Top Gun Maverick : le crépuscule solaire de l'idole Tom Cruise

Top Gun Maverick : le crépuscule solaire de l'idole Tom Cruise

CRITIQUE / AVIS FILM - Démonstration froide de la furie hollywoodienne, "Top Gun : Maverick" est avant tout un film à la gloire éternelle de Tom Cruise, acteur et producteur harnaché à son enfance, à son désir d'immortalité et son obsession des limites repoussées. Un film unique et bouleversant dans son intention, et très performant dans son spectacle.

Tom Cruise en guerre contre la montre

Avant de découvrir Top Gun : Maverick, suite directe du Top Gun de 1986, on pressentait que cette nouvelle sortie de Tom Cruise dans la combinaison de pilote qui a fait de lui une superstar aurait le goût d'un premier adieu. En effet, 36 ans après Top Gun, à quelques mois de l'âge canonique de 60 ans, Tom Cruise pouvait ouvrir la conclusion d'une grande partie de son œuvre cinématographique dantesque, avant de, peut-être, terminer cette conclusion dans les prochains Mission : Impossible 7 et 8.

Il lui restera après encore du cinéma dans lequel jouer, du cinéma à produire, du cinéma à imaginer. Mais, comme le contre-amiral Cain (Ed Harris) lui explique d'emblée dans Top Gun : Maverick, il n'y a plus, dans un futur très proche, de place pour lui. Réponse de l'intéressé : "Peut-être. Mais pas aujourd'hui".

Top Gun : Maverick
Top Gun : Maverick ©Paramount Pictures

Pourtant, ne lui en déplaise, l'immortalité est une chimère, et son temps en tant qu'action hero et éternel jeune premier solitaire a toujours été compté. À force de donner fréquemment rendez-vous à la mort lors de cascades uniques, Tom Cruise en est même venu à refuser le concept même de mort, de fin, d'évasion définitive. Coincé dans son cockpit de pilote, il l'est aussi dans son cinéma, si étroitement lové avec lui qu'ils sont l'un et l'autre inter-dépendants.

Maverick fait corps avec son F-14 Tomcat, puis son F-18 Super Hornet, comme Tom Cruise fait corps avec tout son cinéma. L'heure n'est donc pas encore venue de tirer sa révérence, réacteurs hurlants, dans le coucher de soleil orangé qu'affectionne tant le producteur Jerry Bruckheimer.

Une intrigue simple pour une suite/remake

Top Gun : Maverick se déroule de nos jours, et assume donc tout le temps passé depuis l'aventure mise en scène par Tony Scott. Plus d'une génération sépare ainsi Pete "Maverick" Mitchell des jeunes pilotes qu'il doit préparer à une mission ultra-risquée, depuis la base de Top Gun. Devenu pilote d'essai, toujours au grade de capitaine, le voilà plutôt contre son gré bombardé instructeur sur l'ordre de l'amiral Tom "Iceman" Kazansky (Val Kilmer), ce qui hérisse le poil de tous les autres hauts gradés.

Mais le plaisir est trop bon, et partagé, de le voir renfiler son blouson, enfourcher sa moto Kawasaki et foncer vers son destin : former un groupe d'élite pour une mission de bombardement qui a tout d'un suicide collectif. Et, dans le même temps, parvenir au terme de son deuil de son coéquipier Goose, disparu accidentellement lors d'un entraînement dans Top Gun, en résolvant la relation tendue qu'il a avec son fils devenu pilote, Bradley "Rooster" Bradshaw (Miles Teller).

Top Gun : Maverick, miroirs menteurs

Top Gun : Maverick revient à loisir vers les moments iconiques de Top Gun, dans un jeu de miroirs infidèles. Premier reflet, dans les jeunes pilotes, il y a ainsi l'arrogant "Hangman" (Glen Powell), qui hybride à la fois l'arrogance d'Iceman et l'audace de Maverick. Il assure à lui seul le concours de testostérone dont Top Gun était inondé, mais la configuration n'est plus la même. Dans Top Gun, la compétition était amicale, les combats simulés, il s'agissait d'une période de formation dans une école. Dans Top Gun : Maverick, la fameuse école de Miramar n'est qu'un vague élément du paysage, puisque les pilotes doivent se préparer à une mission de combat bien réelle.

Top Gun : Maverick
Top Gun : Maverick ©Paramount Pictures

La mémorable séquence de beach-volley de Top Gun, opposant l'équipage de Maverick et celui d'Iceman, est par exemple remplacée par un jeu d'attaque-défense de football américain à visée de team building, mais les torses toujours nus et luisants de sueur. Autre miroir encore déformé, la première rencontre entre pilotes se fait aussi au bar de la base Top Gun, mais de manière différente. Ainsi accoudé au Hard Deck - tenu par un bref amour de jeunesse, Penny Benjamin (Jennifer Connelly) -, Maverick observe le gentil combat de coqs des pilotes, avant que "Rooster" se mette au piano pour se lancer, comme son père en son temps, dans Great Balls Of Fire.

La combinaison de ces deux moments a son charme, souligné par les images du premier film, souvenirs chers et douloureux au coeur de Maverick. Entre la forme classique du passé et l'inédit, entre l'hommage et l'héritage, Top Gun : Maverick commence à tourner une page mais l'arrête au milieu, à midi, au zénith, dans un équilibre subtil. Derrière, devant, sur les côtés, coincés dans leur cockpit et lancés à Mach 2, les personnages et les spectateurs de Top Gun : Maverick ne savent alors plus trop où regarder et se retrouvent dans un vertige spectaculaire.

Plus de vitesse, moins d'ivresse

On ne s'ennuie jamais, et la simplicité de l'intrigue permet paradoxalement de s'étonner et d'être surpris à chaque plan. Top Gun : Maverick, offre un spectacle aérien formidable, bien supérieur - même si moins réaliste - à celui du premier film. Le son des réacteurs, celui des explosions, le sifflement des jets dans les airs et la photographie d'une netteté inédite pour une action très lisible font de Top Gun : Maverick le meilleur spectacle hollywoodien possible, avec des avions comme des caméras utilisées à leur maximum.

Top Gun : Maverick
Top Gun : Maverick ©Paramount Pictures

La mise en scène clinique et géométrique de Joseph Kosinski est un socle idéal pour ériger la statue de Tom Cruise, l'objectif prioritaire du film. Top Gun : Maverick est l'histoire de Maverick, et donc celle de Tom Cruise : celle d'un homme qui ne s'arrêtera jamais, qui se fout des augures et du temps qui passe comme de sa première cascade, qui reculera encore et toujours les aiguilles de l'horloge pour retarder les fatidiques coups de minuit. Tom Cruise est en mission, et le sérieux de celle-ci a un revers : Top Gun : Maverick manque cruellement de la chaleur et de la légèreté de Top Gun.

Plus grave, moins fun, moins patient que son prédécesseur, Top Gun : Maverick propose un niveau d'émotion faible, le meilleur exemple étant sa relation avec Penny Benjamin, au mieux anecdotique. Mais Top Gun : Maverick, échappé un instant de la fureur et de la chaleur des carlingues brûlantes, s'offre cependant une scène monumentale entre Maverick/Tom Cruise et Iceman/Val Kilmer. À ce moment, unique, le film atteint un sommet d’émotion et d’authenticité exceptionnelles.

Le magnum opus méta de Tom Cruise

"Je rentre seul. Un matador rentre toujours seul. Plus il est grand, plus il est seul." Cette célèbre réplique d'Un singe en hiver, déclamée par Jean-Paul Belmondo, constitue une jolie référence pour exprimer où en est Tom Cruise dans sa course - littérale - aux étoiles.

Depuis quelques années, les héros d'hier s'en vont. Un cycle naturel où les vieux mâles, fatigués, usés et dépassés quittent leurs territoires pour aller s'éteindre. Il y a eu The Irishman, pour signer la fin des anti-héros scorsesiens, il y a eu Once Upon a Time... in Hollywood, chef-d'oeuvre mélancolique pour célébrer un cinéma et ses professionnels disparus. Steve Rogers est à la retraite, Iron Man est mort. Bruce Willis est souffrant et Will Smith se saborde. James Bond est pour le moment décédé. Sylvester Stallone a commencé son legs dans la saga Creed et le poursuivra avec le prochain The Expendables. Mais Tom Cruise, seul, très seul, refuse encore cet inévitable destin.

Top Gun : Maverick
Top Gun : Maverick ©Paramount Pictures

On pourra regretter que l'acteur s'entoure d'une nouvelle et jeune génération pour ne lui laisser que des miettes. Il est le chef d'équipe, il est le meilleur pilote, il embrasse la fille et il gagne une place de père symbolique. Surhumain, robotique, intouchable, survivant à tout, Tom Cruise tel un aigle royal vole au-dessus des pigeons. Sa fréquentation du commun des mortels se limite donc à Penny et à "Rooster", pour tenter l’amour et clore le deuil de Goose.

Ad Astra...

Chaque personnage du film n’a de lignes qu'avec lui. Ils n’existent jamais entre eux, exceptés lors de la séquence des présentations au Hard Deck. Orbitant autour de l'astre Tom Cruise, ils ne sont que la chair à canon de sa légende. On pourra peut-être juger que c'est absurde, terriblement égoïste. Mais pour constater alors que cette absurdité et cet égoïsme sont aussi d'une force tragique et cinématographique exceptionnelle.

Parfait dans son rôle de pilote de son cinéma et de son destin, seule compte finalement sa quête d’un impossible rêve, l’atteinte de l’inaccessible étoile, peu importe ses chances, peu importe le temps, il sait qu’il sera ce héros et son cœur est tranquille. Avec Top Gun : Maverick, Tom Cruise vient de s’ouvrir les portes du Panthéon.

Top Gun : Maverick de Joseph Kosinski, en salles le 25 mai 2022. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

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