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Freud : la puissance de l’hypnose

Freud : la puissance de l’hypnose

CRITIQUE / AVIS SÉRIE - "Freud" plonge le spectateur dans une enquête austro-hongroise assez nébuleuse, mêlant réalité scientifique et historique, et fiction, aux côtés de Sigmund Freud, alors jeune médecin de la fin du XIXème siècle.

Celles et ceux qui s’intéressent aux découvertes médicales et psychiatriques trouveront leur compte dans la série Freud, réalisée par l’Autrichien Marvin Kren. Même si le titre est assez trompeur, puisque la série n’est en aucun cas un biopic mais un prétexte pour une intrigue assez complexe, on y rencontre en effet Sigmund Freud (Robert Finster) dans la ville de Vienne en cette fin du XIXème siècle. On ne cache rien au spectateur de ses difficultés à être reconnu par sa famille mais surtout par ses pairs, notamment en raison de sa judéité, mais aussi de ses méthodes encore au stade de balbutiement et assez peu orthodoxes.

Car la série met très bien en perspective ses tentatives, qui lui permettront de devenir le grand psychiatre que l’on connaît. Ainsi sa pratique de l’hypnose, apprise aux côtés de son ami médecin Joseph Breuer, permettant de guérir différentes névroses, dont l’hystérie découverte auprès du Professeur Charcot à Paris, ou la catatonie, le trouble de la personnalité ou les multiples traumatismes en lien avec l’inconscient. D’autres médecins ayant existé sont présents dans la série, tel le chef de son service, le Professeur Meynert ou son ami Arthur Schnitzler, également poète.

Celles et ceux qui s’intéressent à l’histoire de l’empire austro-hongrois apprécieront sans doute également Freud. Sont ainsi évoqués à plusieurs reprises la réunion forcée des deux pays, les nobles hongrois qui veulent récupérer leur monarchie, ou encore l’incendie du Ringtheater en 1881 qui causa la mort de centaines de personnes. Il est également question d’une guerre, mais on ne sait pas précisément laquelle. Sans doute le public autrichien ou le public hongrois, puisque les dialogues sont en version originale dans les deux langues, sauront-ils mieux à quels événements et dates fait référence la série mais les publics d’autres nationalités regretteront ce manque de précisions.

On croise aussi le prince héritier Rodolphe - fils de l’impératrice Elisabeth de Bavière, dite Sissi - présenté comme psychologiquement faible et que la comtesse hongroise Sophia Szapáry (Anja Kling) essaye de pervertir. Si les échanges entre médecins et le contexte scientifique et historique constituent la part véridique sur laquelle se base la série Freud, le moins que l’on puisse dire, c’est que le réalisateur prend pas mal de liberté avec la réalité, aussi bien au niveau de l’intrigue qu’avec les autres personnages. Il n’est d’ailleurs pas certain que le médecin lui-même en sorte grandi, tant il est présenté comme un cocaïnomane prêt à tout pour parvenir à ses fins.

Une intrigue mêlant réalité et pure fiction

La série L’Aliéniste avait déjà mélangé de la sorte et avec bonheur réalité et fiction dans le New York de la fin du XIXème siècle, le vrai Theodore Roosevelt, alors chef de police assigné à des meurtres d’enfants. Car dans Freud, il est aussi question de meurtres sordides, de complots, de mystères liés au spiritisme, à la voyance, à l’hypnose utilisée non pour soigner mais pour maintenir une emprise, au somnambulisme, à la magie, aux esprits ou encore aux légendes.

Même si le réalisateur pénètre l’inconscient des protagonistes combattant leurs démons lors d’une scène fascinante, on regrette toutefois qu’il ait abusé à ce point de la musique anxiogène, des flashback, des ralentis et des flous pour souligner l’effet de la drogue, de la transe ou de l’hypnose que subissent ses personnages. Particulièrement celui de Fleur Salomé, sous l’emprise de la comtesse, interprété par l’actrice Ella Rumpf (découverte dans Grave), qui n’hésite d’ailleurs pas à surjouer. Elle n’est pas la seule, puisque tous les acteurs sont en mode théâtral frisant parfois le ridicule et fatigant l’œil assez vite.

Mais la série bascule aux deux tiers vers le genre gore, justifiant ainsi son classement "+ 16 ans" - drogue et violence sont au rendez-vous -, mais risquant aussi de perdre les spectateurs intéressés par son esprit scientifique. Aucun répit n’est plus alors laissé au spectateur, comme s’il fallait que chaque scène soit absolument une surprise et maintienne en haleine. Pourtant, un seul personnage, plus subtil qu’il n’y parait, parvient à sortir du lot et suscite vraiment l’empathie du spectateur : l’Inspecteur Kiss (Georg Friedrich), ancien militaire, dont le traumatisme pendant la guerre et son impact psychologique transparaît au fur et à mesure des huit épisodes. La série aborde très bien le cas de conscience de Kiss, mais ne s’étend pas assez sur celui de Freud, alors que tous deux tentent de comprendre les tenants et aboutissants des drames et du comportement des meurtriers.

Freud se révèle donc plutôt attrayante par son originalité en matière psychiatrique et par la densité de son sujet, mais aussi assez décevante par le classicisme de son genre. Et Freud ne manquera d'interroger le spectateur sur les limites possibles de la déformation de la réalité par la fiction. Les éléments et les personnages semblent même bien plantés pour une saison 2 qui, franchement, ne s’impose pas. On en profite par contre pour conseiller quelques films qui pourront compléter la série sur ses parties réelles : Augustine de Alice Winocour (à propos de l’hystérie découverte par le professeur Charcot), Mayerling de Terence Young (à propos de la vie du prince Rodolphe) ou encore A Dangerous Method de David Cronenberg (à propos des relations entre Freud et Jung).

 

Freud créée par Marvin Kren, sur Netflix à partir du 23 mars 2020. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

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