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Fleabag : une brillante saison 2

CRITIQUE / AVIS SÉRIE : Phoebe Waller-Bridge fait officiellement partie de la révolution féminine qui s’inscrit sur nos grands et petits écrans. Avec seulement une poignée d’épisodes à son actif, la scénariste et actrice, a changé considérablement la donne. En signant une saison 2 de « Fleabag » remarquable, elle devient une figure importante de notre décennie.

L’attente fut difficile à combler. Les questionnements et les doutes très présents. Il faut dire qu’en 2016, Phoebe Waller-Bridge, charismatique britannique sortie tout droit du théâtre avait crée la surprise en diffusant sur la BBC Tree la série qu’elle scénarisait et dans laquelle elle jouait: Fleabag. La série, acclamée par la critique internationale dont la critique française, est de suite devenue virale. En abordant la vie telle qu’elle est, sans filtre et sans tabou, la trentenaire décomplexée a conquis le public. En s’attaquant tantôt au sexe, aux relations familiales et à la dépression, la scénariste et actrice a tapé dans le mille.

Fleabag représente notre décennie, ses travers, ses joies et ses limites. Par le biais d’ un personnage haut en couleurs que l’on adore autant que l’on déteste, elle se déguste comme un bon vin et dans l’intimité la plus profonde. Parce que Fleabag nous pousse à nous remettre en question, autant qu’elle remet en question ses personnages. On en sort profondément marqué, bouleversé et décomplexé. Ce n’était donc pas un pari facile de revenir pour une saison 2 et, parce que Phoebe Waller-Bridge semble avoir des doigts en or, ce pari a été hautement relevé.

« Can we date a priest? »

Alors qu’on l’avait quitté pleine de sanglots dans les rues de Londres, complètement submergée par ses envies et ses désirs sexuels qui avaient causé sa perte, notre héroïne est de retour, pleine de sagesse. Il fut d’abord difficile d’accepter que sa vie sexuelle, ses envies et ses désirs soient la cause d’une perte aussi brutale que celle de sa meilleure amie. Car si la série parle sans complexes et sans tabous du sexe et surtout du désir féminin, en faire un sujet de culpabilisation était presque indigeste. La sexualité des femmes étant toujours bridée, critiquée et remise en cause. Pourtant, la saison 2 réussit à émettre un discours plus nuancé, plus clair et beaucoup moins punitif. Intelligemment paradoxale lorsque le fil rouge de cette deuxième saison expose la relation entre notre protagoniste et celle d’un prêtre (ultra sexy) incarné par Andrew Scott.

Voilà encore un trait de génie qui caractérise l’écriture de la jeune scénariste. En collant à l’actualité mais en l’abordant via un biais différent et presque transgressif. Car ces derniers temps, la religion et plus particulièrement la religion catholique est fortement remise en question notamment à cause des scandales des prêtres pédophiles. Suite à cela, le petit écran, tout comme le grand, n’hésite pas à aborder ce scandale afin de faire réagir l’opinion public et de donner la parole aux victimes. Phoebe Waller-Bridge quant à elle, choisi de questionner sa propre foi ou plutôt son athéisme via son coup de foudre avec le prêtre chargé du deuxième mariage de son père. Avec la figure d’un prêtre bien loin de l’idée que l’on peut s’en faire (surtout actuellement), aussi bienveillant qu’ouvert d’esprit et, il faut le dire, au physique assez proche de celui d’un dieu (sans mauvais jeu de mots).

C’est à travers cette histoire d’amour impossible que les deux personnages s’ouvrent et s’offrent à nous, donnant lieu à des scènes aussi touchantes qu’hilarantes (on retiendra en particulier la scène où le prêtre, à l’instar de Julia Roberts dans Pretty Woman, fait les essayages de plusieurs chasubles). Car c’est avant tout la force de la série: son dosage parfait entre l’humour, les peines et les joies. Tout est dit, suggéré ou non, mais les limites ne sont jamais dépassées pour toujours être comprises sans tomber dans la bêtise.

Un lien sororal indispensable

Ce qui manquait cruellement à la première saison c’était un développement plus profond de la relation entre la protagoniste et sa soeur, Claire, incarnée par Sian Clifford. Mariée avec un white man misogyne, creepy et égocentrique, Claire, à peine plus âgée que Fleabag, est une working girl qui gère tout et souvent à bout. Cette saison réhabilite leur relation, elle la rend plus humaine et nettement plus attachante. Les deux femmes sont liées par le sang, et par leur père qui veille (comme c’est le cas dans la première saison, où elles se retrouvent à des conférences féministes) à ce qu’elles soient plus ou moins proches l’une de l’autre.

Tout en restant totalement différentes l’une de l’autre, l’une est excentrique et l’autre réservée, leur lien est plus fort et, là où dans la première saison elles s’attiraient plutôt des ennuis mutuellement en ne se comprenant absolument pas (le mari de Claire avait embrassé de force sa soeur dans la première saison), dans cette saison elles se tirent chacune l’une et l’autre vers le haut.

Un lien protecteur et bienveillant se tisse, formant peu à peu une relation plus complice qui donnera lieu à une des meilleurs scènes de la série, pleine de suspense et d’humour, où Claire a un souci en sortant de chez son coiffeur. Et si l’on devait résumer la série a une scène, celle-ci est sans aucun doute la plus représentative. D’ailleurs, il est important de souligné que dans la « vraie vie », Phoebe Waller-Bridge travaille sur la série avec sa soeur, Isobel Waller-Bridge qui signe la bande-originale.

Une deuxième et dernière saison

En balayant une dernière fois de son regard caméra son audience, Phoebe Waller-Bridge, habituée à briser le quatrième mur de ses regards complices, dit au revoir à Fleabag de la plus belle des façons. Car si la foi et la spiritualité sont au coeur de cette saison, c’est à nous, son public que la britannique s’est confiée pendant douze épisodes. En nous exposant sa petite voix intérieure, elle s’est de nombreuses fois confessée et s’est affranchie de ses « péchés ». Elle a fait de nous son « au-delà », ses confidents au même titre que le dieu de son « sexy priest ». D’ailleurs ce dernier entend Fleabag parler et voit qu’elle s’adresse directement à quelqu’un ce qui a tendance à nous bousculer un peu plus.

Scénariste en vogue, elle qui a également signée la brillante première saison de Killing Eve, elle s’envole vers d’autres projets. On la retrouvera au scénario du prochain James Bond et une série produite par HBO, Run. Du côté de l’hexagone, Canal+ a choisi de faire un remake made in France de Fleabag, Mouche, porté par Camille Cottin et réalisé par Jeanne Herry disponible début juin sur la chaîne.

 

Fleabag saison 2 disponible depuis le 17 mai 2019 sur Amazon Prime Vidéo. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

L'attente fut difficile à combler. Les questionnements et les doutes très présents. Il faut dire qu'en 2016, Phoebe Waller-Bridge, charismatique britannique sortie tout droit du théâtre avait crée la surprise en diffusant sur la BBC Tree la série qu'elle scénarisait et dans laquelle elle jouait: Fleabag. La série, acclamée par la critique internationale dont la critique française, est de suite devenue virale. En abordant la vie telle qu'elle est, sans filtre et sans tabou, la trentenaire décomplexée a conquis le public. En s'attaquant tantôt au sexe, aux relations familiales et à la dépression, la scénariste et actrice a tapé dans le…

Conclusion

Note de la rédaction

Avec une saison 2 grandiose, Fleabag s'inscrit sans grande difficulté au panthéon des séries britanniques les plus réussies. Témoin d'une génération complexe, drôle et dépressive, elle se déguste sans modération.

Note spectateur : Sois le premier !

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