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Une ode américaine : Ron Howard trop maladroit

Une ode américaine : Ron Howard trop maladroit

CRITIQUE / AVIS FILM - Observation d'une famille empêtrée dans une Amérique à la marge, "Une ode américaine" est le nouveau film de Ron Howard. Une fresque familiale décevante au regard de son sujet.

Une ode américaine : le nouveau Ron Howard

Ron Howard n'est pas le premier réalisateur qui nous vient en tête quand il faut évoquer la subtilité au cinéma. Artisan plus que correct, il jongle entre les genres et les budgets plus ou moins élevés. Ne se plaçant pas dans une case particulière, il œuvre dans le cinéma américain avec une certaine discrétion. Pas habitué à faire des vagues sur les tournages ou auprès des producteurs, il attise cette sympathie qu'ont les petits commerçants qui savent indubitablement faire le boulot sans avoir le génie des ténors de leur profession. C'est ce supplément d'âme manquant qui lui sera toujours reproché, et qui risque sûrement de faire défaut à Une ode américaine pour être un grand film.

Né dans une famille de la classe ouvrière, le jeune J.D. Vance a réussi à sortir du trou paumé dans lequel était installée sa famille pour aspirer à une carrière plus prestigieuse. À l'aube d'ouvrir un nouveau chapitre de sa vie avec sa petite amie, sa sœur lui demande de revenir dans sa ville natale pour aider leur mère qui est retombée dans la drogue. Ce récit, autobiographique, est raconté dans le roman Hillbilly Elegy qui sert d'inspiration au film. Pendant quasiment deux heures, Ron Howard suit J.D. Vance (Owen Asztalos/Gabriel Basso) dans sa vie actuelle et son passé. Le montage rebondit entre les temporalités pour créer des résonances, tout en dressant le portrait dans son ensemble d'une famille. Ce lien, qui unit ces gens, est montré dès la première séquence. Le jeune J.D, agressé par d'autres adolescents, est secouru par ses proches. La leçon est simple : quand le reste du monde ne peut rien pour vous, il ne reste que votre famille pour vous maintenir à flot. Ceci dit, cette famille peut aussi vous tirer vers le fond, répétant un schéma instauré par leurs ancêtres.

Une Ode Américaine
Une ode américaine ©Lacey Terrell/NETFLIX 2020

Un film actuel qui ne parle pas de l'actualité

Dans un monde où l'Amérique n'a toujours pas réglé ses problèmes d'inégalités sociales, le nouveau film de Ron Howard a une substantifique moelle actuelle. Qui risque de l'être encore pour des années, à moins d'un remaniement en profondeur du fonctionnement de ce pays. Cela aurait pu être un magnifique sujet que de décrire les mécanismes qui enferment cette frange de la population dans leur condition, mais Une ode américaine ne dit pas grand chose sur le contexte qui enracine les Vance dans leur mode de vie. "Nous sommes des gens de la montagne" dira la grand-mère lors d'un enterrement. Mais encore ? Le scénario n'a jamais l'envie de comprendre comment la famille en est arrivée là et se concentre sur les relations toxiques entre les membres qui la composent.

Le film aurait pu se forger une grandeur en mettant en parallèle le destin de ces gens avec celui du pays, dans une forme d'écho perpétuel. Si certaines scènes font mouche par ce qu'elles dégagent émotionnellement à grand renfort de musique et de larmes, il manque une véritable profondeur pour nous permettre de comprendre la trajectoire des personnages. Et ainsi s'attacher à eux. Cette absence de recul donne presque à penser que la situation est une fatalité, une malédiction avec laquelle il faut vivre.

Une ode américaine
Une ode américaine © Lacey Terrell/NETFLIX 2020

Une morale douteuse

De plus, pour raconter l'histoire des Vance, Ron Howard a l'étrange idée de filmer l'ancien temps avec des couleurs agréables à l'œil, comme s'il enjolivait les faits. Alors que ce qui est raconté nous dit l'inverse. La fin achève de nous laisser dans un état d'incompréhension quand le personnage explique avoir réussi dans sa vie grâce à son héritage familial. Mais de quel héritage ? Celui composé de coups, de cris, d'inquiétude ? Cette finalité résonne comme un contre-sens absolu avec les séquences dans le passé et en viendrait même à légitimer le comportement de la mère de J.D.

Le film pose sérieusement question sur ce qu'il veut dire et tombe même moralement à côté de la plaque. Ron Howard, dont la famille vient, comme celle du film, des Appalaches, avait une légitimité pour embrasser un tel sujet. Tout ce qui aurait pu être passionnant est laissé à distance, exacerbant à l'écran les limites d'un metteur en scène qui a décidé de s'en tenir à une histoire de mère/fils sans originalité. Le grand film sur le pays de l'Oncle Sam, qu'il pense être en train de faire, dégage une désagréable mièvrerie.

 

Une ode américaine, disponible le 24 novembre 2020 sur Netflix. La bande-annonce ci-dessus. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

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