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Dracula : une adaptation décomplexée et généreuse

Dracula : une adaptation décomplexée et généreuse

CRITIQUE/AVIS SÉRIE - Tout n'a-t-il pas été dit et fait avec Dracula ? Figure mythique de la littérature puis du cinéma, le vampire est de nouveau convoqué, sur le petit écran cette fois, avec une série créée par Mark Gatiss et Steven Moffat. Un duo à qui l'on doit déjà "Sherlock".

Tod Browning, Francis Ford Coppola et plus récemment Dario Argento. D'aussi grands noms de l'histoire du cinéma ont compris tout ce qu'il y avait à exploiter au travers de la figure de Dracula. Plus généralement, le vampire est un être que les cinéastes aiment manier. Avec des variations et des idées plus ou moins réussies. À l'image du loup-garou, c'est une créature qu'on a déjà très souvent vue sur nos écrans. La grande familiarité qu'on entretient avec elle n'empêche pas d'avoir un soupçon de curiosité à l'encontre de la série Dracula, co-production entre les britanniques de la BBC et Netflix. La présence à la création de Mark Gatiss et Steven Moffat n'y est sans doute pas pour rien. Eux qui ont dépoussiéré Holmes avec la brillante série Sherlock, relecture moderne d'un matériau issu de la littérature. On attend sur Dracula qu'ils en fassent de même, en remodelant le mythe pour lui donner un souffle actuel. On a justement pu découvrir le premier épisode de cette mini-série décomposée en trois parties et on vous dit si le voyage vaut le détour.

L'histoire débute avec les mêmes éléments que le roman et principalement le personnage d'Harker. En déplacement en Transylvanie pour son travail, il ne reviendra pas indemne de ce voyage, à cause de sa rencontre avec le comte Dracula. La série présente le personnage affecté, en état de choc. Questionné par une nonne qui cache un sacré secret, il va revenir sur son expérience au travers de nombreux flashbacks. Gatiss et Moffat restent assez attachés au roman de Bram Stoker dans la manière dont le scénario pose les bases. Le journal intime d'Harker est ici remplacé par son témoignage oral, ce qui ne change pas véritablement la donne. Les prises de risque pour se trouver une identité vont vite se révéler payantes, en particulier sur la forme. Il nous manque une trop grande partie du scénario pour savoir si des surprises sont à prévoir mais on soupçonne le duo de nous en réserver sur le pur plan de l'écriture.

Un Dracula magnétique pour une série sanglante

Harker va s'en rendre compte dès le premier contact, ce Dracula a une aura particulière. S'il apparaît comme plus faible qu'il ne l'est réellement au début, il prend vite l'ampleur qu'il doit avoir. L'interprétation de Claes Bang n'y est pas pour rien. L'acteur danois use de son charme pour faire du Comte le centre de l'attention. Son jeu réclame forcément une certaine outrance pour mettre en exergue le charisme du méchant et ce quelque chose de difficilement descriptible qui relève du charme. Quand bien même on sait qu'il n'agit pas au nom du Bien, on serait tentés de tomber dans le panneau. La fascination est un sentiment impossible à évacuer quand on veut parler de Dracula. Le personnage joue justement avec son sens de la formule, à mesure qu'il retrouve progressivement sa belle gueule.

Harker va découvrir dans l'antre de la bête ce que le mot horreur signifie. La série nous fait explorer les entrailles du château et l'expérience s'avère loin d'être de tout repos. Quand le pauvre homme s'aventure là où il ne devrait pas, il va multiplier les sueurs froides. Comme les téléspectateurs. Dracula ne lésine pas sur les moyens pour composer une ambiance malsaine, en jouant beaucoup sur le gore et les éléments graphiques. Le répugnant plan sur l'ongle arraché dans la bande-annonce avait donné le ton et on encaisse plusieurs autres crasses de la sorte. Cette envie d'aller franchement dans l'horreur visuelle permet à la série de se draper d'une ambiance oppressante. Quand Harker arpente les tréfonds du château, c'est un véritable tour de train fantôme auquel nous sommes conviés. L'attraction est réussie au vu du plaisir qu'on prend.

Dracula : une adaptation décomplexée et généreuse

C'est en allant dans une horreur décomplexée, moins fine psychologiquement, que Gatiss et Moffat trouvent l'originalité nécessaire pour ne pas se laisser écraser par le roman de Stoker - duquel ils gardent plusieurs composants. Dracula ne veut pas passer pour la série trop sérieuse qu'elle n'est pas et s'exhibe en un vibrant spectacle fantastique. Même si on a quelques réserves sur certains effets un peu grossiers (comme par exemple ce plan sur la mouche qui se pose sur la caméra), on aime la générosité qui se dégage de l'ensemble. Alors laissez-vous mordre sans tarder. Quand le poison de Dracula se sera insidieusement répandu dans vos veines, vous ne pourrez plus résister à son appel.

Dracula créée par Mark Gatiss et Steven Moffat, disponible sur Netflix à partir du 4 janvier 2020. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.