V.I.P. - Notre avis

V.I.P. - Notre avis

Comme ses précédents films (New World, The Tiger), "V.I.P" de Park Hoon-jung est une grosse production boursoufflée et artificielle et toute aussi dispensable.

En matière de thriller, le cinéma de genre coréen actuel se situe dans une impasse. S’il veut à tout prix renouer avec son glorieux passé – l’âge d’or du début des années 2000 -, la magie semble avoir disparue.

Aujourd’hui, lorsque l’on visionne V.I.P. ou n’importe quelle autre production de ce standing, il y a une forme de lassitude qui s'installe face à ces "récits à rallonges" que les cinéastes étirent maladroitement en multipliant les sous-intrigues, en ajoutant des personnages et de nouveaux lieux de tournage, plus ou moins exotiques et plus ou moins pertinents. Des films à la dimension chorale qui ne se focalisent plus sur l’ambiguïté des personnages qu’ils traitent, mais sur la lisibilité d’une narration qui se voudrait alambiquée, mais qui n'est finalement que brouillonne.

Ce que le thriller coréen a perdu en l’espace de quelques années, ce sont des auteurs, à savoir des réalisateurs capables d’écrire des personnages surprenants, subtils et ambigus – il suffit de voir le jeu caricatural du sadique teenager ou du "mâchage" de chewing-gum de Peter Stomare pour se convaincre du nivellement par le bas qu'est en train de subir le thriller coréen. Mais au-delà du jeu des comédiens, c’est peut-être la rencontre manquée avec les fameux policiers, ces figures typiques du thriller que l’on aime, ou que l’on adore détester : les teigneux, les excessives, les solitaires, les impassibles, les corrompus, les ridicules qui, dans leur petite mixture bureaucratique, n’hésitent pas à jouer des coudes pour sortir des lignes et faire bouger les choses.

Un cinéma de genre à l'arrêt

Les voilà désormais immobiles, figées, dépourvues de cette fureur générique et organique qui les animait auparavant. Ils sont au téléphone ou assis à un bureau pour discuter, de manière très didactique en plus, des enjeux d'un film dont ils ont perdu le fil. Et ce sont les "méchants" qui ont finalement récupéré la scène "tape à l’œil", souvent macabre, toujours plus démonstrative et superficielle, histoire de masquer l'ennui que génèrent les autres scènes. Mais les rencontres sont toutes manquées, y compris lors des duels, souvent expédiés.

Quelque chose s'est donc perdu. Est-ce le sens de l’espace ? Cette géographie urbaine ou rurale qui épousait à merveille le rythme si spécifique d'une narration au service des pérégrinations d'un héros insaisissable. Malgré son beau succès national, V.I.P. est un thriller terriblement pauvre en enjeux formels et narratifs. Le film ne dit rien du genre (sauf qu'il va très mal), ni de la Corée actuelle - excepté que les Nord-Coréens sont les « méchants », que les Américains font de l’ingérence et que les Sud-Coréens sont plus ou moins incompétents -, et plonge le spectateur dans un ennui dont il se serait bien passé.

 

V.I.P de Park Hoon-jung, présenté au Festival du film coréen à Paris du 24 au 31 octobre 2017. Ci-dessus la bande-annonce.

 

 

 

 

 

 

 

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