Critique de Vivarium (Film, 2020) - CinéSéries
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Vivarium : la maison du malheur

Vivarium : la maison du malheur

CRITIQUE / AVIS FILM - Un pavillon calme dans un lotissement tranquille où les habitants vivent les uns à côté des autres dans l’harmonie. À première vue, la proposition a tout l’air d’une offre que l’on ne peut refuser. C’est exactement ce qu’acceptent Imogen Poots et Jesse Eisenberg dans « Vivarium », avant de se rendre compte que la parfaite vie de famille, c’est l’enfer…

Quatre ans après Without Name, Lorcan Finnegan reste dans le registre fantastique avec Vivarium. Dans ce thriller particulièrement anxiogène, Imogen Poots et Jesse Eisenberg forment un jeune couple qui semble avoir trouvé le parfait équilibre. La première est une maîtresse qui a un excellent contact avec ses élèves. Le second est un jardinier plein d’entrain qui exerce le métier qu’il aime.

Pour parfaire leur vie à deux en attendant l’arrivée d’un enfant, Gemma et Tom songent à devenir propriétaires. Ils ne pensaient cependant pas le devenir aussi vite en entrant dans l’agence immobilière tenue par Martin, un employé pour le moins étrange et bien décidé à les faire emménager dans un lotissement pavillonnaire de rêve.

Le vide à perte de vue

La sensation générale qui se dégage de Vivarium est évidemment celle de l’enfermement, que Lorcan Finnegan et ses deux comédiens n’ont aucun mal à communiquer. Dès que le couple pénètre dans le lotissement où ils pourront mener une existence paisible « pour toujours », l’envie d’en ressortir se fait immédiatement sentir, en partie grâce à la performance aussi drôle qu’inquiétante de Jonathan Aris, l’interprète de l’agent immobilier faussement dévoué.

Les décors finissent de repousser les personnages mais aussi le spectateur. Que ce soit les nuages en carton-pâte, les maisons, les rues et les couleurs uniformes, le cadre de Vivarium sert parfaitement le propos du film, et le piège que représente l’acte d’achat pour le réalisateur, qui a visiblement mal digéré son crédit immobilier.

Vivarium : Critique du film de Lorcan Finnegan

Vivarium comporte quelques autres trouvailles visuelles très intéressantes mais qu’il serait dommage de dévoiler. On peut néanmoins citer celle, visible dans la bande-annonce, où Jesse Eisenberg grimpe sur le toit de sa demeure/prison pour tenter d’apercevoir un semblant de vie au loin. En vain. Le long-métrage prend des allures de cauchemar éveillé duquel il est tout simplement impossible de s’extirper, et où le moindre effet de répétition d’un quotidien morne dans cet univers désincarné finit par devenir stressant.

Sans jump scare ni effusion de sang, le film bascule dans l’horreur en s’intéressant à deux vies plombées par l’illusion de la tranquillité vantée par notre système consumériste, que Lorcan Finnegan exècre au plus haut point. Si sa détestation du modèle capitaliste saute aux yeux, elle est tellement matraquée au public qu’elle empêche Vivarium d’être une véritable claque.

Le premier jour du reste de leur vie

La plus grande qualité du film est aussi son point faible. Dans Vivarium, Lorcan Finnegan pousse son propos pessimiste à son paroxysme. Gemma et Tom sont les esclaves d’un endroit où leur vie est déjà toute tracée, et où un écart de route est tout simplement inenvisageable. Et si un tel changement arrive, il est immédiatement modifié pour que tout redevienne propre. Les aspérités n’ont pas leur place dans le long-métrage, et les deux héros l’apprennent douloureusement.

Vivarium : Critique du film de Lorcan Finnegan

Le réalisateur et scénariste crache sa haine d’une société aliénante avec une radicalité qui mérite d’être saluée. Au lieu de construire un récit à tiroirs multipliant les surprises, Vivarium préfère user de répétitions pour épuiser ces parents qui ont, à l’image des aliments transformés qu’ils ingèrent, une date de péremption et une fonctionnalité bien délimitée. Les spectateurs à la recherche d’un twist malin risquent donc d’être déçus.

Si le message est asséné avec une colère réjouissante, Vivarium débarque bien des années après Invasion Los Angeles, Fight Club ou encore Matrix. L’intention est louable et le résultat particulièrement soigné, mais il aurait peut-être fallu que Lorcan Finnegan complexifie son récit pour surprendre davantage, convaincre pleinement et rejoindre ses prédécesseurs. Le film n’en demeure pas moins une réussite portée par deux excellents acteurs, enfermés dans une bulle attirante au premier coup d’œil. Mais juste au premier coup d’œil.

 

Vivarium de Lorcan Finnegan, en salle le 11 mars 2020Ressortie exceptionnelle le 22 juin 2020. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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