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The Battleship Island : un grand spectacle (trop ?) héroïque

Gros succès en Corée, « The Battleship Island » revient sur une période terrible de l’histoire coréenne, mais n’en tire alors un film nationaliste contestable.

Depuis quelques années maintenant, le cinéma coréen s’attache à évoquer une des périodes les plus tragiques de son histoire ; celle de la Seconde Guerre mondiale. Une période durant laquelle la Corée (mais aussi la Chine) a subi le joug du Japon. En effet, la Corée fut colonisée par le Japon au début du 20e siècle. Tandis que la Chine se battait contre l’invasion du Japon durant la seconde guerre sino-japonaise de 1937 à 1945, la population coréenne était réduite en esclavage, obligée de participer à l’effort de guerre. Les hommes et les enfants ont notamment été envoyés dans les mines, et les femmes (à peine adolescentes pour certaines) forcées à la prostitution pour « soutenir les soldats ».

Pour son dixième long-métrage, après la comédie policière à succès Veteran, Ryoo Seung-wan se penche sur une partie de cette histoire avec The Battleship Island. Le film se déroule sur l’île d’Hashima, un camp de travail qui compte plusieurs centaines de Coréens, parmi lesquels Lee Kang-ok, un chef d’orchestre déporté avec sa fille.

The Battleship Island - Notre avis

Dans un premier temps, The Battleship Island semble se diriger vers une sorte de La vie est belle de Roberto Benigni. Une ressemblance lointaine obtenue par ce personnage tragi-comique qu’est Kang-ok, prêt à divertir les Japonais pour s’en sortir et protéger comme il peut sa fille. On notera d’ailleurs les performances touchantes de Hwang Jeong-min et de la jeune Kim Su-an (Dernier train pour Busan). Avec eux, Ryoo Seung-wan parvient alors à faire poindre des pointes de légèreté (on retrouve bien là le style du réalisateur de Veteran). Un ton plus que bienvenue au sein d’un univers insoutenable. The Battleship Island fonctionne alors relativement bien durant sa première heure, même si l’ajout de personnages secondaires et de sous-intrigues – la relation pas très utile entre Choi Chil-seong, le chef d’un gang, et Oh Mal-nyeon, une femme de réconfort – ne font qu’étirer inutilement le récit.

Du film historique au nationalisme

Mais alors qu’il semblait se diriger vers un drame historique efficace et grand public, The Battleship Island tend doucement vers un cinéma nationaliste, antijaponais, et particulièrement déroutant. Certes, l’implication du Japon dans des crimes de guerre (qu’il refuse toujours d’admettre) est une réalité. Seulement, en se concentrant uniquement sur cette prison, où soldats autant que travailleurs japonais sont présentés comme des monstres sans compassion, The Battleship Island en fait une généralité.

Il ne s’agit dès lors plus de montrer simplement l’armée et ses officiers dirigeants comme responsables (ce que faisait par exemple The Flowers of War de Zhang Yimou, tout en évoquant la collaboration de Chinois), mais de s’attaquer au peuple japonais dans son ensemble. Le summum est atteint dans les derniers instants du film, lorsqu’est évoqué le bombardement atomique de Nagasaki. Alors qu’on pouvait s’attendre à une réaction humaniste, celle-ci s’écroule tandis que seule la présence de Coréens dans la ville ne semble émouvoir les protagonistes (et donc le réalisateur).

The Battleship Island

Des plus dérangeant, tout comme l’est le final ; une révolte qui donne lieu à un grand spectacle héroïque qui prend la forme d’un cri de rage. Si celui-ci est, dans un sens, compréhensible, étant donné ce qu’a pu subir cette population, c’est bien la symbolique derrière de certains éléments – un drapeau japonais découpé en deux, un enfant brûlant un officier – qui devient contestable.

Dans un tout autre genre, le documentaire No Money, No Future évoquait, lointainement, mais avec pertinence, l’opposition toujours d’actualité entre Japonais et Coréens. Seulement plutôt que de mettre l’accent sur la haine et le racisme des uns ou des autres, ce documentaire centré sur des groupes punk, montrait une union possible. De son côté, The Battleship Island préfère s’enfermer sur lui-même, quitte à se placer à la frontière entre un cinéma patriotique et de propagande.

 

The Battleship Island de Ryoo Seung-wan, présenté au Festival du film coréen à Paris du 24 au 31 octobre 2017. En salle le 14 mars 2018. Ci-dessus la bande-annonce.

Depuis quelques années maintenant, le cinéma coréen s’attache à évoquer une des périodes les plus tragiques de son histoire ; celle de la Seconde Guerre mondiale. Une période durant laquelle la Corée (mais aussi la Chine) a subi le joug du Japon. En effet, la Corée fut colonisée par le Japon au début du 20e siècle. Tandis que la Chine se battait contre l’invasion du Japon durant la seconde guerre sino-japonaise de 1937 à 1945, la population coréenne était réduite en esclavage, obligée de participer à l’effort de guerre. Les hommes et les enfants ont notamment été envoyés dans les…

Note de la rédaction

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Peut mieux faire

En basculant dans le spectaculaire dans sa dernière partie, « The Battleship Island » s’écroule. Certes impressionnant visuellement, le fond remet en cause les intentions du réalisateur.

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