Storia di vacanze : la vie sans conte de fées

Storia di vacanze : la vie sans conte de fées

CRITIQUE / AVIS FILM - Réalisé par les frères Damiano et Fabio D'Innocenzo, "Storia di vacanze" surprend en drame à hauteur d'enfants sur la pauvreté de familles italiennes d'une banlieue romaine.

Les enfances meurtries de Storia di vacanze

Storia di vacanze s’ouvre sur la voix d’un homme ayant découvert le journal intime d’une petite fille. À sa lecture, il se dit subjugué par la naïveté enfantine et les banalités qui lui procurent une sensation de malaise. Puis, le texte s’arrête sans prévenir. Il décide alors de le continuer et nous annonce que ce qui suit est inspiré d’une histoire vraie.

« Une histoire vraie inspirée d’une histoire fausse. Une histoire fausse pas très inspirée… »

Une introduction qui donne le ton éminemment pessimiste de Storia di vacanze. Le film plonge dans le quotidien de plusieurs familles d’une banlieue pavillonnaire de Rome en plein été. Des familles qui, sans être miséreuses, sont pauvres d’esprit. Du moins les adultes qui offrent un bien triste modèle à leurs enfants. Un père macho et vulgaire, une future maman enceinte jusqu’aux dents et cigarette à la main, ou un autre père à la limite de l’idiot congénital. Des modèles pathétiques pour des enfants qui, dès lors, n’auront même pas le temps de vivre leur innocence, de croire aux contes de fées (en italien favolacce, titre original du film).

Storia Di Vacanze
Storia di vacanze ©Pepito Produzioni - Amka Films

Les frères Damiano et Fabio D'Innocenzo instaurent dans leur mise en scène précise un sentiment de malaise profond en restant à la hauteur de quatre enfants ; Dennis (Tommaso Di Cola) et sa petite sœur Alessia (Giulietta Rebeggiani), Viola (Giulia Melilo), et Geremia (Justin Korovkin). La force des deux réalisateurs est de faire passer la tragédie qui se déroule devant nos yeux par des regards. Chacun des enfants reste mutique durant la quasi-totalité du film. Mais parvient néanmoins à exprimer quantité d’émotions – preuve de la qualité des jeunes interprètes. À l’image de Viola, rasée par ses parents après avoir attrapé des poux et qui laisse à peine entrevoir des larmes.

Qu'y a-t-il de plus effroyable que la bêtise ?

Bien que la population représentée ici est très différente des parents de Virgin Suicide (1999), Storia di vacanze trouve des ressemblances avec le film de Sofia Coppola. Par des thématiques, des lieux et une atmosphère lourde qui envahit certains plans. Il en va de même avec l’absence de violence parentale physique, au sens de maltraitance récurrente. C'est la misère intellectuelle de ces parents incapables d'élever leurs progénitures, centrés uniquement sur eux. Tous ces adultes se montrent extrêmement envahissants. Et, de ce fait, mettent en lumière le manque d'espace pour les enfants qui ne peuvent avoir d'existence.

Dès le début, lorsque « le chef de famille » Bruno (Elio Germano, toujours très juste) enjoint en plein repas à Dennis et Alessia de lire devant tout le monde leur excellent bulletin scolaire. Ou lors de l’anniversaire de Viola qui s’ouvre sur son visage filmé au plus près par un téléphone. Une intrusion terrassante du monde adulte qui touche jusqu’à la sexualité de ces pré-ados.

Storia Di Vacanze
Storia di vacanze ©Pepito Produzioni - Amka Films

Les enfants sont les objets de leurs parents. On est là dans une opposition entre des adultes dans la toute puissance et des enfants qui n'ont pas de pouvoir sur leurs rares désirs. Par exemple, lorsqu’il ramène une piscine gonflable, ce n’est qu’un court instant que Bruno accepte d'offrir un peu de joie aux enfants du quartier. Allant sans raison apparente détruire sa propre piscine. Lâche, il dira à ses enfants que des gitans doivent être responsables. Un acte qui témoigne du rejet de son propre mode de vie. Évidemment conscient de sa pauvreté, Bruno, au chômage depuis des mois, semble à la fois dans un dégoût de son milieu et dans le refus de s’offrir une quelconque échappatoire.

Storia di vacanze s’avère donc être un drame réussi marqué par une sensation d’étrangeté. Comme si le film de Damiano et Fabio D'Innocenzo pouvait basculer dans le fantastique. Bien que ce ne soit jamais le cas, Storia di vacanze reste un film dérangeant qui ne peut laisser indifférent, se montrant extrêmement pessimiste à l’égard d’un milieu misérable sans jamais sombrer dans le misérabilisme.

 

Storia di vacanze de Damiano et Fabio D'Innocenzo, en salle prochainement. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces. Le film est présenté au Festival du film policier.

 

 

 

 

 

 

 

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