Spencer : les fantômes de Lady Diana

Renversant

Spencer : les fantômes de Lady Diana

CRITIQUE / AVIS FILM. Présenté en avant-première mondiale à la 78ème édition de la Mostra de Venise, « Spencer » de Pablo Larrain offre une plongée angoissante dans l’âme torturée de Lady Diana. Sublime et déchirant. Le meilleur rôle de Kristen Stewart.

A little bit of fun

Cinq ans après Jackie, le cinéaste chilien Pablo Larraín met en scène un nouveau biopic avec Spencer. Après avoir filmé Natalie Portman dans la peau de Jackie Kennedy, c’est au tour de Kristen Stewart de camper une des figures les plus célèbres du 20ème siècle : Lady Diana.

Comme il l’avait fait pour Jackie, Pablo Larraín s’éloigne du biopic classique en se concentrant sur quelques heures charnières de la vie de la princesse de Galles. Le film se déroule pendant les fêtes de Noël 1991, dans le superbe domaine de Sandringham situé dans le Norfolk. Plus particulièrement les 24, 25 et 26 décembre.

Le film s’ouvre sur la séquence d’arrivée quasi militaire des provisions pour les trois jours de fêtes de la famille Royale. Tout est millimétré, scruté, rien ne dépasse. Le chef cuisinier (interprété par Sean Harris) prévient ses troupes : ils n’ont pas droit à l’erreur. On ne badine pas avec les traditions royales. Quelques instants plus tard, Diana apparaît seule, au volant de sa Porsche. Elle s’arrête dans un patelin pour demander son chemin. Elle est en retard pour le traditionnel dîner de la veille de Noël. Un acte délibéré pour tenter de repousser l’échéance d’une prison dorée dont elle ne sortira pas durant 72 heures.

Vertige

La gigantesque demeure royale se transforme peu à peu en un endroit hostile pour Diana. Pablo Larraín utilise les codes du thriller psychologique (on pense notamment à The Shining) pour illustrer l’enfermement mental dans lequel se trouve la princesse.

Lady Diana (Kristen Stewart) - Spencer
Lady Diana (Kristen Stewart) - Spencer © Neon Films

Toujours en fuite, Diana est poursuivie par la menace de ses devoirs royaux auxquels elle tente, en vain, d’échapper. Cette menace insidieuse la conduit à être sans cesse en fuite, dans une course perdue d'avance, illustrée par de longs travellings.

Ses tenues choisies pour elle par ses habilleuses, ses bijoux, sont autant de liens qui l'asphyxient et dont elle tente de se débarrasser. Ses seuls instants de répit, elle les trouve auprès de ses deux fils, William et Harry, alors âgés d’une dizaine d’années, et auprès de sa styliste et confidente (interprétée par Sally Hawkins).

Dans Jackie, Pablo Larraín filmait Natalie Portman comme un fantôme, errant dans les couloirs vides de la Maison Blanche. Dans Spencer, le réalisateur convoque une nouvelle fois cette figure fantasmagorique pour évoquer la solitude de son héroïne à ce moment charnière de sa vie (c'est après ces trois jours qu'elle décidera de divorcer de Charles). On croise notamment le fantôme d’Anne Boleyn, épouse maudite d’Henry VIII, pour qui Diana va développer une véritable obsession, tant elle trouve des résonances avec sa propre vie.

Une proposition radicale

En utilisant les codes du thriller psychologique, Pablo Larraín dynamite le genre du biopic, et offre un regard saisissant sur l’âme torturée de Lady Diana. Fable vertigineuse sur l’existence de cette figure majeure du 20è siècle, Spencer nourrit également la réflexion sur le statut de superstar dont Diana a toujours souffert, et qui a -indirectement- causé sa perte.

Kristen Stewart trouve ici le meilleur rôle de sa carrière, et délivre une performance habitée, ultra maitrisée, sans jamais tomber dans le mimétisme. Il ne serait pas étonnant de la retrouver dans la prochaine course aux Oscars.

Dernier élément indispensable à la réussite du film : la photographie absolument renversante de Claire Mathon, qui après nous avoir régalés avec son travail pour Portrait de la jeune fille en feu, fait de chaque plan de Spencer un véritable tableau.

Si nous avons eu la chance de découvrir Spencer sur grand écran à la 78ème Mostra de Venise, le film ne sortira pas en salles en France, mais directement sur Prime Vidéo à l'automne.

 

 

 

 

 

 

 

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