Thor Love and Thunder : Taika Waititi a encore frappé

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Thor Love and Thunder : Taika Waititi a encore frappé

CRITIQUE / AVIS FILM - Thor et Jane Foster se retrouvent pour affronter le terrible Gorr dans "Thor : Love and Thunder", nouvelle production Marvel dirigée par Taika Waititi qui privilégie une fois de plus l'humour.

L’humour à outrance de Taika Waititi

Thor : Love and Thunder débute avec le personnage de Gorr (Christian Bale), à bout de force dans un désert. Alors que son monde s'est effondré, il découvre que le dieu en qui il croyait n’a que faire du sort des humains. Gorr renonce alors à croire en ces êtres supérieurs et décide de les tuer les uns après les autres. Si cette première séquence offre un ton assez dur et un début d’intrigue intéressant, elle restera une exception au sein de ce nouveau long-métrage Marvel.

Cinq ans après Thor : Ragnarok (qui ne nous avait pas entièrement convaincu malgré de bonnes idées, voir notre critique), Taika Waititi est de retour pour diriger le quatrième film consacré au dieu asgardien. Dans la lignée de ce précédent film, le cinéaste ne lésine pas avec les gags décalés. Chaque séquence où l’émotion pourrait poindre le bout de son nez est généralement accompagnée d’un moment de dérision. À l’image du retour expéditif de Sif (Jaimie Alexander).

Thor : Love and Thunder
Thor : Love and Thunder ©Marvel

En soi, cette débauche d’humour pourrait fonctionner si Thor : Love and Thunder était uniquement une comédie. Mais bien que Gorr soit le personnage le plus intéressant du film et empathique (il rappelle notamment Thanos), son arc si dramatique et sérieux ne peut fonctionner avec la démarche décalée que veut imposer Taika Waititi. Et inversement. Le mélange des deux ne se liant jamais suffisamment, donnant l'impression d'une œuvre scindée en deux.

Marvel et ses errements moraux

Surtout, à force de prendre tout à la rigolade, le cinéaste ne se rend pas compte des enjeux moraux qui devraient se jouer. Alors que Gorr souhaite tuer les dieux car ils n’apportent rien de bon à leurs disciples et sont, pour la plupart, malveillants, Thor compte évidemment se mettre sur sa route. Un super-héros ne pouvant décemment pas laisser faire un tel massacre. Pourtant, lorsque lui explose ses adversaires à tour de bras et multiplie les dommages collatéraux, Taika Waititi s’en amuse et fait passer la pilule avec un gros clin d'œil à Jean-Claude Van Damme et son célèbre grand écart.

Thor : Love and Thunder
Thor : Love and Thunder ©Marvel

Ce “deux poids, deux mesures” est d’autant plus flagrant lorsque Thor annonce fièrement à un groupe d'enfants qu'il a, à son tour, tué un dieu. Là encore, une blague désamorce ce qui devrait être moralement problématique. Le fait qu'à nos yeux le héros puisse se rapprocher de l'antagoniste rappelle The Batman (et d’autres avant lui) qui justement questionnait la légitimité du justicier. L’une des problématiques pour le Chevalier noir étant sa compréhension des actes du tueur en série, le Riddler, qui s'attaque aux corrompus.

Sauf qu’avec Thor : Love and Thunder nous ne sommes pas chez DC mais Marvel, pour qui le spectateur ne doit pas trop réfléchir. C’est donc, au fond, sans grande surprise que Taika Waititi ne fait rien de ces éléments. Mais cela reste d’autant plus dommage que l’interprétation de Christian Bale en Gorr se place au-dessus du lot.

L’illusion visuelle de Thor : Love and Thunder

L’antagoniste s'avère trop secondaire au sein d’une intrigue mécanique où Thor, Jane Foster (Natalie Portman, devenue Mighty Thor) et Valkyrie (Tessa Thompson) cherchent un moyen de contrer Gorr. L'avancée du récit se fait grâce à des raccourcis scénaristiques flagrants pour que Thor : Love and Thunder puisse davantage mettre l’accent sur les retrouvailles entre l’Asgardien et Jane, des années après leur rupture. Un élément là aussi bâclé avec de l’émotion facile et poussée à l’extrême durant un final expéditif.

Tout cela aurait au moins pu être sauvé si Thor : Love and Thunder proposait quelque chose visuellement. On assiste en réalité à des scènes d’action illisibles qui ne donnent pas la moindre sensation. Comme souvent chez Marvel, il y a l’illusion d’un grand spectacle. L’impression d’une bataille mémorable alors qu’on ne retient que la finalité en raison d'un montage laborieux et d'une bouillie numérique qui n'offre aucune saveur aux plans.

Thor : Love and Thunder
Thor : Love and Thunder ©Marvel

L'exception aurait pu être l’affrontement en noir et blanc entre Thor et Gorr. Une idée intéressante sur le papier, mais bien mal réalisée (une image trop sombre, un contraste mal réglé). Et ce n’est pas en sortant trois-quatre des morceaux les plus connus de Gun’s and Roses en guise de bande originale (prise de risque, zéro) qu’on obtient des moments de bravoure. Alors que Doctor Strange in the Multiverse of Madness offrait au moins des sensations horrifiques, Thor : Love and Thunder s'enfonce dans le mauvais goût et s'avère aussi inoffensif qu'insignifiant.

Thor : Love and Thunder de Taika Waititi, en salles le 13 juillet 2022. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

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