Tre Piani : trois variations orchestrées par Nanni Moretti

Tre Piani : trois variations orchestrées par Nanni Moretti

CRITIQUE / AVIS FILM - Nanni Moretti adapte Eshkol Nevo dans "Tre Piani" et compose un film choral sur trois familles issues d'un même immeuble. On a connu le réalisateur italien plus inspiré que sur ce coup, malgré quelques notes plaisantes.

Tre Piani : le nouveau Nanni Moretti

Une femme enceinte sur le point d'accoucher sort de chez elle en alerte pour prendre un taxi. Dans la rue, elle voit une voiture foncer à vive allure dans sa direction. Celle-ci la frôle, renverse une autre femme qui traverse un passage piéton et termine sa course dans le mur d'un immeuble. Au volant, un jeune homme qui ne semble pas dans son état normal. Les habitants de l'immeuble sortent pour voir ce qui a provoqué tout ce bruit. Parmi eux, les parents de l'intéressé. La mère se précipite vers lui pour prendre de ses nouvelles. Le père, lui, préfère s'occuper de la victime. Un geste qui traduit déjà les rapports qui irriguent cette cellule familiale, avec une figure paternelle dans le jugement et la sanction plutôt que dans l'empathie. Tre Piani sera peuplé de pères à côté de la plaque.

Tre Piani
Tre Piani ©Le Pacte

Restreignant donc majoritairement son récit aux murs d'un immeuble, reflet de la société italienne et de certains de ses maux, Nanni Moretti signe un film choral qui multiplie les va-et-vient entre les différentes histoires et raconte en substance toujours la même chose. Avec des petites variations, certes, mais les personnes qui animent son film ne font que se répondre les uns et les autres au travers d'un schéma identique. Ainsi, le père manque à ses devoirs, la mère tient le navire comme elle peut (entendez par-là, maladroitement) et l'enfants trinque, spectateur impuissant d'une situation qui le dépasse.

Des enfants victimes

C'est sûrement avec ses figures d'enfants que Tre Piani est le plus intéressant. Un bébé qui né sans la présence de son père et qui fait sa rencontre dans les larmes lors d'une sieste interrompue, une petite fille sur laquelle on veut greffer des maux qui n'existent pas et un enfant qui fuit l'emprise de ses parents pour tracer sa propre voie. Trois personnages différents mais une condition commune qui les rassemble. Sont-ils voués à reproduire les mêmes erreurs que leurs parents ? Au terme d'un scénario déroulé avec une force tranquille, le film y va de sa note d'espoir, même s'il n'oublie pas d'y ajouter un soupçon de folie pour noircir le tableau (l'échange fantasmé entre une fille et sa mère disparue dans la nature).

Nuances et non-dits

Le metteur en scène italien opère avec des nuances tout du long de son récit qui s'étend sur plusieurs années. Il s'attribue également une place, celle d'un père juge intraitable avec son enfant. Une position qui en dévoile peut-être un peu trop sur ses intentions et qui soustrait à Tre Piani une part de complexité suggérée. Car il y a au centre de toutes ces histoires inégalement passionnantes l'idée que ce qui n'est pas dit est plus important que ce qui l'est. Le film fonctionne d'ailleurs avec plus de force quand il s'en remet à ce que l'on interprète par l'intermédiaire d'un faisceau d'indices.

À l'inverse, il accuse des coups de mou incompréhensibles lorsqu'il se montre trop démonstratif, à l'image d'une scène de révolte contre les migrants qui tombe à plat. Que le nouveau film de Nanni Moretti soit un enchevêtrement de nuances correspond finalement à ce qu'est son cinéma depuis le début. Avec toujours un humour qui arrive à point nommé, un refus de la grande mise en scène pour ne pas faire de l'ombre aux obsessions qu'il travaille. Tre Piani n'a pas l'étoffe d'un film majeur mais il s'insère sur la pointe des pieds, sans esclandre, dans sa filmographie.

Tre Piani de Nanni Moretti, en salle le 27 octobre 2021. La bande-annonce ci-dessus. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

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