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The Rider : les grands espaces du cinéma indépendant américain

CRITIQUE FILM – Que vaut ce second long-métrage de Chloé Zhao, « The Rider », qui a remporté la dernière Quinzaine des réalisateurs à Cannes et a obtenu le Grand Prix à Deauville ?

Des chevaux, des collines, des chapeaux de cowboys. Le décor dans lequel prend place The Rider, second long-métrage de la réalisatrice chinoise (mais vivant aux Etats-Unis) Chloé Zhao, présenté à la Quinzaine au dernier Festival de Cannes ou à Deauville (où il remporta le Grand Prix à chaque fois), est bien connu. Dans les faits, il représente même l’archétype de l’ancien rêve américain : celui de vivre de ses chevaux, de scruter l’horizon et de monter à cheval pour traverser les grandes étendues nord-américaines.

Mais, comme toujours, ce tableau idyllique a sa part sombre. Ici, Brady, le « rider » du film, est un cowboy Lakota d’une vingtaine d’années. Monteur et dresseur prodige, celui-ci vient d’échapper de peu à la mort après s’être fait renverser et piétiner par un cheval un soir de rodéo. Quelques jours dans le coma, une opération et une plaque de métal dans la tête plus tard, Brady se morfond au quotidien et doit faire face à la fatalité de sa condition : il ne pourra peut-être plus jamais remonter à cheval.

Dans les faits, The Rider pourrait passer pour un chef d’oeuvre instantané. Les décors sont splendides, les personnages sont profonds, énigmatiques, complexes, le récit a un sens premier et un sens caché, et le film répond aux paradoxes de la mythologie américaine (Brady est un cowboy Lakota, un descendant de cowboys amérindiens, un contre-sens assez passionnant) et des êtres qui s’y plongent corps et âme. Il faut dire que Chloé Zhao n’est pas née de la dernière pluie : son projet de départ est cohérent, aboutit et inspiré, et le résultat est, somme toute, convaincant.

Difficile de s’attaquer au film tant rien ne dépasse vraiment du cadre. L’histoire de ce jeune cowboy dont les pulsions de vie (monter à cheval, vivre ce pour quoi il se sent destiné) côtoient les pulsions de mort (faire du rodéo, c’est risquer sa vie) est, pour être honnête, joliment réalisée. Si joliment faite d’ailleurs que rien ne semble transcender le schéma bien rodé, bien calibré, d’un film qui en devient ainsi l’emblème d’une (plus très récente) vague du cinéma indépendant du « retour à la terre », venue tout droit de Sundance.

La chevauchée fantastique

C’est peut-être sans doute le seul problème de The Rider, mais aussi celui qui finit par être symptomatique de tout un pan du cinéma indépendant américain dont les festivals raffolent : être si bien pensé qu’il en devient prévisible de bout en bout. Sans vraiment prendre de risque, Chloé Zhao se morfond dans un formatage permanent. Les étendues qui procèdent à un appel d’air visible en comparaison au quotidien très monotone de Brady (s’occuper du foyer, dresser des chevaux à droite et à gauche, rendre visite à un confrère handicapé, victime lui aussi d’une séance de rodéo qui a mal tourné) sont l’occasion de quelques respirations spacieuses dans le récit, mais pas plus.

Même les chevaux, pourtant au cœur du récit, ne sont pas vraiment mis en valeur dans la film. On sent la fascination qu’a la réalisatrice pour son personnage, mais on ne ressent pas la fascination qu’exerce son personnage pour ses bêtes. Et ça peut s’avérer frustrant.

C’est un autre problème inhérent au (mauvais) cinéma indépendant américain : celui de vouloir constamment dresser le décorum d’un milieu social bien définit, sans jamais s’en détacher, le dépasser ou le transcender. Certes, The Rider n’en est pas non plus l’exemple le plus parlant, le film oscillant entre existentialisme et portrait social. Mais Chloé Zhao n’arrive jamais à faire décoller son film des affres sociétaux qu’il rappelle systématiquement. Brady ne peut plus monter, alors il doit aller travailler dans un supermarché. Son père ne peut plus payer le loyer, alors on vend un cheval auquel tient Brady. Sa sœur a le syndrome d’Asperger, alors on décuple les responsabilités mises sur les épaules de ce jeune homme de vingt ans. Bref, dans tous les cas de figure, dans toutes les situations, le milieu social de Brady nous est rappelé comme si Zhao n’assumait pas pleinement la dimension mystique de son récit.

Pity rider

Cet envol manque franchement à un film qui, au final, s’avère assez monotone et attendu. Le purgatoire moral survient au moment où Brady se rend compte de la préciosité de la vie ; celui-ci se réconcilie avec le monde au moment où il comprend que le monde veut se réconcilier avec lui, etc. Tout n’est qu’assertions philosophiques et morales, belles et justes sur le papier, très parlante à l’écran également, mais déjà vue à de trop nombreuses reprises pour que l’on soit, ici, transcendé par ce que l’on voit. Par ailleurs, si la frontière entre la réalité et la fiction est ici brouillée (le jeune cowboy Brady joue ici son propre rôle légèrement fictionnalisé, et tous les acteurs et figurants sont du coin), impossible de ressentir cet effet de réel tant le propos philosophico-social y est appuyé et surligné.

On regarde Brady d’un œil distant, sans être vraiment loin de lui (les rappels sociaux sont là pour ça), sans être vraiment avec lui non plus : le film tend vers le réalisme mais peine à retransmettre fidèlement les passions et les fascinations du personnage qu’il portraitise, au mieux juste sa mélancolie. Comme évoquée précédemment, la fascination de Chloé Zhao pour Brady se substitue à celle de Brady et on perd petit à petit de vue le véritable sujet du film. Insiste-t-on ici sur le besoin vital de filmer le monde en ce qui concerne la réalisatrice Chloé Zhao ou insiste-t-on ici au besoin vital de monter à cheval en ce qui concerne le rider Brady ? Quoiqu’il en soit, difficile d’être fasciné par un film qui prétend montrer le vrai alors qu’il ne montre, au fond, que la démarche, certes passionnée, de l’auteur(e) du film lui-même.

 

The Rider de Chloé Zhao, en salle le 28 avril 2018. Ci-dessus la bande-annonce.

Des chevaux, des collines, des chapeaux de cowboys. Le décor dans lequel prend place The Rider, second long-métrage de la réalisatrice chinoise (mais vivant aux Etats-Unis) Chloé Zhao, présenté à la Quinzaine au dernier Festival de Cannes ou à Deauville (où il remporta le Grand Prix à chaque fois), est bien connu. Dans les faits, il représente même l’archétype de l’ancien rêve américain : celui de vivre de ses chevaux, de scruter l’horizon et de monter à cheval pour traverser les grandes étendues nord-américaines. Mais, comme toujours, ce tableau idyllique a sa part sombre. Ici, Brady, le « rider » du film, est…

Conclusion

Note de la rédaction

Peut mieux faire

Malgré ses beaux décors et ses touchants personnages, « The Rider », dans son formatage auteuriste, oublie de nous surprendre et de nous étonner.

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