Tralala : comédie musicale réussie des frères Larrieu

Tralala : comédie musicale réussie des frères Larrieu

CRITIQUE / AVIS FILM –"Tralala", le dernier film des frères Arnaud et Jean-Marie Larrieu permet de retrouver avec bonheur leur habituel univers fantaisiste et poétique, dans le genre inattendu de la comédie musicale. Avec Mathieu Amalric, Mélanie Thierry et Josiane Balasko.

La musique adoucit toujours les mœurs

Lors de la présentation en avant-première de Tralala au Festival du Film Francophone d’Angoulême avec certains de leurs interprètes, Arnaud Larrieu et Jean-Marie Larrieu ont expliqué les raisons du choix de leur titre. Ils ont simplement « toujours eu envie de faire une comédie musicale sans tout le tralala, mais avec un peu de tralala quand même ».

Leur film, réalisé six ans après l’original 21 nuits avec Pattie, fait d’ailleurs partie des trois longs métrages soutenus en 2019 par le CNC dans l’appel à projets des films de genre. Les deux autres projets retenus dans la comédie musicale, genre mis à l’honneur après le fantastique, la science-fiction et l’épouvante, et que l’on verra prochainement sur les écrans sont La Grande Magie de Noémie Lvovsky et Don Juan de Serge Bozon. Un genre qui plait assurément, comme on l’a vu avec Annette de Leos Carax, et dont on espère que les spectateurs ne se lasseront pas trop vite.

Tralala
Tralala @ Pyramide Distribution

Les réalisateurs ont eu deux bonnes idées épatantes dans Tralala. La première bonne idée, c'est de faire réellement chanter les acteurs (aucun n’est doublé). Et la seconde, c'est d’avoir accolé à chaque personnage et à sa singularité un-e compositeur-trice de talent. Plusieurs auteurs ont ainsi écrit les paroles avec les frères Larrieu et composé en amont du film les formidables musiques, portées ensuite à l’écran par les comédiens avec beaucoup de justesse. Ainsi Philippe Katerine a composé pour Mathieu Amalric, qui interprète Tralala, héros fantasque. Et lorsque Amalric chante Philippe Katerine, avec la même intonation poétique et piquante et le même regard halluciné, c’est bien le chanteur que l’on devine derrière l’acteur.

Jeanne Cherhal a, quant à elle, composé « avec admiration et tendresse » pour Mélanie Thierry (Jeannie). Cette dernière s'est dite « encore tout étonnée que les frères Larrieu aient fait appel à elle, qui a une si mauvaise oreille et dont les rôles habituels sont si concrets et loin de leurs zones fantaisistes ». Dominique A a offert son style nostalgique à Lili (Josiane Balasko) et Etienne Daho sa mélancolie à Barbara (Maïwenn). On retrouve des chanteurs qui sont aussi acteurs dans Tralala : le chanteur musicien Bertrand Belin, véritable révélation du film, a ainsi composé pour son propre personnage de Seb et le duo rap Sein interprète les chansons des fils de Seb, Robin (Joseph Brisset) et Balthazar (Balthazar Gibert).

Une vie pour une autre

Tralala tient globalement la route, grâce aux belles mélodies qui restent en mémoire après le film mais aussi en raison du scénario. Le spectateur fait donc la connaissance de Tralala et de sa vie misérable dans un squat à Paris. Électron libre, les yeux hagards et déconnecté de la réalité, il erre sans but précis dans un Paris bruyant et dissonant. Il compose sur une vieille guitare et semble croire aux signes mis sur son chemin par son destin. Un destin qui prend la forme d’une jeune femme énigmatique, Virginie (Galatéa Bellugi), qui l’invite à boire un verre en lui glissant « surtout ne soyez pas vous-même ».

Les réalisateurs font alors prendre à Tralala un train pour Lourdes, obsédé à l’idée de retrouver cette jeune femme et de comprendre le sens de son injonction. Et c’est à partir de ce moment que les frères Larrieu peuvent réellement imprimer leur patte et que les aventures de Tralala deviennent objet de réflexion et source comique. D’abord parce qu’ils se moquent de la ville et de son folklore miraculeux, un peu à la manière de Jean-Pierre Mocky dans Le Miraculé. Mais surtout parce que Tralala se retrouve happé par Lili (Josiane Balasko), une femme envahissante qui croit reconnaître en lui son fils parti vingt ans plus tôt.

Tralala
Tralala @ Pyramide Distribution

Le doute s’instaure alors judicieusement dans l’esprit du spectateur : assiste-t-il vraiment à un miracle ? Tralala est-il réellement ce Patrick qui a quitté sa copine Jeannie (Mélanie Thierry), qui n’a rien oublié de leurs ébats et ne se gêne pas pour le lui rappeler ? Ce Patrick qui faisait tellement d’ombre à son frère Seb (Bertrand Belin), même après son départ, qu’il n’a jamais osé en parler à ses fils ? Ou cette histoire n’est-elle qu’une imposture en bonne et due forme à laquelle se prend au jeu Tralala, amené à croiser sur son chemin Climby (Denis Lavant), Barbara (Maïwenn) et Benjamin (Jalil Lespert)?

Le film montre très bien cette façon de se glisser dans la peau d’un disparu pour s’oublier soi-même, de répondre aux attentes d’un entourage désespéré et d’être à la hauteur pour ne pas les décevoir. Mais aussi de fournir des preuves à ceux qui doutent, même si les protagonistes ne sont pas toujours dupes de la vérité, ni même attirés par elle.

Tralala ouvre son regard, tout en ramenant de façon touchante la vie dans cette famille. Il rallume ainsi l’étincelle de l’espoir, tel le rayon de soleil qui fait danser les grains de poussière si bien filmés par les frères Larrieu. Joli film empli de poésie mêlant habilement loufoque et réel, Tralala se révèle donc une vraie bonne surprise auxquels les acteurs et actrices choisis donnent corps et voix avec une authentique jubilation.

Tralala de Arnaud Larrieu et Jean-Marie Larrieu, en salle le 6 octobre 2021. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

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