Sur les chemins noirs : écrire pour réfléchir, marcher pour rester en vie

Sur les chemins noirs : écrire pour réfléchir, marcher pour rester en vie

CRITIQUE / AVIS FILM : Porté par Jean Dujardin et adapté du roman de Sylvain Tesson, "Sur les chemins noirs" sort ce mercredi 22 mars 2023 dans les salles obscures. Critique d'une aventure humaine dépaysante et touchante.

Sur les chemins noirs : Jean Dujardin à l'attaque de la campagne française

Après avoir été assistant réalisateur sur des films comme Seuls Two (2008), Loup (2009) ou encore Il reste du jambon ? (2010), le cinéaste Denis Imbert devient pour la première fois premier réalisateur sur la série Platane (2011). Depuis, il a mis en scène deux longs métrages : Vicky (2016) et Mystère (2021). Le cinéaste français est de retour avec son troisième long-métrage : Sur les chemins noirs.

Adapté du roman éponyme de Sylvain Tesson (qui a participé à l'élaboration du scénario), le film raconte le destin de Pierre (Jean Dujardin), un écrivain excentrique, qui fait une chute de plusieurs étages. Physiquement diminué, il décide cependant de se lancer dans un périple impressionnant et traverse la France à pieds du Mercantour au Cotentin. Un voyage unique de 1300 km dans la campagne française.

Pierre (Jean Dujardin) - Sur les chemins noirs
Pierre (Jean Dujardin) - Sur les chemins noirs ©Apollo Films

Sur les chemins noirs est une réussite. Film maîtrisé, dépaysant, l’œuvre peut compter sur un rythme efficace grâce à un montage alterné intelligent. Plutôt que de proposer une intrigue linéaire, Denis Imbert se lance dans un long-métrage qui met en place un montage proposant un roulement entre présent : séquences de marche dans la campagne, et passé : sa vie d'avant, quand il était encore un journaliste pédant. Cela permet de créer une opposition maline entre les deux vies du protagoniste. Entre son approche prétentieuse et acquise de sa vie précédente, et une remise en question obligatoire pour apprécier de nouveau les complexités de l'existence. Une seconde vie dominée par l'oubli, l'abandon, l'écriture comme catharsis et le pardon personnel comme chemin vers la renaissance.

Un récit introspectif

Denis Imbert offre un morceau de cinéma parfaitement écrit. L’œuvre peut compter sur une voix off littéraire, poétique et lyrique, miroir du roman de Sylvain Tesson. Une manière de créer du dynamisme dans une aventure solitaire, qui peut difficilement composer sans ce procédé narratif. Sur les chemins noirs est surtout une aventure introspective. Celle d'un homme qui a tout perdu (son physique, sa souplesse, sa femme), obligé de se dépasser pour se solidifier, pour évoluer et pour reprendre goût à son existence. Cet homme voit sa condition changer, décidant de passer de bourgeois suffisant, alcoolique, presque antipathique, à un aventurier de la terre et de la roche, simple, solitaire, sobre et silencieux avec, comme seul moyen d'expression, sa plume salvatrice.

Pierre (Jean Dujardin) - Sur les chemins noirs
Pierre (Jean Dujardin) - Sur les chemins noirs ©Apollo Films

Une introspection qui permet également d'avancer une réflexion sur la vacuité de la vie en ville. Sur les chemins noirs questionne les spectateurs sur leur mode de vie, sur leur sédentarité, sur leurs excès et leur volonté de s'agglutiner dans les métropoles plutôt que de retourner à la nature. Denis Imbert partage une œuvre qui fait sens, qui promeut un retour aux sources, à la simplicité, au calme, à ce qui est vraiment important, et qui vient contester un mode de vie, des professions, des relations illusoires, superficielles et dénuées de sens véritable.

Regard sur la France

Sur les chemins noirs est également une œuvre écologique, mais dans sa dimension la plus pure. Jamais Denis Imbert n'est moralisateur envers sa société, il se contente de rappeler, et de mettre en avant une facette de la France oubliée et sous-estimée. Via une esthétique souvent superbe grâce à des décors naturels renversants, le réalisateur rappelle la beauté visible de notre pays, de sa campagne et de sa nature. Il signe un regard attachant et plein de tendresse sur une France abandonnée, sur une diagonale du vide laissée pour compte, délaissée par un État indifférent et par une population aveugle déconnectée du réel.

Pierre (Jean Dujardin) - Sur les chemins noirs
Pierre (Jean Dujardin) - Sur les chemins noirs ©Apollo Films

Denis Imbert propose ainsi des scènes criantes de vérité, presque politiques, à l'image de cette séquence où Jean Dujardin parcourt un petit village, où la majorité des habitations et des commerces est couverte de panneaux À vendre. Une réalité qu'on oublie, également matérialisée par une rencontre pleine de spontanéité entre le protagoniste et un vieux fermier, qui voit son univers disparaître petit à petit. Chacune de ces rencontres permet d'ailleurs de donner du rythme et de la vie au film, comme de délicieuses cerises sur le gâteau.

Denis Imbert rappelle ainsi qu'un autre mode de vie est possible : plus sain, plus naturel et malheureusement (ou heureusement ?) plus solitaire. Il ne nous reste plus qu'à prendre notre sac à dos, et à marcher en direction de plus verts pâturages...

Sur les chemins noirs de Denis Imbert au cinéma dès le 22 mars 2023. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

Conclusion

Note de la rédaction

Denis Imbert signe une adaptation efficace du roman de Sylvain Tesson. Une œuvre dépaysante qui offre un regard touchant et véridique sur une France abandonnée.

Note spectateur : 3.13 (8 notes)