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Velvet Buzzsaw : ce si dangereux monde de l’art

CRITIQUE CINÉMA – Mi-satire sur le monde de l’art mi-film d’horreur, « Velvet Buzzsaw » est le nouveau film de Dan Gilroy, à qui l’on doit le ténébreux et scotchant « Night Call. » Ce mélange des genres est-il réussi ? Il faut se tourner vers Netflix pour avoir la réponse.

Dans sa première réalisation, Night Call, Dan Gilroy suivait un paparazzi avide de scoops. Une critique cinglante de la course à l’information à laquelle se mêle les tabloïds, sans se soucier de tout ce que cela implique derrière humainement. Un film sur l’obsession dans un Los Angeles dénué de toute morale. Rebelote autour de mêmes thèmes (l’obsession du profit, la course à l’égo) pour son troisième essai, Velvet Buzzsaw. L’œil vif, il s’attaque cette fois au monde très fermé de l’art via les figures qui le composent. Les artistes, gérants de galerie, conseillers et critiques se côtoient sans cesse, d’expo en expo, chacun bataillant pour ses petits intérêts qui peuvent, au final, rapporter de grosses sommes.

Dan Gilroy offre un nouveau premier rôle à Jake Gyllenhaal que l’on retrouve ici sous l’identité de Morf Vandewalt, critique extrêmement réputé à la personnalité que l’on peut qualifier d’extravagante. Ses textes font la pluie et le beau temps dans le milieu. Un mauvais avis de sa part peut réduire en cendre une carrière ou, pire, une existence. Quand certains pensent à la valeur des oeuvres qu’il encense, lui se terre dans une approche plus émotionnelle. Ce microcosme va être perturbé par l’arrivée sur le marché des toiles d’un dénommé Deaser, fraichement retrouvé mort. Tout le monde s’extasie rapidement sur la profondeur de ses propositions mais, très vite, d’étranges événements vont commencer à avoir lieu, et certains vont y laisser leur peau.

Velvet Buzzsaw débute à fond dans la satire sur l’industrie de l’art. Dan Gilroy dépeignant avec panache son fonctionnement capitaliste, grossissant volontairement les traits pour mieux le railler. Tous les personnages, à quelques petites exceptions, semblent appartenir à un autre monde. Des fausses manières, des grands discours, et surtout beaucoup de vide. Le réalisateur n’est pas tendre avec ses protagonistes et il distribue les petits coups sur les doigts. Mais le film, en jouant sur la vulgarisation, fait rapidement le tour de la question. Son portrait d’êtres déconnectés de la réalité tournent en rond dans son propos, n’ayant pas réellement de nuances à apporter ou une flopée d’arguments à étaler. Émotionnellement, notre implication est proche du néant face à ces figures réduites à des petits phénomènes de foire que l’on regarde se griffer dans La Cité des anges. L’amusement provoqué par le débitage à la chaîne de répliques à base de grands mots laisse la place à l’ennui dans une exposition mal calibrée.

Et l’horreur dans tout ça ? C’est peut-être sur ce versant que ce Velvet Buzzsaw tirera son épingle du jeu. Le mélange, dans l’idée, peut valoir le détour. Le cinéma horrifique est toujours un vecteur intéressant pour illustrer des discours sur le monde. Le jeu de massacre peut s’avérer jouissif dans ce cas, nous vengeant d’endurer la présence de ces personnages. La mise en place des événements propres au genre prend ici trop de temps et lorsqu’on arrive enfin dans le vif du sujet, le geste paraît peu enclin à nous bousculer. Les quelques morts sont d’une sagesse décevante, en plus de n’avoir aucune inspiration formelle. Un comble pour un film sur l’art. On ne retiendra qu’une belle attaque de tableaux à la portée picturale intéressante. Ou, à la limite, cette confrontation avec un robot-clochard – néanmoins pas exploitée à fond. La mise en scène de Gilroy semble craindre d’être jugée par les gens qu’elle filme, et tremble de faire un pas de travers. Elle avait le pouvoir de contrecarrer l’absurdité par une outrance visuelle poussée dans ses retranchements. Se croyant acerbe, le long-métrage ne vaut pas bien plus que ce qu’il « dénonce. »

Que ce soit dans la satire ou l’horreur, Vetvet Buzzsaw carbure de manière discontinue et ne se sert jamais d’une de ces faces pour sublimer l’autre. Les deux sont développées une à côté de l’autre, sans osmose. La comédie passable ne sauve pas le décevant film d’horreur, et encore moins le contraire. Tout l’inverse de Night Call, en son temps un thriller tendu à la portée psychologique perspicace. C’est dans son casting que le film va se trouver de solides alliés. Jake Gyllenhaal avec ses lunettes et sa coupe très ajustée a l’air de s’amuser en exploitant sa force comique un peu moins employée dans ses derniers rôles. Habitée, mais pas de la même façon que dans Nocturnal Animals ou Prisoners, sa performance vaut le détour. Le reste de la belle distribution, Rene Russo, Toni Collette, Zawe Ashton, Tom Sturridge, Natalia Dyer et John Malkovich. profite de la ligne de conduite du film pour s’en donner à cœur joie dans l’excès. Dommage que nous ayons si peu envie de les aimer.

 

Velvet Buzzsaw de Dan Gilroy, disponible sur Netflix à partir du 1 février 2019. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

Dans sa première réalisation, Night Call, Dan Gilroy suivait un paparazzi avide de scoops. Une critique cinglante de la course à l'information à laquelle se mêle les tabloïds, sans se soucier de tout ce que cela implique derrière humainement. Un film sur l'obsession dans un Los Angeles dénué de toute morale. Rebelote autour de mêmes thèmes (l'obsession du profit, la course à l'égo) pour son troisième essai, Velvet Buzzsaw. L'œil vif, il s'attaque cette fois au monde très fermé de l'art via les figures qui le composent. Les artistes, gérants de galerie, conseillers et critiques se côtoient sans cesse, d'expo…

Conclusion

Note de la rédaction

Une comédie passable avec ses personnages excentriques hauts en couleur. Le discours tourne rapidement à vide et les éléments horrifiques ne relèvent en rien le niveau.

Note spectateur : 2.73 ( 2 notes)
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