MENU
Accueil > Critiques > Critiques cinéma > The Old Man and The Gun : le chant du cygne de Robert Redford

The Old Man and The Gun : le chant du cygne de Robert Redford

CRITIQUE FILM – Salué pour « A Ghost Story », David Lowery continue dans « The Old Man & The Gun » sa réflexion sur le temps qui passe d’une manière différente, en explorant la vie d’un braqueur de banques qui refuse de s’arrêter. Un rôle en or pour Robert Redford.

Drôle de coïncidence, la sortie en France de The Old Man & The Gun sur Amazon Prime a lieu juste après que Clint Eastwood soit revenu devant la caméra avec La Mule. CoÏncidence parce que les deux films mettent en scène des personnages âgés qui sont coupables d’actes illégaux. Quand l’un devient passeur pour un cartel mexicain à la suite de problèmes financiers, l’autre continue, presque pour le plaisir, de braquer des banques un peu partout en Amérique. Derrière chaque personnage tiré d’histoires vraies se cache un acteur mythique, d’une part le géant Clint Eastwood qui signe sont retour devant la caméra, et d’une autre part Robert Redford, dont a cru comprendre qu’il se pourrait que ce soit le dernier rôle. Les papys – et on le dit avec une immense affection – font de la résistance.

The Old Man & The Gun s’attaque à la fin de vie de Forrest Tucker, une tête brulée, un gentleman braqueur qui jusqu’à 78 ans refusait de cesser d’être hors-la-loi. Jamais violent, souvent discret, il empocha pas loin de 4 millions de dollars avec ses braquages. Mais le butin n’était pas ce qui attirait Tucker en priorité – même si l’argent est toujours bon à prendre. Ce qu’il cherchait, c’était se sentir libre. Vibrer pour exister. Profiter d’une retraite calme n’était pas dans ses projets, au contraire, c’était accepter le premier pas vers la fin.

Après A Ghost Story, dans lequel il filmait un fantôme triste contraint d’être l’observateur d’un monde continuant à tourner sans lui, David Lowery prend le problème à l’envers avec The Old Man & The Gun. Comme si Forrest Tucker savait ce qu’il allait se passer après la mort et qu’il voulait profiter des instants présents pleinement, sans ne rien avoir à regretter. Le repos, il y aura droit, dans une autre vie. Les deux films sont les faces d’une même pièce. A Ghost Story était un sommet de mélancolie, The Old Man & The Gun est un hymne à la vie. Lowery se permet plus de légèreté dans sa mise en scène, filmant Tucker avec un refus d’accentuer le fait que cet homme est surtout un criminel, souvent charmant mais parfois menteur.

Loin de la lourdeur de A Ghost Story qui a pu laisser de marbre certaines personnes, ici, il emballe à l’écran son script en gardant dans un coin de sa tête qu’une part de plaisir anime son personnage principal. Point de manières, le montage embrasse avec souplesse la désinvolture de Tucker. La première séquence met en exergue la malice du personnage campé par Robert Redford, puis s’en suit sa rencontre avec Jewel et le début d’une romance. L’emphase de A Ghost Story est de l’histoire ancienne. Rien de ce qui se passe n’a l’air d’ailleurs très grave. Les victimes ne souffrent pas, les effusions de sang sont inexistantes. Mais qu’on ne s’y méprenne pas, s’il infuse une réelle frivolité, The Old Man & The Gun se construit en façade l’apparence d’un petit film inoffensif pour camoufler les angoisses de cet homme. Sa modestie et son côté badin dissimulent la profonde peur de Forrest Tucker.

Le choix de Robert Redford n’a rien d’anodin pour le rôle. À 82 ans, la plus grande partie de sa vie est désormais derrière lui mais il lui reste encore quelques belles heures à savourer. Cette histoire, c’est quelque part la sienne. Celle d’un homme qui tourne depuis les années 60 et qui s’efforce de continuer à le faire pour ne pas avoir le temps de regarder dans le rétroviseur. L’acteur disait que ce rôle serait son dernier, avant de revenir sur ses propos et de laisser entrevoir un potentiel retour en arrière. Son personnage en fait de même, poussant à son paroxysme l’inévitable rapprochement entre les deux hommes. Et, au fond, c’est mieux ainsi. Sans s’apitoyer sur son sort ni regretter le passé, Forrest Tucker/Robert Redford continue son petit manège. Toujours avec élégance. Cette petite flamme dans l’œil intacte.

Les plus beaux instants dans The Old Man & The Gun sont ceux remplis d’angoisse. Où on voit autant le personnage que l’acteur. Fugaces mais réels, ils sont emportés par la grande machinerie du Temps. Dans cette belle scène, notamment, où Forrest voit des voitures de police défiler depuis un champ, assis sur le dos d’un cheval, en cow-boy solitaire. Tel un Sundance Kid orphelin, des années après ses aventures avec Butch Cassidy. Dans cette précieuse et irrésistible bulle d’americana, David Lowery achève, ou continue, d’écrire la légende de Robert Redford. 53 ans après qu’Arthur Penn ait écrit les premières lignes avec La Poursuite impitoyable. La postérité prouvera, s’il le faut, sa fabuleuse grandeur.

 

The Old Man & The Gun réalisé par David Lowery, disponible sur Amazon Prime Video à partir du 31 janvier 2019. Ci-dessus la bande-annonce.

Drôle de coïncidence, la sortie en France de The Old Man & The Gun sur Amazon Prime a lieu juste après que Clint Eastwood soit revenu devant la caméra avec La Mule. CoÏncidence parce que les deux films mettent en scène des personnages âgés qui sont coupables d’actes illégaux. Quand l’un devient passeur pour un cartel mexicain à la suite de problèmes financiers, l’autre continue, presque pour le plaisir, de braquer des banques un peu partout en Amérique. Derrière chaque personnage tiré d’histoires vraies se cache un acteur mythique, d’une part le géant Clint Eastwood qui signe sont retour devant…

Conclusion

Note de la rédaction

David Lowery écrit un peu plus la légende de Robert Redford dans ce biopic animé par un esprit de liberté.

Note spectateur : Sois le premier !
Voir aussi
Le Déserteur : le magnifique cauchemar de Charlot

CRITIQUE / AVIS FILM - Le titre original de ce film québécois, "La Grande Noirceur", a été transformé pour devenir, en France, "Le Déserteur". Dans un cas comme dans l'autre, il est bien question d'un monde en guerre, une guerre récente ou pas, en cours ou terminée. Son ombre règne sur ce road movie intrigant qui suit le parcours erratique d'un sosie de Chaplin.

Exprimez vous !
Copyright © 2019 cineserie.com. Tous droits réservés. Un site E-borealis