Salam : l'avant et après Diam's vus par elle-même

Le retour de Mélanie Diam's

Salam : l'avant et après Diam's vus par elle-même

CRITIQUE / AVIS FILM - Produit par Brut, "Salam" s'intéresse à l'histoire complexe de Diam's et à sa reconversion à l'islam. Un documentaire pertinent dans son sujet et sa dédiabolisation de la religion, mais très problématique dans la forme.

Diam's, du rap à l'islam

Mélanie Georgiades, alias Diam's, est de ces artistes musicales qui ont marqué les années 2000. Dès 2003, avec son deuxième album Brut de femme, la rappeuse devient disque d'or. Puis, les succès s'enchaînent et les récompenses avec. Des tubes, comme La Boulette ou Jeune Demoiselle de l'album Dans ma bulle (2006), sont chantés par toute une génération. Tandis que Confessions nocturnes a droit à une amusante parodie par Michaël Youn.

Mais alors au sommet, l'artiste disparaît des radars. Elle plaque tout, avant d'apparaître voilée à la sortie d'une mosquée sur une photo prise par un paparazzi. Aussitôt les médias s'en emparent et pointent sa reconversion à l'islam comme un événement choquant. Avec le recul, Diam's est devenue le symbole d'une problématique toujours actuelle en France : le rapport qu'a notre pays à la religion musulmane. Et c'est ce que pointe en partie le documentaire Salam.

Salam - ©Pan Distribution
Salam ©Pan Distribution

Centré sur Diam's, le film (produit notamment par Brut) revient sur le succès de l'artiste et son mal-être de plus en plus fort et difficile à gérer. Devant la caméra, Mélanie s'exprime, raconte sans peine cette période difficile de sa vie où elle pensait qu'exprimer sa souffrance par la musique suffirait. Mais la réalité est autre. Diam's va mal, se fait du mal, tombe en dépression et découvre, une fois internée qu'elle est bipolaire. S'en suit une longue période douloureuse jusqu'à ce qu'elle retrouve un peu d'apaisement par la religion.

Un récit pertinent mais dirigé laborieusement

Il y a évidemment une part très intéressante dans le sujet de Salam. Au-delà du parcours chaotique d'une artiste comme on en a déjà vu, le documentaire dédiabolise l'islam. Pour Mélanie, sa croyance est simple. Il s'agit d'être bon envers les autres et elle l'applique en s'impliquant pour aider des orphelins en Afrique. Sa vision est moralement juste, évidemment, et il serait peut-être bon que certains extrémistes religieux (de toutes les religions) comme politiques l'entendent. Malheureusement, si le fond est pertinent (la paix retrouvée par Diam's), la forme est bien plus dérangeante.

Dès le générique de début quelque chose frappe aux yeux : "Un film de Diam's. Ecrit et réalisé par Diam's, Houda Benyamina et Anne Cissé". Cette présence de Mélanie comme créatrice de Salam devient problématique car elle n'a aucun recul sur sa propre vie, mais la mise en scène ne suit pas dans ce sens. Charlotte Gainsbourg assumait par exemple avec son documentaire Jame par Charlotte le fait de nous embarquer dans son quotidien et celui de sa mère. Salam se veut lui faussement neutre. Certains discours, notamment d'intervenants (amis artistes ou non, sa mère, sa manageuse), paraissent même écrits, dirigés et anglés.

Salam - ©Pan Distribution
Salam ©Pan Distribution

Bien sûr, un documentaire ne doit pas se contenter de capter "la vérité" et de la ressortir à l'écran. Et on se réjouit quand ce genre de film va au-delà d'une succession d'interventions pour proposer un peu de cinéma. Seulement ici l'aspect cinématographique est également d'un mauvais goût affligeant. Avec ces plans filmés au drone où Mélanie marche sur la plage. Ou devant un coucher de soleil avec, tantôt sa voix off qui récite des textes, tantôt des chants supposés induire une sérénité retrouvée. Sans oublier les apparitions de dauphins dans l'océan pour un moment définitivement lunaire.

Une image publicitaire qui devient surexplicative et grossière (comme lorsque Mélanie, toujours à la plage, passe dans l'obscurité au moment où est évoquée sa part sombre). Houda Benyamina et Anne Cissé, les deux réalisatrices de métier, sont alors les premières à mettre en cause et font preuve d'une prétention écœurante. Une démarche d'autant plus nuisible qu'elle met dans l'ombre un message important.

Salam était présenté en avant-première à Cannes. En salles le 1er juillet 2022. Ci-dessus la bande-anonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

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