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Yves : l’industrie du rap tient sa nouvelle star

CRITIQUE / AVIS FILM – William Lebghil devient une star grâce à son frigo nouvelle génération. Tel est le pitch de « Yves », la nouvelle comédie déjantée de Benoît Forgeard qui donne à voir une vision parfois inquiétante du futur, avec un soupçon de poésie. Un OVNI, un vrai.

On a vite fait d’être déçu quand un pitch de film promet quelque chose de fou. Les high-concept apportent plus souvent des désillusions, une fois que l’objet cinématographique doit dépasser son exposition. En sera-t-il de même pour Yves, la comédie de Benoît Forgeard ? Le réalisateur français opère dans une forme de cinéma libre et loufoque qui demande, comme pour son homologue Quentin Dupieux, une certaine ouverture d’esprit de la part du spectateur pour accepter ce qu’il regarde. Loin de nous l’idée de nous lancer dans une comparaison avec l’auteur de Au Poste ! ou du Daim, mais on peut avancer sans se tromper qu’ils partagent une certaine vision de cinéma, détournée des obligations de succès financiers pour mieux y laisser macérer une créativité précieuse.

Yves raconte l’histoire de Jérem, un rappeur occupé par l’enregistrement de son premier disque. Sa vie, faite de débrouille, est chamboulée quand il accepte de participer au programme d’une start-up. Digital Cool lui propose de recevoir chez lui un frigo doté d’une intelligence artificielle prénommé Yves. Capable de reconnaître ce dont vous avez besoin au quotidien, il s’introduira dans la vie du jeune homme avec beaucoup d’insistance. Jérem fait la connaissance au même moment de So, une employée de la compagnie chargée de superviser les testeurs du produit. Cette double rencontre va chambouler sa vie professionnelle et intime. En effet, le jeune homme va devenir un rappeur renommé, son frigo lui permettant de composer et écrire à sa place. Il ne sera également pas insensible au charme de la délicieuse So.

Nul ne peut aujourd’hui nier l’influence qu’a la technologie dans notre quotidien. Les smartphones sont de plus en plus performants et multi-tâches, les objets connectés pullulent, les voitures commencent à avancer sans que l’on tienne le volant, les intelligences artificielles se développent… De nombreux exemples illustrent déjà à la perfection ce vers quoi tend notre la société humaine, laissant de plus en plus de place aux machines pour alléger notre quotidien. Avec les dérives que cela peut engendrer en cas de prise d’indépendance trop importante des intelligences créées. Le sujet a déjà été au centre d’innombrables films et le sera, à n’en pas douter, encore plus à l’avenir.

Benoît Forgeard aborde son sujet avec un certain réalisme. Le futur a commencé, c’est maintenant. L’ancrage de son récit dans le présent – ou ce qui s’y apparente – lui permet dans un premier temps de jouer sur un humour assez inoffensif. Le frigo offre la possibilité de prendre plusieurs voix différentes, il fait les courses pour assurer à son proprio une bonne hygiène de vie et prend quelques libertés. Forgeard laisse entrevoir les possibilités comiques de son pitch petit à petit. Forcément, le film en devient véritablement intéressant lorsque Yves devient une entité autonome. Pas uniquement parce que le protagoniste principal est au centre d’une histoire extraordinaire, mais parce que le metteur en scène réussit à follement repousser les limites de sa créativité en allant avec assurance au bout de ses idées. Quand certains films arrivent rapidement à court d’idées pour sublimer leur intelligent concept de départ, Yves grimpe progressivement toujours plus haut.

La loufoquerie de Forgeard l’amène à livrer quelque séquences marquantes, dont ce passage sur l’Eurovision où chaque pays envoie concourir une machine. C’est fou, visuellement à la limite du kitsch, mais irrésistible. Le metteur en scène va, jusque dans les dernières minutes, pousser son scénario quasiment dans ses retranchements (le final vaut le coup). Chose admirable, d’autant plus qu’il arrive à ne pas se détacher de sa narration pour y parvenir. Son postulat n’est pas une toile de fond pour dérouler une comédie romantique sur fond d’ascension/déchéance d’une star mais le composant scénaristique essentiel d’un film qui amène à réfléchir par l’émotion et l’humour.

Benoît Forgeard trouve en William Lebghil l’acteur idoine pour jouer sur ces deux tableaux. Parfait en jeune adulte irresponsable, il est tout autant impeccable lorsqu’il faut s’aventurer sur d’autres registres de jeu. Le metteur en scène trouve en lui une certaine poésie insensée. Il se confronte à une Doria Tillier débordante d’un charisme naturel et à Phillipe Katerine dont la folie est au moins égale à celle de Forgeard.

La description de ce futur proche ne débouche pas sur un sentiment empreint de pessimisme. Au contraire, le réalisateur français la met au service de sa fantaisie, se rangeant même dans les dernières minutes du côté des robots, abandonnés par leur propriétaire. La bienveillance et la sensibilité d’Yves affirment un peu plus le talent singulier d’un auteur en pleine progression.

Yves, de Benoît Forgeard, en salle le 26 juin 2019. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

On a vite fait d'être déçu quand un pitch de film promet quelque chose de fou. Les high-concept apportent plus souvent des désillusions, une fois que l'objet cinématographique doit dépasser son exposition. En sera-t-il de même pour Yves, la comédie de Benoît Forgeard ? Le réalisateur français opère dans une forme de cinéma libre et loufoque qui demande, comme pour son homologue Quentin Dupieux, une certaine ouverture d'esprit de la part du spectateur pour accepter ce qu'il regarde. Loin de nous l'idée de nous lancer dans une comparaison avec l'auteur de Au Poste ! ou du Daim, mais on peut avancer sans…

Conclusion

Note de la rédaction

Une comédie loufoque sur les travers de la technologique avec une bonne dose de sensibilité. Une belle surprise.

Note spectateur : Sois le premier !
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