Saint Omer : film de procès troublant et drame touchant sur la maternité

Saint Omer : film de procès troublant et drame touchant sur la maternité

CRITIQUE / AVIS FILM - Premier film de fiction d'Alice Diop, "Saint Omer" retrace le procès d'une femme accusée d'avoir tué son bébé. Un long-métrage troublant qui réussit à soulever de nombreuses interrogations, et qui reste longtemps en tête.

Saint Omer : un procès troublant

Jeune romancière enceinte, Rama (Kayije Kagame) assiste au procès de Laurence Coly (Guslagie Malanda) à Saint Omer. Cette dernière est accusée d'avoir tué sa fille de quinze mois. Elle l'aurait abandonnée sur une plage du nord de la France à marée montante.

Lors de son arrivée au tribunal, Laurence Coly plaide non coupable et espère pouvoir découvrir les raisons derrière son geste, assurant avoir été victime d'un sort vaudou. Son témoignage chamboule Rama et la renvoie à sa propre vie, à ses rapports compliqués avec sa mère et à ce rôle qu'elle se prépare à endosser.

Saint Omer
Laurence Coly (Guslagie Malanda) - Saint Omer ©Les Films du Losange

En tant que film de procès, Saint Omer se place à l'opposé de Du silence et des ombresAutopsie d'un meurtre ou Philadelphia et de leurs discours flamboyants et emplis de ferveur. Instaurant un rythme lent, le long-métrage privilégie de longs plans fixes sur Laurence Coly, qui raconte son enfance, sa venue en France, sa rencontre avec le père de son enfant et leur relation amoureuse compliquée.

La mise en scène s'accorde parfaitement au jeu de Guslagie Malanda, indéchiffrable jusqu'au bout. Malgré l'horreur de l'infanticide, il est impossible pour le spectateur de l'aimer ou de la détester. Alice Diop réussit à faire naître des interrogations autour de ce personnage, qui subsistent longtemps après avoir vu Saint Omer. Son assurance et ses contradictions parfois provoquées par l'avocat général (Robert Cantarella) sèment un trouble permanent.

Ni coupable, ni innocente

La réalisatrice aborde ainsi le fait divers de manière inédite, lorgnant souvent du côté du documentaire (Alice Diop vient d'ailleurs de ce genre) à travers les longs échanges filmés en temps réel et s'inspirant d'ailleurs de l'histoire vraie de Fabienne Kabou. Un traitement à l'opposé mais tout aussi intéressant de celui de Dominik Moll pour La Nuit du 12, où le coupable n'est jamais clairement visible et où les ellipses sont nombreuses.

Saint Omer
Saint Omer ©Les Films du Losange

Quoi qu'il en soit, dans les deux cas, l'innocence et la culpabilité passent au second plan. Ce qui importe, c'est la façon dont le vécu, le passé et les inégalités mènent à commettre le pire. Le rejet des autres, l'ignorance d'une mère et la fracture sociale sont par exemple à prendre autant en compte dans le geste de Laurence Coly que sa folie et son inhumanité supposées. C'est d'ailleurs ce que tente de faire la présidente du tribunal incarnée par Valérie Dréville, qui refuse de céder au sentimentalisme, assumant ainsi parfaitement l'impartialité qu'elle se doit de représenter.

Une quête d'apaisement

Malgré son approche froide et radicale, qui risque de rebuter certains spectateurs qui pourraient n'y voir qu'un exercice de style verbeux, l'émotion naît dans Saint Omer grâce au regard de Rama. Enceinte et en froid avec sa mère, elle est prise de doutes lorsqu'elle écoute Laurence Coly et qu'elle voit comment elle est traitée. Elle est par exemple témoin du racisme de l'avocat général, qui ne se rend même pas compte des préjugés dans lesquels il est enfermé quand il reproche à l'accusée son élocution exemplaire, qu'elle utiliserait selon lui pour manipuler les jurés.

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Rama (Kayije Kagame) - Saint Omer ©Les Films du Losange

Les réponses essentielles de Saint Omer ne sont donc pas celles autour de la culpabilité ou l'innocence de Laurence Coly, mais celles que trouve Rama à la fin du film. Le long-métrage est aussi un récit d'apaisement et de réconciliation. Des notions qui semblent à jamais inaccessibles pour l'accusée mais vers laquelle l'écrivaine peut tendre, ce que prouvent d'ailleurs les derniers plans particulièrement touchants.

Saint Omer d'Alice Diop, en salles le 23 novembre 2022. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

Conclusion

Note de la rédaction

Complexe, lent, bavard, fascinant et émouvant, "Saint Omer" est un drame difficile à aborder mais qui soulève des interrogations essentielles sur la maternité et sur les raisons qui mènent à commettre l'impensable.

Note spectateur : Sois le premier