Tom : un joli conte pour réparer le monde

Tom : un joli conte pour réparer le monde

CRITIQUE / AVIS FILM - Fabienne Berthaud, avec une simplicité souvent bouleversante, raconte dans "Tom" comment un jeune garçon entreprend de réparer avec douceur des adultes au passé volé. Les interprètes sont brillants, autant que le discours du film réchauffe le coeur.

Un film humble pour une grande histoire

L'écrivaine et réalisatrice Fabienne Berthaud aime la nature et les gens, et filmer celle-ci et ceux-là aux marges. Aux marges d'une société qui perturbe les individus, et qui a autant de complexités que ces individus ont des aspirations authentiques et simples à vivre. Après Un monde plus grand, qui emmenait Cécile de France dans un voyage chamanique aux confins de la Mongolie, la réalisatrice présente ainsi Tom, adapté du roman de Barbara Constantine Tom, petit Tom, tout petit homme, Tom.

Tom est l'histoire d'un jeune garçon, Tom (Tanguy Mercier), dont l'arrivée au monde n'était pas désirée, et qui vit seul avec sa mère Jocelyne, "Joss" (Nadia Tereszkiewicz), dans un mobil-home isolé, quelque part au bord d'une forêt du Nord. Malgré la précarité de leur situation, la mère et l'enfant entretiennent une relation proche, tendre et aimante. Le regard bleu et les mots justes, Tom va se trouver confronté aux réalités du monde adulte, quand arrive dans leur vie un homme mystérieux et peut-être menaçant.

Tom
Tom ©Haut et Court

Dans sa première partie, Tom a quelque chose d'inquiétant. À l'image d'abord, avec une mise en place qui lance des lignes vers le drame social et le thriller. Dans leur mobil-home, la vie se déroule à petite mesure, sans éclat mais sans trop de difficultés. Mais les sorties de la jeune mère - Tom a treize ans et elle n'en a que le double - portent en elles une forme de menace. On comprend que sa jeunesse lui a été volée par une maternité arrivée trop vite, et que l'équilibre de la situation est fragile. Et puis, un homme arrive, surgi comme un maraudeur d'une forêt qui prend des atours aussi séduisants qu'inquiétants. Tom serait-il donc un énième drame intime et social, fait de la noirceur dont le cinéma français aime couramment se repaître ? Pas du tout.

Un conte enchanteur

Tom est un film enchanteur, de ces films dont on peut dire qu'ils surprennent et qu'ils font du bien, parce qu'en tant que récit il tord le cou à cette idée que "le bien n'a pas d'histoire", principe historique et quasi inébranlable de la fiction. La paix et le bonheur ne se racontent pas, mais viennent généralement conclure l'issue d'un drame. Génie du film Tom, celui-ci fait le pari que le drame n'est pas forcément nécessaire, que la violence peut être mise à distance, et qu'à la force d'un rapport naïf et franc au monde on arrivera chacun à ses fins.

L'homme qui se présente d'abord violemment dans le monde de Joss et Tom est Samy, dont on apprendra qu'il est sorti de prison, qu'il connaît Joss et qu'il veut la revoir. Félix Maritaud, qui interprète Samy, joue à merveille de son intensité pour d'abord effrayer puis attendrir, maladroit mais sincère dans ses efforts de se réunir avec Joss.

Tom
Tom ©Haut et Court

Le casting est formidable, et son authenticité est fascinante. On croirait en effet assister à du non-jeu, autant chez Tanguy Mercier que chez Nadia Tereszkiewicz, qui sont absolument et entièrement leurs personnages. Ainsi, toutes les frictions de Tom, ses bousculements et ses quelques inquiétudes, suivent leurs gestes et leurs paroles, et s'ils sont apaisés alors l'histoire de Tom le sera.

La délicatesse de l'espoir saisie par Fabienne Berthaud

Tom vit avec fluidité entre le mobil-home, la forêt, et la grande demeure de Madeleine (Claudine Acs), une femme âgée qui vit seule. Un jour, alors qu'il vient comme à son habitude prendre quelques légumes dans son jardin, il la trouve inconsciente. C'est naturellement qu'il va s'occuper de ses chiens en son absence, la faire évader de l'hôpital et finalement apporter une présence réconfortante à tous les adultes qui l'entourent. Madeleine incarne la thématique de la mort dans Tom, dans le beau geste de Fabienne Berthaud pour mettre à l'écran ce profond élan de vie et d'amour, qui ici ne s'oppose pas à la mort, mais s'inscrit avec elle dans un cycle naturel harmonieux.

Ainsi, le magnifique dernier plan du film le souligne : tout ira bien. Depuis sa hauteur d'enfant, Tom est une ode charnelle au pouvoir enchanteur et optimiste de l'enfance. Le film raconte qu'il faut croire à ces regards et à ces gestes, dont la pureté et la naïveté font toute la force de l'espoir que les adultes abandonnent trop souvent.

Tom de Fabienne Berthaud, en salles le 11 mai 2022. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

Voir aussi

Coupez ! : l'hommage délirant d'Hazanavicius aux séries Z

Coupez ! : l'hommage délirant d'Hazanavicius aux séries Z

CRITIQUE / AVIS FILM - Remake du film japonais "Ne coupez pas !" (2019), "Coupez !" est l'occasion pour Michel Hazanavicius de rendre hommage aux films de zombies fauchés.