The Batman : la Vengeance avant le Justicier

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The Batman : la Vengeance avant le Justicier

CRITIQUE / AVIS FILM - Matt Reeves présente une version sombre et violente du Chevalier noir dans "The Batman" avec cette fois Robert Pattinson pour incarner le célèbre héros.

Plus qu’un éternel recommencement avec The Batman

Difficile de trouver plus iconique super-héros que Batman. Le personnage issu des comics DC est ancré dans la culture populaire et a su toucher le public depuis des décennies avec plusieurs incarnations au cinéma. D’abord dans un esprit gothique avec les deux films de Tim Burton et les oubliables de Joel Schumacher, avant que Christopher Nolan ne propose un style réaliste post-moderne avec sa trilogie The Dark Knight.

Après quoi Zack Snyder a donné une dimension plus fantastique au personnage en le faisant affronter Superman dans L’Aube de la justice. Pour The Batman, Matt Reeves revient lui à quelque chose de plus réaliste (comme Nolan donc), à échelle humaine, en proposant un thriller aussi inquiétant qu’étonnant et qui évite la redondance de voir une énième version du héros.

The Batman
Bruce Wayne (Robert Pattinson) - The Batman ©Warner Bros.

En effet, ce nouveau film n’est pas à proprement parler un film de super-héros, mais bien un polar sombre dans lequel Batman joue les détectives (avec Gordon, qui n’est pas encore commissaire) pour mettre la main sur un tueur psychopathe. Le Bruce Wayne présenté a donc un long chemin à faire (presque trois heures de film) avant de devenir le justicier que l’on connaît. Pour autant, Matt Reeves n’a pas fait l’erreur de refaire une origin story classique sur ce personnage culte.

Bruce combat le crime depuis deux ans. Mais bien que certains l’appellent déjà Batman, lorsqu’un groupe de loubards lui demande qui il est, celui-ci répond : Vengeance. On découvre ainsi un personnage bien plus ambigu, extrêmement renfermé sur lui-même (avec Alfred souvent mis de côté) et plus brutal que jamais. Pas étonnant qu’après avoir fait fuir ses opposants précédemment cités, la victime qu’il vient de sauver le supplie de ne pas lui faire de mal.

Un thriller inquiétant et puissant

Comme dit précédemment, ce Batman est ancré dans la réalité et surtout dans le sol. Sa première apparition, il la fait dans une station de métro d’un pas lourd comme pour annoncer sa présence. Tandis que l’une de ses échappées dans les airs se termine dans la douleur. On est loin du « justicier ninja » de Nolan qui pouvait apparaître et disparaître en un instant – Reeves y fait tout de même une ou deux références. Batman se déplace à pied, à moto ou occasionnellement avec une rugissante Batmobile, et passe même par la porte d’entrée des clubs de nuit. Cela le rend beaucoup plus humain et donc faillible.

The Batman
The Batman ©Warner Bros.

Bruce est encore jeune et imparfait. S’il agit dans un but noble en apparence, il ne peut s’empêcher d’être animé par un désir de vengeance. Le désir de faire mal à ses ennemis (mais toujours sans les tuer) suite au trauma bien connu de la mort de ses parents. On le sent alors à la limite de devenir lui-même une monstruosité engendrée par Gotham. Et cela provient en grande partie de la mise en scène si maîtrisée de Matt Reeves. À l’image d’une course-poursuite qui nous place quasiment exclusivement aux côtés du Pingouin poursuivi par le Chevalier noir. Le célèbre vilain (Colin Farrell, impérial et méconnaissable) devient une proie sans défense face à un colosse terrifiant, si bien incarné par Robert Pattinson.

The Riddler face à Batman

À plusieurs reprises Matt Reeves joue avec cette instabilité du personnage. Notamment avec le premier plan du film, en vision subjective, qu’on retrouve de manière similaire par la suite. Mais si un plan provient du regard de Bruce en direction de Selina Kyle, l’autre se révèle être celui du Riddler, l’antagoniste de The Batman. Le réalisateur en fait une sorte de miroir du justicier. Un homme également animé par son désir de vengeance et qui s’attaque, en premier lieu, à des hommes corrompus, avant de vouloir simplement nettoyer la ville de Gotham. Sa connexion avec Bruce se fait également par l'absence de figure paternelle héroïque - c'est d'ailleurs également le cas pour Selina.

The Batman
The Riddler (Paul Dano) - The Batman ©Warner Bros.

Enfin, il est intéressant que le Riddler apparaisse aussi peu dans le film tout en marquant les esprits par des actes tous plus cruels les uns que les autres – là où l’inspiration de Seven (1996) se fait ressentir. Et dans le même temps, Batman semble, lui, vouloir fuir le cadre de la caméra mais est logiquement constamment remis dans le droit chemin. Là aussi, le travail visuel de Matt Reeves et du directeur de la photographie Greig Fraser (Zero Dark Thirty, Dune) est remarquable.

The Batman offre plusieurs plans mémorables, avec des effets de lumière et de couleurs (le contraste entre le noir et le rouge ou le jaune) maîtrisés, dans des séquences qui évitent la redite avec les précédents longs-métrages – et les films de super-héros du moment qui ne lui arrivent clairement pas à la cheville. Il y a enfin l'excellente composition de Michael Giacchino qui participe à créer une ambiance troublante dans un Gotham au style gothique.

L’efficacité de Matt Reeves

Bien que The Batman soit plus riche que Batman Begins, Matt Reeves n’a pas encore l’ambition de Christopher Nolan sur The Dark Knight, qui avait proposé une œuvre colossale, complexe et aux nombreuses interprétations. Mais c’est justement tout à l’honneur du réalisateur de La Planète des singes : L'affrontement et Suprématie. Malgré la durée du film, le cinéaste se montre étonnamment humble dans sa manière de le traiter, en suivant une certaine ligne de conduite précise sans tomber dans la surenchère.

The Batman
The Batman ©Warner Bros.

Ses scènes d’action, bien que relativement peu nombreuses, gagnent en puissance et en énergie brute jusqu’à un final éprouvant. Son scénario, sombre et prenant, ne se veut pas plus intelligent qu’il ne l’est et les enjeux s’avèrent finalement agréablement simples. Et bien qu’il n’y ait pas de grandes surprises dans les motivations de Bruce ou du Riddler, le charisme des personnages se suffit amplement. Il en va de même pour Catwoman, parfaitement portée par Zoë Kravitz. Sa belle relation naissante avec Bruce est au passage l’un des points fort de The Batman tant elle amène de l’émotion et de la lumière à un film joliment ténébreux.

The Batman de Matt Reeves, en salles le 2 mars 2022. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

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