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The Happy Prince : le déchirant portrait d'Oscar Wilde par Rupert Everett

The Happy Prince : le déchirant portrait d'Oscar Wilde par Rupert Everett

CRITIQUE FILM – Premier film de Rupert Everett en tant que réalisateur, « The Happy Prince » revient sur la fin de vie d’Oscar Wilde, marquée par un violent échec amoureux, la pauvreté et la maladie. En se glissant dans la peau de l’écrivain, le comédien et cinéaste trouve son plus beau rôle et parvient à dépeindre la nature éminemment complexe d’un artiste en se focalisant seulement sur quelques années.

Après avoir interprété Oscar Wilde au théâtre dans la pièce The Judas Kiss de David Hare, Rupert Everett a choisi de transposer à l’écran une partie charnière de la vie de cet auteur fascinant. En résulte The Happy Prince, long-métrage passionnant sur un artiste en déclin, condamné par la morale victorienne, abandonné par son amant et en proie à de nombreux doutes parfaitement retranscrits.

Le film évoque les dernières années d’Oscar Wilde, et notamment son emprisonnement en 1895 en raison de son homosexualité. Cette expérience carcérale douloureuse viendra remettre en question une philosophie de vie axée sur l’hédonisme, tout comme les humiliations publiques et privées auxquelles il devra faire face. Appauvri et seul, l’auteur terminera sa vie à Paris, ville dans laquelle il noue des liens profonds avec deux jeunes frères pour lesquels il se prend d’affection.

La déchéance fulgurante d’un artiste adulé puis détesté

En débutant son film à Paris où la santé de l’auteur se dégrade, Rupert Everett présente d’emblée Oscar Wilde comme un artiste malade et totalement abandonné. Quelques années seulement après avoir brillé dans la société londonienne, l’écrivain se retrouve pauvre et empli de regrets. Lors de ses errances dans la capitale, les pensées de Wilde sur la souffrance, qu’il évoque notamment dans La Ballade de la geôle de Reading, se mettent à résonner et s’amplifient tout au long du film.

Mis en parallèle avec l’ivresse d’un homme qui tient à peine debout, ces songes confèrent d’abord au long-métrage un rythme entraînant mais profondément déstabilisant, à l’image des soirées parisiennes dans lesquels l’écrivain plonge. L’abandon de ses enfants et la douleur provoquée par la prison, le spectateur les perçoit avant que Rupert Everett ne s’attarde dessus grâce à des rêves et souvenirs aussi déchirants qu’intrigants.

The Happy Prince : critique du film réalisé par Rupert Everett.

Le réalisateur et acteur, qui trouve son plus beau rôle avec celui d’Oscar Wilde, revient ensuite quelques années plus tôt à l’aide de flashbacks, révélant ainsi les raisons de cette chute. S’il ne se distingue pas par son originalité, ce procédé narratif permet de retranscrire avec brio la déchéance de l’auteur au cours de trois années extrêmement éprouvantes. Entre sa sortie de prison et sa mort, Oscar Wilde se sera notamment installé en Normandie et à Naples. Les lumineuses séquences tournées dans la région française viennent égayer le long-métrage après l’introduction à Paris.

Sur les magnifiques plages de Normandie où il se relance dans une quête d’un plaisir inaccessible, l’auteur se voit cependant de nouveau condamné pour son homosexualité. Une séquence durant laquelle Oscar Wilde cherche à fuir de jeunes agresseurs avant de s’en prendre à eux résume à elle seule le tiraillement d’un homme qui aura dû payer son besoin de liberté au prix fort. Jusqu’ici en retenue, Rupert Everett laisse alors exploser la rage de son personnage extrêmement nuancé et souvent réduit à ses mœurs par les autres protagonistes. Thème prégnant du film, l’hypocrisie autour de la détestation d’un artiste autrefois adulé au nom de la bonne morale est dénoncée avec une sincérité parfois désarmante. Le spectateur se laisse progressivement happé dans les pensées inextricables d’un artiste tourmenté entre la nécessité de se cacher, l’envie de rédemption et le besoin de jouir d’une vie qui lui a finalement échappé.

Une passion cruelle et destructrice

L’autre élément central de The Happy Prince est l’histoire d’amour particulièrement cruelle entre Oscar Wilde et son amant Bosie Douglas, dont le père n’est autre que l’homme responsable de la condamnation de l’auteur. Si leurs jolies retrouvailles filmées sur un quai de gare laissent espérer une histoire idyllique, la détestation du spectateur pour Douglas naît rapidement. La cruauté et l’arrogance du jeune homme interprété avec justesse par Colin Morgan n’est pas sans rappeler celle du dandy Dorian Gray. Jusqu’à une ultime confrontation avec un fervent soutien de Wilde, l’égoïsme et le mépris de l’amant ne font que croître, accentuant ainsi la chute de l’écrivain.

The Happy Prince : critique du film réalisé par Rupert Everett.

L’histoire d’amour filmée dans les magnifiques décors naturels de Naples rappelle parfois celle du sublime Chambre avec vue de James Ivory. À l’instar du cinéaste américain, Rupert Everett excelle dans sa manière de nous faire croire à une romance pourtant vouée à l’échec. À mesure que l’emprise toxique de Douglas sur Wilde grandit, une véritable tension s’installe dans le film et renforcent les craintes autour du destin pourtant connu de l’écrivain.

En s’accrochant à son personnage qu’il interprète à merveille, Rupert Everett parvient à susciter l’empathie envers un artiste complexe, égocentrique et brillant. Épaulé par des comédiens d’envergure, à commencer par Colin Firth, Tom Wilkinson ou encore Emily Watson, bouleversante dans le rôle de l’épouse sacrifiée d’Oscar Wilde, le cinéaste et comédien signe une tragédie qui s’écarte du biopic traditionnel. Sans relater la vie entière de l’écrivain, le réalisateur réussit néanmoins à en retranscrire sa nature, ses craintes mais aussi l’impact considérable qu’il a eu sur la société européenne qui l’a ensuite condamné injustement, causant ainsi sa perte.

The Happy Prince de Rupert Everett, en salle le 19 décembre 2018. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.