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Hunters : l'art très délicat et dangereux de la vengeance

Hunters : l'art très délicat et dangereux de la vengeance

CRITIQUE / AVIS SÉRIE - Al Pacino dirige une bande hétéroclite de chasseurs de nazis dans le New York des années 70 et du Son of Sam. "Hunters", série Amazon dotée d'une certaine ambition et de belles ressources, est à découvrir à partir d'aujourd'hui. On a vu les premiers épisodes, voici notre avis.

C'est aujourd'hui que Hunters, la série Amazon avec Al Pacino et Logan Lerman sur des chasseurs de nazis, sort sur la plateforme Amazon Prime Video. Créée par David Weil et produite par Jordan Peele, la série Hunters est très attendue : pour son casting de stars, pour son sujet et son ambiance, pour son format aussi, dix épisodes d'une heure, qui a fait dire à Al Pacino qu'il ressentait "avoir tourné un seul et même film de dix heures". Nous avons pu voir les trois premiers épisodes en avant-première, on fait donc un petit récapitulatif critique.

Une vengeance fun et enlevée

Hunters repose sur une idée simple : une chasse aux nazis dans le New York des années 70, menée par une bande à la tête de laquelle on retrouve Al Pacino, survivant de l'Holocauste et protecteur de la communauté juive. Des chasseurs violents et bien déterminés à éliminer des dignitaires nazis qui se cachent dans la population et préparent en secret l'avènement du Quatrième Reich.

Hunters

Qualité majeure de la série Hunters : son casting. Il y a beaucoup de l'esprit Tarantino dans Hunters, comme des dialogues percutants, une violence joyeuse et une esthétique pop qui fonctionnent bien. Al Pacino et Logan Lerman, les deux premiers rôles, jouent avec aise leur partition, et même si Al Pacino force souvent le trait, il reste l'immense et performant comédien qu'on connaît. Autour d'eux, les seconds rôles sont bien développés, apportant une dimension chorale appréciable à Hunters. C'est qu'avec un format d'une heure par épisode, et une heure et demie pour le pilote, Hunters ne doit pas refuser les complexités et la multiplicité des caractères pour ne pas voir l'ennui ou la redite pointer le bout de son nez. On mentionnera ainsi les personnages de Josh Radnor ou encore Tiffany Boone, très incarnés.

Le parcours de Logan ressemble beaucoup à celui de Peter Parker/Spider-Man : dans un quotidien fait de galères, le jeune homme va trouver son identité et sa voie suite au meurtre de sa grand-mère. Ce n'est ni un hasard ni une facilité : il y a une ambiance super-héroïque dans Hunters qui partage les gentils des méchants, et cela participe à l'élan décomplexé de la série. Comme dans Inglourious Basterds, on est face à une sorte d'autres Avengers, et ça fonctionne ! Une scène géniale fait d'ailleurs la présentation des "chasseurs" comme dans un film d'époque, sous-titré : Jewsploitation.

Hunters est doté d'un budget apparemment très conséquent, et son amplitude est appréciable. Plusieurs lieux, plusieurs actions, plusieurs temporalités : la série arrive à tenir ses ramifications sans fatiguer ou perdre le spectateur. En termes de narration et de rythme, Hunters est une réussite. Par moments, et en partie grâce à son excellente bande originale, il y a un air de famille avec la série Utopia. Hunters réussit ainsi son enrobage pop et transgressif, mais il y a une difficulté majeure au coeur du sujet.

Hunters

Des flashbacks problématiques

C'est l'aspect douteux, voire gênant, de Hunters. Pour incarner l'horreur de l'Holocauste, David Weil a fait le choix de créer de toutes pièces des situations horribles, qui jusqu'à preuve du contraire sont purement fictives. Pourquoi ne pas s'en tenir aux situations réelles ? Quel est donc cet obscur travail d'imagination sur un sujet très documenté et dont l'horreur absolue semble justement interdire la re-création ? Les séquences qui se déroulent à Buchenwald et Auschwitz ont ainsi un goût plutôt âcre, et créent un malaise parce qu'au-delà du statut bancal entre la réalité et la fiction, l'incarnation des nazis se fait avec une légèreté coupable, comme une figuration bâclée de série B. N'est pas Tarantino qui veut, et Hunters se heurte là, déjà, violemment à une de ses limites.

Il ne faut pas enterrer le nazi avant de l'avoir tué - si l'on nous permet cette variante de la peau de l'ours, et il est donc nécessaire de voir la série dans son intégralité pour s'en faire une idée juste. Les trois épisodes que nous avons pu découvrir montrent ainsi des choses très intéressantes, une dimension réellement fun et une ambition séduisante, mais comportent aussi des aspects dont le traitement laisse à désirer, s'ils ne sont pas complètement ratés. Mais dans sa globalité, Hunters se présente comme une jolie série thriller, produite avec soin, colorée et libérée, à l'image des années où elle prend place et des idées qu'elle véhicule.

Hunters, à partir du 21 février 2020 sur Amazon Prime Video. La bande-annonce ci-dessus. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.