Suzanna Andler : Charlotte Gainsbourg s’approprie les mots de Marguerite Duras

Suzanna Andler : Charlotte Gainsbourg s’approprie les mots de Marguerite Duras

CRITIQUE / AVIS FILM - Charlotte Gainsbourg redonne vie à un personnage de Marguerite Duras dans "Suzanna Andler" de Benoît Jacquot. Un drame poignant mais qui atteint vite ses limites.

Suzanna Andler : une femme oubliée

Ancien assistant de Marguerite Duras, avec laquelle il avait notamment collaboré sur les longs-métrages Nathalie Granger et India Song, Benoît Jacquot lui avait fait la promesse d’adapter sa pièce Suzanna Andler. Une parole désormais tenue, avec Charlotte Gainsbourg dans le rôle-titre.

Le film se déroule sur une journée. Dans les années 60, le personnage éponyme visite une villa sur la Côte d’Azur, qu’elle est censée louer pour le mois d'août. Suzanna se projette et imagine l’été qu’elle pourrait avoir devant elle, rythmé par les visites de ses proches. Mais les songes laissent vite place à une réalité qui revient heurter l’héroïne, composée en partie par les infidélités de son riche époux.

Pendant plusieurs heures, Suzanna va errer dans les lieux et ses alentours. Un arrêt dans le temps qui lui renvoie son désespoir, sa solitude et les souvenirs d’un bonheur qui s’est depuis fissuré. Et malgré plusieurs apparitions, à commencer par celles de son amant Michel (Niels Schneider), le sentiment d’isolement dans cette demeure et ces paysages délaissés ne fait que croître.

Une approche radicale

Pour mettre en valeur les mots de l’écrivaine, Benoît Jacquot opte pour un dépouillement total dans Suzanna Andler. L’héroïne ne quitte quasiment jamais la pièce centrale de la villa et lorsqu’elle le fait, la caméra du réalisateur colle au plus près des visages. Les mouvements sont limités et répétitifs, au point d’écraser le protagoniste mais aussi le spectateur.

Suzanna Andler
Suzanna Andler (Charlotte Gainsbourg) - Suzanna Andler ©Les Films du losange

Un dispositif radical au cœur duquel Charlotte Gainsbourg livre une performance parfaite. Les mots de Suzanna résonnent de manière naturelle chez la comédienne, qui sait aussi bien mettre en avant sa fragilité que la résilience avec laquelle elle accepte l’impasse émotionnelle qui la retient.

Benoît Jacquot parvient à faire ressortir l’attente, l’échappatoire par l’alcool et les sentiments amoureux divisés. Des thématiques chères à Marguerite Duras explorées ici avec dureté, à travers une épure qui rend un lieu ouvert et lumineux de plus en plus cloisonné et triste, à l’image du personnage. Si les intentions sont tout à fait perceptibles, difficile pour le spectateur de ne pas avoir l’impression que l’entreprise tourne à vide, à mesure que les répétitions s’enchaînent, étouffant peu à peu le besoin d’une perspective nouvelle ou d’une rupture de ton, qui ne viendront pas.

Une prison mentale

Suzanna Andler évoque l’aliénation d’une femme victime de son environnement social, incapable de s’en extirper. L’héroïne pense avoir un semblant d’intimité et de liberté grâce aux mensonges minimes qu’elle tient auprès de son entourage. Elle se sent néanmoins incapable de prendre une décision sans l’aval de son mari. Ce dernier est en contact avec son amant, ce qui laisse entendre que Suzanna n’est même pas libre de ses tromperies.

Sous prétexte de vouloir la préserver, ses proches lui cachent tout, y compris leur propre transparence entre eux. Le contrôle qu’elle a sur sa vie n’est qu’illusoire. L’alcool et l’imposture s’imposent donc comme les seules issues dans un quotidien que la richesse ne peut plus embellir, devenant même un barreau supplémentaire. Des considérations pouvant paraître dérisoires, voire agaçantes, pour une partie du public pour qui le temps n’est hélas pas une valeur étirable.

 

Suzanna Andler de Benoît Jacquot, en salle le 2 juin 2021. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

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