Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux : voyage spectaculaire façon cinéma chinois

Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux : voyage spectaculaire façon cinéma chinois

CRITIQUE / AVIS FILM - Avec "Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux" Marvel met en vedette son premier super-héros d’origine asiatique dans une production spectaculaire qui se veut, en partie, fidèle à celles du cinéma chinois.

Shang-Chi, le film d'entre-deux

Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux arrive peut-être au pire des moments pour lui au sein de la programmation du Marvel Cinematic Universal. Après Black Widow (sorti le 7 juillet 2021), plutôt réussi et porté par une symbolique forte (les adieux à Scarlett Johansson après plus de dix ans de bons et loyaux services), et avant le très attendu Les Éternels (3 novembre 2021). Entre les deux, il y a donc Shang-Chi. Un nouveau personnage méconnu du grand public. Mais par souci de représentation des minorités, Disney a voulu lui donner sa chance pour en faire le premier super-héros d’origine asiatique à la tête d’une production Marvel. Les plus cyniques y verront surtout un moyen d'engranger toujours plus d’argent grâce au marché chinois.

Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux
Shang-Chi (Simu Liu) - Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux ©Marvel

Mais peu importe après tout, business is business, et nous voilà à devoir juger à nouveau une origin story. Celle de Shang-Chi (Simu Liu), le fils du terrible Mandarin (Tony Leung Chiu-wai). Pour échapper à la cruauté de son père, le garçon a décidé de se réfugier aux États-Unis. Mais après des années à se faire discret, son paternel lui envoie ses assassins pour une raison mystérieuse. C’est le début de l’aventure de Shang-Chi qui partira alors, avec sa meilleure amie Katy (Awkwafina), en direction de Macao pour retrouver sa sœur, également visée par leur père.

La famille, c'est sacré

Shang-Chi est donc avant tout une histoire de famille. Mais contrairement à ce que notre rapide résumé de l’intrigue peut laisser présager, la caractérisation des personnages est un peu plus complexe. Car le Mandarin n’est pas totalement méchant au fond. Il l’a été, par le passé, mais il a bien tenté de se ranger après avoir rencontré sa femme (Fala Chen). Et ses nouvelles motivations se révèlent compréhensibles. Du côté de Shang-Chi, son départ a logiquement été mal vécu par sa sœur, totalement abandonnée et livrée à elle-même. Il y a donc une vraie problématique dans les rapports entre un père et son fils, et un frère et sa sœur. Des éléments intimes qui peuvent s'approcher davantage du cinéma de Destin Daniel Cretton (States of Grace et Le Chaâteau de verre) et qui sont finalement bien plus intéressants que l’aventure générale qui se dessine.

Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux
Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux ©Marvel

Par ailleurs, on retrouve une avancée de l'histoire déjà vue. Des rebondissements attendus, des révélations qui peinent à passionner et des flashbacks interminables qui rallongent un film beaucoup trop long. Le tout est saupoudré de passages humoristiques typiques des films Marvel. Si cette légèreté est appréciable la plupart du temps, elle déçoit dès lors qu’elle apparaît pour faire passer des lacunes scénaristiques (classique chez Marvel). C’est le cas avant le dernier acte lorsque nos héros ont la chance de se retrouver enfermés avec une créature qui, justement, connaît le chemin à emprunter pour la suite de leur quête. D'une facilité déconcertante mais qu'on nous fait passer à l'aide de cette adorable peluche qu'on peut s'attendre à retrouver bientôt dans les magasins Disney.

Le cinéma chinois en référence

On sent néanmoins dans Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux la volonté de représenter au mieux la culture chinoise. En faisant parler, en grande partie, les personnages en chinois, ou en évoquant les discriminations envers les Asiatiques. Mais le plus intéressant reste la manière dont le film évoque d’anciennes grandes productions du cinéma chinois. Dès le début, lorsque les parents de Shang-Chi se rencontrent, une certaine nostalgie nous prend. La présence de Tony Leung Chiu-wai (toujours si charismatique) y est pour beaucoup. Lui qui fut Ip Man dans The Grandmaster (2013) de Wong Kar-wai et était notamment au casting d’Hero (2003) de Zhang Yimou.

Face à lui, Fala Chen, dont la première apparition dans le film Marvel n’est pas sans rappeler le souvenir de Zhang Ziyi au milieu de la forêt de bambous de ce même Zhang Yimou dans Le Secret des poignards volants (2004). S’en suit un combat joliment chorégraphié, bien qu’entaché par un trop-plein d’effets visuels.

Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux
Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux ©Marvel

D’autres séquences d’action, pour une fois assez visibles, permettent de dynamiser le film. C’est le cas d’une scène avec un échafaudage en bambous sur lequel Jackie Chan aurait pu, par le passé, s’en donner à cœur joie. Et pour son final qui bascule définitivement dans le fantastique avec des dragons géants, et fait intervenir Michelle Yeoh (coucou Tigre et Dragon), bien que la beauté visuelle soit inégale, la générosité proposée pourrait être celle de Tsui Hark sur Detective Dee (2011).

Malheureusement, tous ces grands auteurs cités précédemment ne sont pas derrière la caméra de Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux. Destin Daniel Creton est avant tout un réalisateur de films indépendants. Et c'est dans ce domaine qu'il excelle. À l’évidence, il n’est pas un maître dans l’art de filmer l’action et il ne serait pas surprenant que Marvel ait confié cette tâche à une autre équipe (souvent le cas). Reste que l'ensemble est en dessous de toutes ces références. Mais au moins l'intention était bonne.

Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux de Destin Daniel Creton, en salle le 1er septembre 2021. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

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