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Undercover : moi, 14 ans et indic’ pour le FBI

CRITIQUE FILM – Engagé par le FBI puis condamné à perpétuité, telle est la vie qu’a connue Richard Wershe Jr, un gamin de Detroit. Yann Demange s’empare de sa vie hors du commun pour réaliser « Undercover – Une Histoire Vraie », un biopic porté par le jeune Richie Merritt et Matthew McConaughey.

Certaines histoires vraies semblent appartenir au domaine de la fiction tellement il est difficile d’y croire. Celle du jeune Richard Wershe Jr. se range dans cette catégorie. Dans les années 80, la population américaine assiste à l’émergence du crack dans ses rues. Le gouvernement voit d’un mauvais l’œil l’introduction de cette drogue dans le paysage. À Detroit, le crack fait des ravages autant qu’il permet à des gangsters de se remplir les poches. En particularité une population afro-américaine mal vue par les hautes autorités. C’est dans ce contexte que débarque le jeune Richard. Du haut de ses 14 ans, il entre dans le système et devient « White Boy Rick. » Sauf que le FBI apprend qu’un petit blanc traîne avec des mauvaises personnes. À une époque où le racisme sévit, ils tentent d’approcher l’adolescent pour en faire un indic’. Débute alors pour lui une double vie, entre richesse soudaine et apprentissage d’un milieu qui va lui laisser des séquelles à jamais.

Le réalisateur Yann Demange, qui s’est fait un petit nom avec ’71, son film de guerre, comprend le potentiel de cette histoire vraie. Le cinéma adore ces grands destins, souvent tragiques, issus de la réalité. Un argument de vente qui, ici, fait forcément son petit effet si on ne connaît pas les dessous de la vie de Richard Wershe Jr. Avouons que ce n’est pas commun, un gamin de 14 ans qui trempe dans des affaires illégales en aidant aussi la police. Il y a dans sa trajectoire quelque chose de dingue, d’irréel. Comme lorsqu’il débarque avec sa gueule juvénile, deux fusils dans un sac, pour les vendre à un criminel influent de la ville. Il faut un petit temps pour s’y faire, pour se dire que les événements n’émanent pas de l’esprit d’un scénariste un peu trop fantasque. Mais ensuite, que peut bien nous offrir Undercover – Une Histoire Vraie ?

Grandeur et décadence

Malgré sa particularité qui en fait une exception, White Boy Rick connaît la même trajectoire que celle de tous les gangsters que l’on a déjà vus au cinéma. Il y a d’abord l’apprentissage du milieu, les premiers billets, les nouveaux amis, le mentor. Et forcément l’amour, qui ne met jamais bien longtemps à pointer le bout de son nez. Vient ensuite le temps des problèmes, des premiers dégâts. Jusqu’à ce point de non-retour qui scelle à jamais le destin d’un jeune homme parti de rien. Si on peut parler de cette histoire avec autant de facilité, c’est parce que nous la connaissons que trop bien. Undercover – Une Histoire Vraie n’échappe pas à des schémas identifiés, balisés. Que ce soit par l’Histoire ou par l’art en général. Ce qui n’empêche pas le film d’être relativement agréable à suivre. Rarement original autant que rarement à côté de la plaque, ce que propose Yann Demange est d’une solidité inattaquable dans le traitement de rouages, certes, connus. Il lui manque parfois cette petite étincelle pour franchir un pallier dans ses intentions.

Le portrait d’une famille détruite

Derrière l’ascension de ce jeune homme se cache surtout le portrait d’une famille décomposée, empêtrée dans un cadre de vie misérable. Dans ce Detroit miséreux, chacun fait ce qu’il peut pour garder la tête hors de l’eau. Un contexte qui explique en partie pourquoi l’industrie souterraine du crack émerge à une telle vitesse. Undercover – Une Histoire Vraie intéresse plus sur le long terme grâce à sa galerie de personnages. Le père du héros ne sait plus comment gérer ses deux enfants, dont une fille qui a préféré déguerpir du domicile pour vivre avec un dealer. La mère, elle, est déjà partie depuis bien longtemps, laissant ce petit monde orphelin d’un pilier pour le maintenir en place. L’Amérique ne leur offrant pas de solution, la débrouille est de mise.

La seconde partie, après un événement important dans l’articulation du scénario, nous fait glisser vers un autre film plus centré sur l’émotion et le drame. Il y a notamment une très belle scène dans laquelle le personnage incarné par Matthew McConaughey est décidé à aller chercher sa fille, trop longtemps restée loin des deux hommes de la maison. Lorsqu’il la récupère complètement droguée, dans un endroit qui ressemble plus à un dépotoir qu’autre chose, Yann Demange le filme comme s’il descendait en Enfer pour remonter une âme en perdition pouvant être sauvée. Le réalisateur tient quelque chose lorsqu’il s’attarde sur cette famille qui opte, malgré toutes les difficultés, sur la reconstruction. Matthew McConaughey s’extrait de son jeu outrancier vu dans la première partie pour livrer de belles subtilités dans l’expression de ses émotions.

La Justice, le véritable ennemi

L’histoire de Richard Wershe Jr devient aussi bien plus intéressante dans la dernier tiers parce qu’il n’en a pas fini avec son destin extraordinaire. D’abord gangster puis informateur pour le FBI, il se retrouve en fin de course piégé par un système judiciaire défaillant. Le plus dingue, finalement, dans son récit, est de constater qu’il aide la Justice à mettre sous les verrous des poissons beaucoup plus gros et qu’il termine condamné. À cette époque, la Loi américaine, qui n’en est pas à sa première aberration judiciaire, sanctionne lourdement les possesseurs de stupéfiants. Âgé de 17 ans, Richard est forcé de rester toute sa vie en prison. Sa fin ne pouvait en être que tragique au regard de sa trajectoire tracée en dehors de toutes normes.

 

Undercover – Une Histoire Vraie réalisé par Yann Demange, en salle le 2 janvier 2018. Ci-dessus la bande-annonce.

Certaines histoires vraies semblent appartenir au domaine de la fiction tellement il est difficile d'y croire. Celle du jeune Richard Wershe Jr. se range dans cette catégorie. Dans les années 80, la population américaine assiste à l'émergence du crack dans ses rues. Le gouvernement voit d'un mauvais l'œil l'introduction de cette drogue dans le paysage. À Detroit, le crack fait des ravages autant qu'il permet à des gangsters de se remplir les poches. En particularité une population afro-américaine mal vue par les hautes autorités. C'est dans ce contexte que débarque le jeune Richard. Du haut de ses 14 ans, il entre dans…

Conclusion

Note de la rédaction

Peu surprenant dans ses mécaniques et sur la forme, Undercover - Une Histoire Vraie aurait pu être un biopic plus percutant. Il n'en reste pas moins tout à fait recommandable.

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