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Tesnota – Une vie à l’étroit : le choc tant attendu ?

Kantemir Balagov, jeune russe originaire du Nord Caucase, a débarqué au dernier Festival de Cannes avec « Tesnota – Une vie à l’étroit » dans la section Un Certain regard, un premier film plutôt prometteur mais dont le choc s’essouffle assez vite.

Tout le monde ne débarque pas au Festival de Cannes pour présenter son premier film à seulement 25 ans, c’est le moins que l’on puisse dire. Kantemir Balagov, le jeune russe derrière Tesnota, une vie à l’étroit présenté à Un Certain Regard, avait même été pressenti pour remporter la Caméra d’Or l’année dernière. Depuis, les mois ont passé et le souffle est petit à petit retombé.

Le film sort loin des murmures qui avaient réussi à exciter tout le monde en mai dernier : non, Kantemir Balagov n’est pas le nouveau Orson Welles (même s’ils ont réalisé leur premier film à seulement 25 ans, la comparaison s’arrête là). Balagov est un cinéaste talentueux, certes (cela se voit), mais ce serait sans doute forcer le pas que de porter aux nues Tesnota, un film prometteur mais qui manque in fine de substance pour vraiment venir secouer le jeune cinéma européen.

En 1998 dans le Nord Caucase en Russie, Ilana (Darya Zhovnar) travaille dans le garage de son père. Mais alors que les fiançailles de son frère David viennent d’être célébrées, celui-ci est enlevée avec sa jeune fiancée au cours de la nuit. Issue d’une communauté juive isolée, la famille d’Ilana va devoir récupérer la somme d’argent pour payer la rançon demandée par les ravisseurs. De son côté, Ilana entre en conflit avec ses parents quand elle apprend que ceux-ci projettent de quitter la région une fois son frère libéré. Elle s’enfuit et part se réfugier avec Zalim, son copain, issu de la communauté Kabarde, qui ne côtoie pas non plus la communauté juive de la région.

Puissance du contexte

Au fond, le titre du film français Une vie à l’étroit est assez équivoque : Ilana, seul personnage que l’on suit tout au long du film, vit à l’étroit entre sa famille, ses traditions, son désir de liberté, sa communauté et celles peuplant une région difficile où cohabitent juifs, caucasiens, kabardes et tchétchènes à une époque où la première guerre de Tchétchénie vient bouleverser les enjeux politiques de la région.

On remerciera d’ailleurs Balagov d’avoir introduit, par des cartons indicatifs, le contexte géo-politico-socio-historique de son film. Car bien que le scénario de son film se révèle d’une simplicité assez désarmante (une jeune fille veut se détacher de ses liens familiaux trop contraignants), Tesnota, une vie à l’étroit tire sa force dans ce qu’il révèle de l’époque et du lieu dans lesquels il prend place, et de ce qu’il dit du rapport qu’entretient le réalisateur avec ceux-ci (Balagov est lui aussi originaire de Naltchik, la ville où prend place Tesnota).

Sans ces simples indications introductives, c’est tout le film qui en aurait été bouleversé. Les conflits sous-jacents de la région sont si obscurs pour un occidental que sans aide préalable, il aurait été compliqué de trouver une dimension supplémentaire à ce film d’émancipation alors que c’est ce qui, en vérité, en fait la grande force. La scène où les jeunes kabardes, accompagnés d’Ilana, découvrent sur une K7 l’égorgement de soldats russes par des islamistes tchétchènes est d’une puissance traumatisante. La sauvagerie transmise par l’image à des jeunes plus ou moins indifférents à l’horreur perpétrée sous leurs yeux en dit long : qu’ils soient choqués ou non, il leur est impossible de l’exprimer tant le contexte ambiant est invivable et étouffant. Ils sont tous à l’étroit.

Un cadre à l’étroit

L’itinéraire d’Ilana et sa volonté d’émancipation guideront ainsi ce film-assommoir. Avec sa violence permanente, ses crises de nerfs fracassantes, ses engueulades fratricides et ses dialogues percutants, Tesnota est un semi-choc : un film éminemment douloureux quoique assez attendu. La tension ambiante que doit supporter Ilana est certes, intense du début à la fin, mais est appuyée par une mise en scène extrêmement prévisible. Près des visages, près des corps, le confinement ad nauseam du cadre vers le visage des protagonistes du film est censé souligner le manque d’air que ceux-ci doivent endurer mais finit par fatiguer et par appuyer la lourdeur parfois outrancière du scénario (peu de choses sont au final proposées au-delà de cette idée de mise en scène).

Alors il y a bien quelques scènes marquantes, quelques regards à l’impact saisissant, quelques plans qui nous disent que, peut-être, on a à faire là à un futur grand réalisateur (seul l’avenir le confirmera, mais ce n’est pas une certitude), on en ressort tout de même lessivé, un peu abattu et quelque peu déçu par les promesses initiales du film qui ne sont pas respectées. Le contexte géographique et historique choisi par le jeune Kantemir Balagov pour ce premier film était pourtant si judicieux, si propice à un film mémorable, qu’un drame familial de plus semble être, au regard de ce qui était possible de faire ici, un peu maigre.

 

Tenosta – Une vite à l’étroit de Kantemir Balagov, en salle le 7 mars. Ci-dessus la bande-annonce.

Tout le monde ne débarque pas au Festival de Cannes pour présenter son premier film à seulement 25 ans, c'est le moins que l'on puisse dire. Kantemir Balagov, le jeune russe derrière Tesnota, une vie à l'étroit présenté à Un Certain Regard, avait même été pressenti pour remporter la Caméra d'Or l'année dernière. Depuis, les mois ont passé et le souffle est petit à petit retombé. Le film sort loin des murmures qui avaient réussi à exciter tout le monde en mai dernier : non, Kantemir Balagov n'est pas le nouveau Orson Welles (même s'ils ont réalisé leur premier film…

Note de la rédaction

Note de la rédaction

Sur la bonne voie

Parfois frustrant, souvent assommant, « Tesnota » est, pour un premier film, tout de même une réussite. Espérons à l'avenir que le jeune Kantemir Balagov confirme avec plus d'impact les espoirs placés en lui.

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