappatoire de l’emprise de son père. Puis, le long-métrage se montre plus évasif lorsqu’il se penche sur les moments violents de leur relation.

Comme N.W.A : Straight Outta Compton, et à l’inverse de The Doors, Walk the Line ou du récent Judy, Respect lorgne davantage du côté de l’hagiographie sage et didactique, occultant les pages les plus sombres d’un parcours incroyable. Les abus subis par une fillette devenue mère pour la première fois à l’âge de douze ans émergent au cours d’un bref passage. Ils ne sont ensuite abordés qu’en filigrane. L’alcoolisme de la diva n’est développé que dans la dernière partie, pendant une séquence de perdition elliptique elle aussi succincte.

Respect
Aretha Franklin (Jennifer Hudson) - Respect © Universal Pictures

Une retenue cohérente avec la volonté de la star décédée en 2018 de préserver le mystère autour de ces chapitres de son existence. Elle prive toutefois le biopic d’une véritable honnêteté, le faisant ainsi succéder à bon nombre de projets (Notorious, Bohemian Rhapsody) incapables d’ôter le vernis et étouffés par l’ombre des mastodontes auxquels ils sont dévoués.

Au service de la création

Respect n’est finalement jamais aussi entraînant et touchant que quand il s’attarde sur le processus créatif d’Aretha Franklin. A l’image de la production du morceau Boyz-N-The-Hood dans N.W.A : Straight Outta Compton, la naissance d’I Never Loved a Man (Like I Love You) en Alabama s’impose comme l’une des rares scènes galvanisantes du film, au même titre que les discussions entre la reine de la soul et son producteur Jerry Wexler (Marc Maron) autour de son évolution artistique.

C’est dans ces séquences, et lors des concerts, que Jennifer Hudson semble le plus habitée par ce rôle qu’elle rêvait d’incarner, après avoir eu le privilège de faire la première partie de son modèle.

Plombé par sa narration fourre-tout (la mort de Martin Luther King caractérise par exemple cette impression de remplissage), Respect tente de donner un aperçu exhaustif de la vie d’une icône. Le long-métrage en oublie progressivement le thème pourtant passionnant du morceau dont il emprunte le titre. En résulte une œuvre à l’image de ses cartons finaux : intéressante mais vaine, instructive mais jamais surprenante.

Respect de Liesl Tommy, en salle le 8 septembre 2021. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

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