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Sorry We Missed You : le nouveau brûlot de Ken Loach

Sorry We Missed You : le nouveau brûlot de Ken Loach

CRITIQUE FILM / AVIS La dernière fois qu'on avait croisé la route de Ken Loach, c'était pour Moi, Daniel Blake en 2016. Ce film avait alors fait rentrer le réalisateur anglais dans le cercle très fermé des doubles lauréats de la Palme d'Or. Voir son dernier long-métrage en compétition est loin d'être un surprise, donc ... Mais le film est-il, lui aussi, surprenant ?

"Engagé" est peut-être la meilleure définition du cinéma de Ken Loach. Le cinéaste anglais désormais octogénaire continue de livrer des films dénonçant les travers de la société anglaise, et son capitalisme tentaculaire. Dans Moi, Daniel Blake, il faisait le portrait d'un homme et d'une femme devant faire face à la privatisation du système de l'emploi, malgré un état physique fragile pour l'un et la détresse de l'autre.

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Dans Sorry We Missed You, c'est la même trame narrative qui est à l'œuvre : Ricky, père de famille et paysagiste qui vient de perdre son emploi, est engagé dans un service privé de livraison de colis. Il est très vite confronté à la précarité de ce travail, devant travailler six jours par semaine, parfois quatorze heures par jour. Devant à la fois répondre à un supérieur antipathique et à la tyrannie du système informatique auquel il est obligé de rendre des comptes, sa vie devient infernale.

Au-delà dénonciation de l'uberisation de la société, pour employer un néologisme, Ken Loach s'attache à raconter les répercussions de ce système sur la vie familiale du protagoniste. On suit ainsi aussi la vie de Abby, la femme de Ricky, et de leur fils aîné, en pleine crise d'adolescence.

Malheureusement, le prisme familial du récit, de plus en plus important au fil du film, n'est pas des plus intéressants, venant un peu casser l'immersion jusque là passionnante dans le quotidien, parfois kafkaïen, du livreur.

Fidèle à lui-même, Ken Loach adopte en effet un point de vue presque documentaire pour suivre les déboires de Ricky. De l'entrepôt aux paliers des clients, on se rend compte - ou on se rappelle - de ce qui se cache derrière les livraisons express des sites en ligne. Le cinéaste anglais a dans le viseur les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft), et ne s'en cache pas, allant jusqu'à expliciter ses propos dans quelques dialogues qui font un peu maladroit.

A Dog Day Afternoon

Ken Loach a un amour débordant pour ses personnages, qui parfois crève l'écran. En filmant des hommes et femmes du quotidien, dans leur quotidien, il renforce l'empathie du spectateur. Mais à vouloir trop émouvoir, l'émotion peine à percer : la spirale infernale semble ne plus pouvoir s'arrêter, et les difficultés vont s'enchaîner à un rythme tel qu'on finit par y être insensible. Au bout d'une énième scène humiliante, le spectateur finit par être lassé.

On ressentait déjà la même gêne dans le film précédent, lorsque l'héroïne craquait dans une banque alimentaire. Non pas qu'on considère le cinéma comme devant être une zone de confort, bien au contraire, mais filmer ses personnages dans leur quotidien le plus sombre, sans recul possible, nous donne l'impression de faire pencher la balance de l'empathie vers le misérabilisme.

Au-delà de cette réserve, il faut tout de même l'avouer : Sorry We Missed You nous fait réfléchir. Si le style très free cinema n'atteint pas des sommets de mise en scène, le double palmé est toujours un directeur d'acteurs hors-pair. Les protagonistes ne sont en effet pas des comédiens professionnels, mais ayant, ou ayant eu, un travail proche de leur personnage : plombier pour le mari, assistante scolaire pour la femme. Et quoiqu'il en soit, même si son cinéma a perdu un peu d'éclat, Ken Loach a toujours la rage, à quatre-vingt ans passés, bien déterminé à continuer de mettre en lumière les injustices qui peuvent exister.

 

Sorry We Missed You de Ken Loach, présenté au Festival de Cannes, en salle au second semestre 2019. Ci-dessus un extrait. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

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