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Falcon et le Soldat de l'Hiver : Marvel se politise avec sa dernière série

Falcon et le Soldat de l'Hiver : Marvel se politise avec sa dernière série

CRITIQUE / AVIS SÉRIE - Tout juste nous sommes nous remis de "WandaVision" que Marvel a enchaîné avec "Falcon et le Soldat de l'Hiver", toujours sur Disney+. Cette série sur l'après-Captain America est-elle une réussite ? Attention, ce qui suit contient de nombreux spoilers.

Comment passer après WandaVision ?

Le début d'extension du Marvel Cinematic Universe sur Disney+ a été une réussite saluée dans son ensemble. La série WandaVision n'a, certes, pas effectué un bon en avant significatif dans les enjeux de l'univers. Mais on lui pardonne cette progression maigrichonne au regard de tout ce qui a été réussi - évolution de Wanda, tentatives stylistiques, hommages au format sériel. Falcon et le Soldat de l'Hiver arrive derrière avec une note d'intention qui annonce par avance un retour à une formule plus classique.

La promesse reste séduisante, l'objectif étant de faire la transition après le vieillissement accéléré de Steve Rogers dans Avengers : Endgame. Son bouclier a été remis à Sam Wilson (Anthony Mackie), aussi connu comme Falcon. Dès le premier épisode, il fait le choix de ne pas le garder pour lui et le remet au gouvernement américain. Alors que John Walker (Wyatt Russell) devient le nouveau Captain America, Falcon s'associe avec Bucky (Sebastian Stan) pour enrayer les plans d'une organisation terroriste. Un programme qui lorgne vers le buddy movie avec deux personnages qui n'ont pas pour habitude d'être amicaux l'un envers l'autre. Vous vous en doutez, cette aventure en commun va les rapprocher.

Falcon et le Soldat de l'Hiver
Falcon et le Soldat de l'Hiver ©Marvel Studios

Une série d'action et humaine

Nos deux gaillards n'étant pas détenteurs de super-pouvoirs magiques, c'est tout naturellement que Falcon et le Soldat de l'Hiver se positionne comme une série d'action. Mais les scènes de combat ne sont pas le point fort du show. La mise en scène n'est pas ce qui se fait de mieux dans le MCU et on sent à plusieurs reprises que la violence ne peut pas franchir un cap à cause de cette fameuse recette Marvel pensée pour le grand public. Les enjeux narratifs et moraux demandaient pourtant que la violence explose davantage pour marquer. On pense au meurtre commis par John Walker en pleine rue. La mise en scène fait tout pour esquiver la frontalité du coup de grâce et c'est tout l'impact du geste qui s'en retrouve amoindrie.

Falcon et le Soldat de l'HiverSam Wilson (Anthony Mackie) - Falcon et le Soldat de l'Hiver ©Marvel Studios

Kari Skogland, à la direction des six épisodes, n'est pas la plus inspirée pour mettre en images l'action. À l'inverse, elle trouve une bonne distance pour souligner la psychologie de ses personnages. Ancien méchant, Bucky se traîne dans ses bagages un tas de regrets et possède, de par son expérience, une réflexion sur l'utilisation de la violence. Sebastian Stan, vraiment parfait de bout en bout dans tous les registres de jeu, arrive à mener son personnage dans une autre dimension. Aux scènes d'action, on préfère ces moments de doute, d'introspection. Notre seul regret à son sujet est qu'il passe au second plan dans la dernière partie du scénario. Comme si son arc n'avait pas la conclusion qu'il méritait. Une différence de traitement se fait sentir par rapport à Sam, qui est forcément sur le devant de la scène avec sa transformation en Captain America.

Les seconds couteaux brillent

Qui dit univers étendu dit que l'on se devait de croiser des personnages connus. Falcon et le Soldat de l'Hiver n'a pas cédé aux sirènes du grand caméo qui excite tout le monde, mais ce n'est pas plus mal ainsi. Le retour de Zemo a tout aussi bien fait l'affaire grâce à une refonte du personnage. À la manière d'un Loki, il n'est plus un méchant mais une sorte d'électron libre avec un penchant pour le Bien. En dépit de l'endroit où Daniel Brühl se retrouve au bout du compte, on espère pouvoir le revoir rapidement dans le MCU.

Falcon et le Soldat de l'Hiver
John Walker (Wyatt Russell) - Falcon et le Soldat de l'Hiver ©Marvel Studios

L'autre personnage secondaire réussi est John Walker. D'abord introduit comme le second Captain America officiel, il a navigué dans des eaux troubles. Passant de soldat obsédé par la justice à une création du gouvernement devenue incontrôlable. Son développement a posé des questions intéressantes sur la fonction de super-héros : la pression, la starification, la jalousie chez ceux qui n'ont pas de pouvoir... Wyatt Russell a su porter avec brio ce personnage que nous risquons de retrouver très rapidement si l'on en juge par sa mue en U.S. Agent.

Marvel plus politique que jamais

Les productions Marvel sont vues par tant de monde que le studio a décidé de prendre ses responsabilités depuis un moment en jouant le jeu de la diversité. C'est ainsi qu'on peut se retrouver aujourd'hui avec un Captain America noir. Une évolution courageuse, même si toujours basée sur les comics. Steve Rogers était le cliché du héros américain : blanc, belle gueule, musclé, une morale bien placée. Le sauveur parfait pour ce pays qui a démontré qu'il avait quelques progrès à faire sur son rapport à la diversité. Qu'un nouveau Captain arrive sous cette forme est un geste qui résonne avec l'actualité de ces derniers mois. La série insiste plusieurs fois sur la place des Afro-américains dans la société et n'hésite pas à revêtir un caractère politique assez juste.

C'est la première fois qu'un titre du MCU embrasse à ce point un sujet de société aussi brûlant. On notera aussi que les États-Unis se font taper sur les doigts pour leur tendance à s'immiscer partout - les Flag-Smasher sont une conséquence de ce comportement interventionniste. Cet aspect reste néanmoins traité avec des gros sabots, à renfort de grandes phrases sentencieuses. Là où l'exploration du racisme parvient mieux à nous toucher grâce à la présence d'un émouvant Isaiah Bradley.

Falcon et le Soldat de l'Hiver
John Walker (Wyatt Russell) - Falcon et le Soldat de l'Hiver ©Marvel Studios

La recette Marvel ne change guère sur tout le reste. Comme WandaVision, on a l'impression que le chemin parcouru est infime d'un point de vue purement narratif. On espère vraiment que le petit écran ne va pas être condamné à jouer au passe-plat pour que les films récoltent toutes les louanges. C'est ce sentiment que l'on a pour le moment, tant on a l'impression qu'il ne se passe rien de bien significatif durant les saisons. Le résultat reste correct, car conditionné par le cahier des charges Marvel, mais une telle histoire ne méritait pas une saison de six épisodes. On retiendra de Falcon et le Soldat de l'Hiver sa finalité, ainsi que ses quelques incursions bien senties sur le terrain de la politique.

 

Falcon et le Soldat de l'Hiver, disponible sur Disney+ à partir du 19 mars 2021. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

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