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Une intime conviction : le pouvoir du doute

CRITIQUE FILM – Après quatre courts, « Une intime conviction » est le premier long-métrage d’Antoine Raimbault. Audacieux, il s’attaque à un genre devenu presque obsolète dans le cinéma français, celui du film de procès. Simple et efficace, ce premier film dépoussière l’affaire Suzanne Viguier et dépeint l’absurdité d’un procès sans preuves, simplement basé sur la conviction.

27 février 2000, la disparition de Suzanne Viguier, 38 ans, mère de trois enfants et épouse de Jacques Viguier, affole les tabloïds. Suite aux déclarations d’Olivier Durandet, l’amant présumé de Suzanne, la police jette son dévolu sur Jacques, alors professeur universitaire de droit. Neuf ans plus tard, un premier procès pour meurtre est engagé à son encontre. Les médias suivent l’affaire de près et traînent Jacques Viguier dans la boue. Il est finalement acquitté avant d’être rappelé pour un second procès en appel. A l’issue de plus de six heures de délibérations, le verdict tranche pour l’acquittement. C’est sur ce second procès que se base Une intime conviction, l’histoire énigmatique voire fantasmagorique d’une accusation sans preuves établies.

Personnages convaincus, acteurs convaincants

Depuis qu’elle a assisté à son procès, Nora est persuadée de l’innocence de Jacques Viguier, pourtant accusé du meurtre de sa femme. Elle convainc un ténor du barreau de le défendre pour son second procès en appel, décidée à contrer une possible erreur judiciaire. A ses côtés, elle entame un bras de fer contre l’injustice au risque de voir sa quête de vérité virer à l’obsession.

Pour porter ce thriller judiciaire inspiré de faits réels, Antoine Raimbault a fait confiance à Marina Foïs et Olivier Gourmet. Passionnée par ce qui a trait à la justice, l’actrice a choisi ce rôle avant qu’Antoine ne la choisisse. En effet, le personnage fictif de Nora avait initialement été confié à une actrice plus jeune qui s’est finalement désistée. Une aubaine pour Marina Foïs qui a profité de ce départ pour faire savoir au réalisateur son intérêt profond pour le sujet. C’est alors une évidence pour le jeune cinéaste qui délègue le rôle à l’actrice pour laquelle l’histoire n’a plus de secrets. Quant au choix d’Olivier Gourmet en Eric Dupont-Moretti, il est arrivé après celui de Gérard Depardieu dont le personnage aurait pu faire de l’ombre à celui du célèbre avocat.

Bonne pioche dans les deux cas. Marina Foïs apporte le côté fragile et brut qui lui sont propres à cette femme qui délaisse jusqu’à son propre fils pour rétablir la vérité. En face, pour lui donner la réplique,Olivier Gourmet se glisse avec aisance dans la peau de l’avocat de Jacques Viguier, cynique et outrancier. Le duo fonctionne, apportant tension et humour à cette histoire sombre et complexe dans laquelle un homme se voit accusé de meurtre sans qu’aucun corps – fait rare – n’ait été retrouvé. C’est Laurent Lucas qui interprète à la perfection un Jacques Viguier muet, vidé et hagard, qui semble n’avoir même plus la force de plaider sa cause.

Le bénéfice du doute

En 2009, Antoine Raimbault se tient parmi les spectateurs lors du premier procès de Jacques Viguier. Il maîtrise le sujet pour avoir suivi l’affaire aux premières loges mais aussi pour avoir souvent occupé les bancs des juridictions d’assises ou pénales. C’est une justice faillible qui intéresse le cinéaste dont les réflexions à la fois éthiques et philosophiques interrogent la démarcation fragile entre la subjectivité d’une conviction, et l’objectivité attendue d’une procédure juridique.

Même le personnage de Nora – inventé de toute pièce -, éprise de justice, a tendance à s’y perdre. Le célèbre avocat Dupont-Moretti, connu pour sa capacité à obtenir l’acquittement là où il n’y a plus d’espoirs, n’hésite pas à remettre en place son assistante juridique officieuse. A trop vouloir dédouaner Jacques Viguier, elle prend le risque de reproduire l’erreur qu’elle condamne, pointant du doigt l’amant, sans preuve tangible. Là où le ténor du barreau refuse d’accabler quiconque s’il subsiste un doute, Nora, qui s’attelle pourtant à défendre le contraire, prend ses interprétations pour preuves, intimement convaincue de l’innocence de l’un et de la culpabilité de l’autre.

C’est toute la complexité des liens entre conviction et objectivité. Qui a tué Suzanne Viguier ? Le doute plane et hante la protagoniste qui se noie sous les hypothèses. A l’image de la justice qui représente l’affaire, elle va trop vite en besogne et se voit étouffée par la perspective de trouver un coupable à cette énigme. Le cinéaste pointe l’absurdité d’un procès basé sur des fantasmes et appuie sur la responsabilité des magistrats et des jurys populaires à juger des personnes en l’absence de preuves.

La défense comme un art

Si reproduire des procès n’est pas chose aisée, les scènes de la cour d’assises sont ici dépeintes avec une extrême justesse. Il s’agit de fidèles reconstitutions du procès qui permettent à Olivier Gourmet une prestation magistrale dans la robe d’Éric Dupont-Moretti, l’avocat de Jacques Viguier. La dimension théâtrale de la cour est exploitée de bout en bout, offrant un poignant hommage aux défenseurs, représentés ici par l’avocat dudit diable. La plaidoirie d’Eric Dupont-Moretti prouve que la vérité des crimes tient parfois moins aux textes juridiques qu’à l’art de la parole. L’avocat parle avec humanité, rationalité et conviction. C’est sur cette idée que le réalisateur s’arrête : sur le paradoxe entre la beauté du pouvoir de la conviction et sa laideur. Jusqu’où la conviction peut-elle servir ou nuire ?

Précise, vive et intimiste, la mise en scène est remarquable. Sans jamais tomber dans le spectaculaire, elle fait le choix de la simplicité et se focalise sur cette allégorie du monde, confinée entre les murs des tribunaux. En son sein, l’humain et le monstrueux se côtoient. L’équilibre entre la chronique judiciaire et la psychologie des personnages se tient, même si l’on regrette la trame attendue et convenue des péripéties qui entourent le personnage de Nora, trop souvent extrême et incompris. L’une des forces du film réside néanmoins dans l’invention de ce personnage qui permet d’aborder la question sous un prisme inattendu tout en faisant le lien entre réalisme documentaire et thriller haletant.

 

Une Intime conviction d’Antoine Raimbault, en salle le 6 février 2019. Ci-dessus, la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

27 février 2000, la disparition de Suzanne Viguier, 38 ans, mère de trois enfants et épouse de Jacques Viguier, affole les tabloïds. Suite aux déclarations d’Olivier Durandet, l’amant présumé de Suzanne, la police jette son dévolu sur Jacques, alors professeur universitaire de droit. Neuf ans plus tard, un premier procès pour meurtre est engagé à son encontre. Les médias suivent l’affaire de près et traînent Jacques Viguier dans la boue. Il est finalement acquitté avant d’être rappelé pour un second procès en appel. A l’issue de plus de six heures de délibérations, le verdict tranche pour l’acquittement. C’est sur ce…

Conclusion

Note de la rédaction

Avec "Une intime conviction", Antoine Raimbault peut se targuer de s’être frotté au film de procès sans s’y piquer. Cet hommage à la justice n’oublie pas de pointer du doigt les failles d’un système humain qui délaisse parfois les preuves tangibles au profit d’intimes convictions.

Note spectateur : Sois le premier !
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