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Une femme heureuse : l'impossible fuite de Gemma Arterton

Une femme heureuse : l'impossible fuite de Gemma Arterton

CRITIQUE FILM - Dans "Une femme heureuse", Gemma Arterton interprète avec une justesse bouleversante une femme au foyer étouffée par son quotidien. Si sa performance vaut le déplacement, le film souffre malheureusement d’un récit peu convaincant.

Avec Une femme heureuse, Gemma Arterton trouve un nouveau rôle à la hauteur de son talent. Dans ce drame de Dominic Savage, la comédienne britannique interprète une femme au bord de l’implosion. Ne supportant plus sa routine quotidienne dans la ville de Gravesend, dans laquelle Arterton a grandi, l’héroïne remet totalement en question sa vie de famille.

Tara n’éprouve en effet plus aucun plaisir avec Mark, son mari incapable de l’écouter et de comprendre ses envies. Elle ne supporte pas non plus ses enfants, desquels elle s’écarte progressivement. Alors qu’elle prend le temps de s’intéresser de nouveau à ses passions, le besoin de fuite de Tara ne cesse de grandir. Face à l’incompréhension de ses proches, l’héroïne finit par craquer et tout laisser derrière elle.

Une montée en pression étouffante

Au vu des quelques lignes résumant l’histoire, les décisions prises par Tara peuvent paraître démesurées. Néanmoins, Dominic Savage prend le temps de nous faire comprendre ses motivations. Le réalisateur ne quitte quasiment jamais son personnage, se rapprochant même au plus près de lui dans ses moments de vie les plus intimes.

Grâce à cette volonté parfaitement perceptible à l’écran, le spectateur est témoin de toutes les émotions qui passent sur le visage de Tara, extrêmement expressive alors que ses proches sont incapables de capter sa détresse.

Le carcan familial dans lequel elle est enfermée suscite chez elle un étouffement grandissant. Dès son premier réveil dans le film, Tara rejette son mari mais celui-ci ne le voit pas, se focalisant uniquement sur ses envies. Une première dispute lors d’un barbecue, apparemment anodine, réussit ensuite à amplifier le malaise déclenché dans l’introduction.

Une femme heureuse : Critique du film de Dominic Savage.

En répétant ces situations profondément désagréables, le cinéaste nous plonge dans un calvaire incessant et de plus en plus violent. L’empathie est également provoquée par la prestation de Gemma Arterton, capable de faire vivre au spectateur son étouffement et sa soif de liberté. Face à elle, son partenaire Dominic Cooper ne démérite pas. Alors qu’il perd le contrôle sur sa vie de famille bien rangée, Mark apparaît souvent pathétique. Il demeure néanmoins attachant, notamment dans sa volonté inaltérable de retrouver le bonheur dans son couple.

Les émotions à fleur de peau des personnages d’Une femme heureuse laissent le spectateur croire que la fuite de Tara est la meilleure des solutions. Malheureusement, son échappée débouchera sur une deuxième partie qui n’a ni la puissance émotionnelle de la première, ni le besoin primordial de rendre son héroïne heureuse.

Une fuite qui laisse le spectateur sur sa faim

Le rythme d’Une femme heureuse retombe juste après le départ de Tara, particulièrement brutal et radical. Après cette séquence réussie, Dominic Savage semble s’éloigner peu à peu de son héroïne.

Alors que le spectateur craignait son implosion et la voyait condamnée, il se détache lui aussi progressivement d’elle lorsqu’elle quitte l’Angleterre. Arrivée à Paris, Tara vit une série de situations qui flirtent avec les poncifs. Tandis qu’elle luttait contre la monotonie et la pression insidieuse de sa vie de famille, elle ne retrouvera hélas pas beaucoup d’espoir dans notre capitale.

Une femme heureuse : Critique du film de Dominic Savage.

Après les passages obligatoires dans les rues touristiques de Paris, Tara vit une courte idylle développée de façon expéditive. Elle ne provoquera finalement qu'une remise en question profonde, qui ne fera que renforcer l’enfermement de l’héroïne. Dans l’ultime séquence, elle apparaît en effet à l’image des premières scènes, sur le qui-vive et affichant un visage fermé. Avant cela, un discours sur le sens des responsabilités et les relations de couple aura suffi à étancher sa soif de liberté et à la remettre sur la voie la plus respectable.

La distance entre le personnage et le spectateur font que ce dernier accepte plus difficilement la trajectoire finale du film. L’épanouissement convoité par Tara semble inaccessible au vu des regards qu’elle lance dans la dernière scène. Laissant un sentiment amer, Une femme heureuse aurait peut-être mérité une conclusion moins consensuelle pour son héroïne. Malgré la différence de traitement du personnage entre les premières scènes et la dernière ellipse maladroite, Gemma Arterton demeure puissante tout au long du film. Au-delà du récit, c’est surtout son jeu extrêmement juste qui rend le long-métrage captivant jusqu’au générique.

 

Une femme heureuse de Dominic Savage, en salle le 25 avril 2018. Ci-dessus la bande-annonce.