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Los Nadie – Notre avis

Pour son premier long-métrage, Juan Sebastián Mesa réalise un instantané de la jeunesse colombienne sacrifiée à Medellin, en Colombie, et suit le quotidien de jeunes libertaires à l’orée de leur voyage vers le sud.

Dans les rues de Medellín, jongleurs de rue, tatoueurs, acrobates, zonards, rebelles, petites frappes, tous en recherche d’un on-ne-sait-quoi, on-ne-sait-où, se croisent dans un montage alterné en forme de kaléidoscope de la jeunesse « invisible » de Colombie, los nadie, « ceux qui ne sont personne » (que l’on pourrait traduire par « ceux que l’on ne voit pas »).

El Mechas (Esteban Alcaraz), Pipa (Luis Felipe Alzate), La Mona (Maria Angélica Puerta), Manu (Maria Camila Castrillon), Camilo (Alejandro Pérez Ceferino) et tous les autres semblent figés dans le décor et dans le temps de Los Nadie, attendant leur tour alors que le bruit des balles résonne au loin dans les innombrables travées d’une ville que l’on aperçoit à l’horizon. Privée de ses exotiques couleurs que l’on devine chaudes et flamboyantes, Medellín apparaît ici à travers une mélancolie palpable, comme le terrain d’un triste jeu où tout le monde est perdant.

Capturer l’instant

Moins trash, moins provocateur et moins délirant que ses cousins éloignés Kids ou The Smell of Us, Los Nadie n’en reste pas moins un instantané d’une jeunesse à un endroit et à une période donnée (une photographie bien précise localisable dans le temps et dans l’espace). Juan Sebastián Mesa, dont Los Nadie est le premier long-métrage, livre un témoignage beaucoup plus réaliste – car infiniment plus mesuré – que les visions fantasmagoriques de Larry Clark ou d’Harmony Korine à propos de la jeunesse américaine (et parisienne).  Mesa ne fantasme pas : cette itinéraire sans ligne d’arrivée, il l’a désiré et lui-même vécu. Cela se sent dans son approche. Le style très photographique, réaliste, quasi-documentaire de cette petite capsule temporelle se met au service de la communauté « invisible » de Mesa, ici mise en lumière.

Il aurait été honnêtement impossible pour Mesa de réaliser son film autrement. Un témoignage trop romancé ou trop emphatique aurait desservi le désir d’authenticité qui habite chaque dialogue de ce film générationnel. Contrairement à Clark et Korine, le réalisateur colombien ne met pas en image les fantasmes qu’il (ou que la société) se fait de la jeunesse sacrifiée mise en scène ici, mais bien cette jeunesse elle-même, sans filtre excepté celui du noir et blanc. Cette absence d’effet, couplée à un scénario épuré, en forme de simple chronique chorale, fait de Los Nadie un film croisant néo-réalisme et teen-movie.

Utopistes debout !

Le projet de ces jeunes ? Partir de Medellin et voyager vers « le Sud », en direction d’une destination aussi indécise que l’est leur avenir. Si la parabole du road-trip comme allégorie d’une vie à l’avenir incertain peu paraître assez convenue, Los Nadie sait relativiser les rêves de ces marginaux idéalistes. À la toute fin du film, alors qu’un petit groupe de jeune vient de prendre la route, un tag équivoque inscrit sur le rideau de fer d’une boutique « Bonne chance, bande de cons », fait suite à l’agression d’un des jeunes qui ne pourra pas prendre la route. Juan Sebastián Mesa, malgré un manque évident de recul critique sur cette jeunesse dont il faisait partie au moment du tournage, sait quand même garder les pieds sur terre : pour voyager, encore faut-il pouvoir quitter son quartier.

Car à l’heure où la société demande à cette génération de prendre les choses en main (dont, en premier lieu, elle-même), celle-ci doit paradoxalement compter sur un coup du sort pour s’en sortir, ou, à l’inverse, subir la malchance d’une mauvaise rencontre. Avec Los Nadie, Mesa, bien que jamais vraiment surprenant dans sa façon d’exprimer cette sensation là (et c’est là que le film pêche), trouve dans la simplicité de sa mise en scène une juste manière de valoriser une jeunesse que l’on a souvent tendance à rendre plus sensationnelle qu’autre chose. Simplement et humblement, et à l’image d’un plan où l’un des nadie tague d’un seul trait horizontal un mur de la ville avant de sortir du champ, Los Nadie illustre la volonté de ces jeunes – moins assumée – de se rendre visible avant de quitter les lieux. Histoire de laisser sa “trace”, juste au cas où…

 

Los Nadie de Juan Sebastián Mesa, en salle le 6 décembre 2017. Ci-dessus la bande-annonce.

Dans les rues de Medellín, jongleurs de rue, tatoueurs, acrobates, zonards, rebelles, petites frappes, tous en recherche d’un on-ne-sait-quoi, on-ne-sait-où, se croisent dans un montage alterné en forme de kaléidoscope de la jeunesse « invisible » de Colombie, los nadie, « ceux qui ne sont personne » (que l’on pourrait traduire par « ceux que l’on ne voit pas »). El Mechas (Esteban Alcaraz), Pipa (Luis Felipe Alzate), La Mona (Maria Angélica Puerta), Manu (Maria Camila Castrillon), Camilo (Alejandro Pérez Ceferino) et tous les autres semblent figés dans le décor et dans le temps de Los Nadie, attendant leur tour alors que le bruit des balles résonne au…

Note de la rédaction

Note de la rédaction

Sur la bonne voie

Passé l’aspect assez prévisible de son propos et de son dispositif formel, « Los Nadie » est un témoignage sincère, authentique, et très prometteur.

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