Suprêmes : un biopic qui ne nous met pas la fièvre

Suprêmes : un biopic qui ne nous met pas la fièvre

CRITIQUE / AVIS FILM - En attendant la collaboration Arte/Netflix sur le même sujet, la réalisatrice Audrey Estrougo propose son biopic sur NTM avec "Suprêmes". Une tentative loin d'être désagréable qui manque quand même de personnalité.

La naissance d'un mythe

À la fin des années 80, le rap n'est pas un courant musical installé en France. Le mouvement hip-hop n'en est qu'à un état embryonnaire. L'arrivée du Suprême NTM fait l'effet d'une bombe. Personne ne s'attendait à une telle déflagration sonore. Elle allait d'ailleurs devenir un véritable phénomène de société. "T'avais jamais entendu de rap français" dira Youssoupha dans les années 2000, avec un soupçon d'égo-trip. Une line qui aurait eu plus de sens si elle avait été lâchée par JoeyStarr ou Kool Shen lors de leur folle ascension.

Audrey Estrougo raconte justement, dans Suprêmes, les débuts du groupe issu de Seine-Saint-Denis. Le scénario s'étend seulement sur quelques années et se boucle au moment du premier concert au Zénith en 1992. Une délimitation qui nous immerge dans les coulisses des premiers pas de ce mastodonte de la scène rap francophone.

Suprêmes
Suprêmes ©Sony Pictures Releasing France

Un biopic qui se refuse à la moindre prise de risque

L'exercice du biopic implique toujours un dangereux risque de tomber dans du cinéma descriptif. Suprêmes n'y échappe pas. Son approche scolaire annihile l'occasion de raconter quelque chose de plus grand par le biais du cinéma. Les connaisseurs du sujet suivront le déroulé du film sans apprendre grand chose. Ni en trouvant de la singularité dans le regard posé sur NTM. Audrey Estrougo met du cœur à l'ouvrage pour faire éclore quelques efficaces moments d'agitation, notamment quand elle suit ses deux acteurs en train de rapper. De l'énergie, Suprêmes n'en manque pas et traduit relativement bien l'esprit qui animait les deux piliers. Avec les accrocs, la prise de conscience de l'opportunité incroyable, les exigences du professionnalisme et l'accès à la réussite.

Pour un total néophyte en la matière, l'incursion dans le hip-hop de la première partie des années 90 aura certainement un intérêt plus prononcé. C'est à eux qu'il faut conseiller le long-métrage. Les autres seront frappés par les échos avec l'actualité quand sont évoquées les violences policières, donnant l'impression que certaines choses n'ont toujours pas changé en France. Le film en fait rarement quelque chose d'intéressant mais une très courte scène avec JoeyStarr qui traverse son quartier en assistant de manière détachée à des actes de violence laisse d'un coup apercevoir ce qu'Audrey Estrougo aurait pu déployer si elle avait voulu apporter un regard plus acéré sur son matériau de base.

Deux acteurs convaincants

L'ensemble manque de saveur, ne dépassant pas le stade du biopic calibré. Toutefois, le long-métrage ne manque pas de rythme (le contraire aurait été un comble pour un film sur le rap) et il faut saluer les deux excellents acteurs principaux. Par-delà la ressemblance physique qui fonctionne, Sandor Funtek et Théo Christine parviennent à trouver dans leur jeu ce qui fait l'essence des mythes qu'ils interprètent. Un gros travail a été fait de ce côté et on y croit tout le temps. Le premier retranscrit le calme de l'un, le second la bestialité de l'autre. Quelque chose se passe quand ils se donnent la réplique ou s'entrechoquent sur scène. C'est sur leurs épaules que repose une partie de l'intérêt de Suprêmes, biopic sans fautes de goût à déplorer mais bien trop lisse pour marquer le genre.

Suprêmes d'Audrey Estrougo, en salle le 24 novembre 2021.

 

 

 

 

 

 

 

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