Showing Up : Michelle Williams dans une ode à la création

Une artiste au bout du rouleau

Showing Up : Michelle Williams dans une ode à la création

CRITIQUE / AVIS FILM – Après "Wendy et Lucy", "La Dernière piste" et "Certaines femmes", Kelly Reichardt et Michelle Williams se retrouvent pour "Showing Up". Une comédie dramatique dans laquelle l'actrice incarne une artiste légèrement dépassée par son entourage, mais qui s’accroche.

Showing Up : l’artiste et l’oiseau

Kelly Reichardt fait partie des cinéastes américains les plus doués pour raconter des histoires sur des marginaux et des solitaires, sachant parfaitement amener de la gravité dans le quotidien sans tomber dans la surenchère. Après le western First Cow, la réalisatrice revient à un cadre contemporain avec Showing Up.

First Cow
First Cow ©Condor

Un long-métrage dans lequel son actrice fétiche Michelle Williams prête ses traits à Lizzie, une artiste qui dessine et sculpte des femmes en mouvement. Lizzie a du mal à gérer ses interactions avec les autres. Sa voisine, propriétaire et amie préfère préparer son exposition plutôt que de s’occuper de sa panne d’eau chaude, sa mère et employeuse l’écoute à peine, son frère a un tempérament compliqué et refuse de sortir de chez lui et enfin, son père accueille de sympathiques squatteurs chez lui et n’en à rien à faire de ses conseils.

Dans cet environnement, l’héroïne aurait de quoi déprimer mais ce n’est évidemment pas le genre de Kelly Reichardt de filmer des personnages qui subissent, bien au contraire. Malgré les difficultés, Lizzie s’accroche et persévère, acceptant même d’accueillir un pigeon blessé chez elle. Et si elle se montre d’abord réticente à l’idée de s’en occuper, l’oiseau finit par l'adoucir et lui apporter un peu de calme.

La création pour refuge

Showing Up est probablement l’un des films les plus légers de Kelly Reichardt. S’il parvient à se laisser emporter dans le rythme lent, le spectateur prend plaisir à suivre les galères de Lizzie au sein de la communauté artistique de Portland.

À travers sa photographie et l’attitude blasée de la formidable Michelle Williams, jamais totalement dépitée pour autant, le long-métrage dégage une douceur apaisante. Il réussit par ailleurs à éviter l’ennui grâce à des situations décalées et des personnages truculents, à l’image du père de l’héroïne interprété par Judd Hirsch, totalement à côté de la plaque.

Le film est surtout une ode à la création, mettant constamment en avant la précision et l’imprécision des gestes qui font la beauté des œuvres, la méticulosité avec lesquelles elles sont travaillées et le respect avec lequel les matériaux sont manipulés. La création est le principal point de repère de Lizzie, qui peut s’y réfugier pour s’échapper de sa famille dysfonctionnelle, sans avoir à la fuir.

Kelly Reichardt compose parfois ses cadres comme des tableaux, et pas seulement pour des moments où ce parti pris semble évident. Elle va ainsi savoir mettre en valeur son actrice principale en pleine action, mais va accorder autant d’importance à un pigeon confortablement installé dans une voiture ou à deux fainéants affalés dans un canapé. Une manière d’éviter la pose, et de faire concilier à merveille le fond et la forme, rappelant que le discours importe peu tant que le soin apporté au travail est total.

Showing Up de Kelly Reichardt, en salles prochainement. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces. Le film était présenté au Festival de Cannes 2022 en compétition officielle.

 

 

 

 

 

 

 

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