Santiago, Italia : le retour à l'humain de Nanni Moretti

Santiago, Italia : le retour à l'humain de Nanni Moretti

Le réalisateur italien revient sur grand écran avec un documentaire, "Santiago, Italia", ou l'histoire de ces persécutés de la terreur du général Pinochet, exilés depuis son coup d'État historique en 1973. Majoritairement derrière la caméra, Nanni Moretti se permet, à des moments opportuns, d'apparaître et d'apporter d'autant plus d'humanité à son film.

Un film de Nanni Moretti, quelqu'en soit la forme et le propos, reste toujours un événement. On l'avait quitté pour la dernière fois en 2015, ou la sortie du choc Mia Madre, petit chef-d'œuvre (qui mûri très bien avec le temps) qui a succédé à un autre excellent cru, le jubilatoire Habemus Papam (2011). Maintenant qu'on se penche sur sa filmographie, force est de constater que le cinéaste italien prend son temps. Il s'agit de trouver le bon sujet, le bon angle et de ne surtout pas précipiter les choses... Nouvelle preuve à l'appui.

Pendant près de trois ans, Moretti a fignolé un film-documentaire - genre risqué - intitulé Santiago, Italia. Une plongée personnelle (mais aussi collective) dans une autre époque, entre les années 70 et 80, d'abord sous Salvador Allende, puis lors de l'implosion politique (et sociétaire) que provoque le coup d'État du général Pinochet. Lorsque l'Ambassade d'Italie ouvre grand ses portants aux exilés chiliens, les inconnus se croisent, les vies se chamboulent, se bousculent, se changent à jamais.

Moment oublié mais toujours saillant

Nanni Moretti filme cela en tout impunité, car il est tout à fait légitime. Cette "belle histoire italienne" (c'est lui-même qui emploie ce terme, à raison), à l'ampleur de plus d'une centaine d'humains et quelques 40 heures d'enregistrements. Monté en condensé (le documentaire ne dure qu'à peine 1h20), Santiago Italia, est avant tout un film qui repose sur ses dialogues. Évidemment jamais écrites à l'avance ; les situations, les scènes, les discussions, les interviews... Tout est filmé avec une telle candeur qu'on ne peut qu'être admiratif de ce travail d'archive et historique offert par le réalisateur.

Surtout, Moretti immortalise une Italie qui n'est plus. La générosité, l'élan d'humanité impulsé par ce droit d'asile, insufflent comme un sentiment de nostalgie. À notre époque, tout cela serait-il encore possible ? Le réalisateur, qui a eu l'occasion de beaucoup s'exprimer sur le film, ajoute :

"Je dois dire que ces années m’ont surpris, j’ai éprouvé un rare moment d’orgueil national. Au montage, je me suis rendu compte que, sans que je l’aie programmé, le film commence en parlant du Chili d’autrefois et finit en parlant, involontairement mais pas par hasard, de l’Italie d’aujourd’hui"

Structuré en chapitres, Santiago, Italia est une lettre d'amour d'antan, écrite avec émotion par Moretti, pour l'Italie, son pays, sa nation. L'implication, certaine, du réalisateur, à rendre ce film aussi important et imposant, c'est aussi grâce à son implication face caméra. Lorsque Moretti apparaît pour intervenir, le spectateur n'en est que plus investi, l'image d'autant plus saisissante.

Un soupçon d'amertume, cependant, à la sortie de la salle de cinéma, lorsque la réalité nous rattrape. Celle d'une Italie (qu'on peut calquer sur l'Europe toute entière) qui s'est vraisemblablement estompée aujourd'hui.

 

Santiago, Italia de Nanni Moretti, en salle le 27 février 2019. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

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