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Into The Night : une course folle contre la montre pour la série belge de Netflix

Into The Night : une course folle contre la montre pour la série belge de Netflix

CRITIQUE / AVIS SÉRIE – La première série belge "Into The Night", diffusée sur Netflix, tient toutes ses promesses ambitieuses du film de genre apocalyptique.

On savait que les belges maniaient brillamment l’humour et l’absurde, ainsi que le thriller et le fantastique, mais quid du film catastrophe ? On peut être rassuré, car Into The Night, série belge de six épisodes, répond parfaitement aux codes du genre tout en parvenant aussi à faire sourire grâce à certaines répliques. Adaptée du roman "The Old Axolotl" de Jacek Dukaj, la série évoque les aventures des passagers d'un vol de nuit en partance de Bruxelles, qui tentent de survivre par tous les moyens, pour fuir le soleil qui commence soudain à tout tuer sur son chemin. Le créateur et scénariste Jason George et le duo de réalisateurs Inti Calfat et Dirk Verheye embarquent d’emblée le spectateur dans une course folle contre la montre. Car comme le dit Sylvie (Pauline Etienne), l’un des personnages principaux, « tout se passe tellement vite » et il n’y a en effet aucun temps mort, aucune pause pour prendre le temps de réfléchir à la catastrophe, il faut agir.

Les ficelles scénaristiques d'Into The Night sont parfois un peu trop visibles dans le pire au pire avec rebondissements sur rebondissements, plusieurs problèmes à résoudre en même temps, et d’autres qui surviennent alors que les premiers sont à peine résolus. Mais le spectateur ne décroche pas pour autant son attention jusqu’à la fin du sixième épisode, notamment grâce à la psychologie très travaillée des personnages. Ils sont tous attachants, chacun à leur manière, et leur côté sombre bien creusé.

Into The Night met en effet en présence des personnes plutôt ordinaires (quoique) dans une situation extraordinaire d’apocalypse, qui plus est en huis clos et sur un temps limité. L'intrigue se situe essentiellement dans l'avion, même si celui-ci se pose sur d’autres tarmacs pour cause de ravitaillement de kérosène et de nourriture. Les passagers du vol incomplet vers Moscou sont d'abord retenus prisonniers par le major de l’OTAN Terenzio Gallo (Stefano Cassetti), paniqué par ce qui est en train de se passer. D’abord incrédules, les passagers vont comprendre, au gré des informations et des atterrissages, que Terenzio leur a sauvé la vie et ils vont essayer de faire face à la situation, tant bien que mal.

Comment survivre à l'apocalypse ?

Chaque épisode d'Into The Night porte le prénom de quelques-uns des héros qu’il met en lumière, car ils vont jouer un rôle-clé à un moment de l’intrigue : Sylvie, le mécanicien Jakub (Ksawery Szlenkier), le copilote Mathieu (Laurent Capelluto), le turc Ayaz (Mehmet Kurtuluş), le néerlandais Rik (Jan Bijvoet) et Terenzio. Les quelques flashback dans leurs vies permettent au spectateur empathique de connaître les raisons de leur présence sur ce vol, mais aussi leur histoire, leur intimité et parfois même leurs fêlures. On ne va évidemment rien spoiler de l’intrigue, mais ce qui est particulièrement intéressant, c’est de voir l’évolution de ces personnages au cours de cette dizaine d’heures de vol.

Certains vont ainsi se révéler de vrais leaders, d’autres vont montrer leurs vrais visages, et d’autres encore vont se libérer de leurs carcans éducatifs. Comme si l’urgence de cette situation hautement improbable les affranchissait de toutes les contraintes supportées auparavant. Comme si la mort à proximité les autorisait à être, au contact d’étrangers, qui ils sont vraiment, se découvrant peut-être des talents inexploités. On croise aussi d’autres personnages qui jouent un rôle important, tels l’hôtesse de l’air Gabrielle (Astrid Whettnall), le climatologue Horst (Vincent Londez), l’influenceuse Inès (Alba Gaia Bellugi), l’aide-soignante Laura (Babetida Sadjo) ou encore la maman russe Zara (Regina Bikkinina). 

Il est d’ailleurs réjouissant de constater que les créateurs de la série n’ont pas hésité à mettre en valeur le courage et l’abnégation de certaines des héroïnes et à se moquer allègrement des combats de coq de certains héros pour des raisons historiques, racistes ou de simple orgueil de mâle. Into The Night montre habilement la façon dont les regards que les passagers et les membres de l’équipage portent les uns sur les autres vont également se modifier dans ce cours laps de temps et osciller entre dégoût et admiration, et même entre peur et amour. Car la série donne parfaitement à voir l’être humain dans toute sa complexité et ses paradoxes, et donc dans ses difficultés à faire pleinement confiance à un inconnu, à dépasser ses préjugés et à preuve de solidarité.

Mais qui dit problèmes à gérer, dit aussi décisions à prendre et choix à assumer, et certains d’entre eux s’avéreront difficiles et presque sacrificiels, voire immoraux, au nom de l’équilibre et de la sécurité du groupe. Car s’il s’agit de toujours décoller avant l’aube pour éviter d’être frappé par le soleil, il faut surtout trouver un abri et se nourrir, peut-être trouver l’explication au phénomène et pourquoi pas, tenter de le résoudre. Anxiogène à souhait, Into The Night se révèle donc un très bon huis clos aérien dont l'intrigue tient très bien la route avec un casting au top,  qui transporte le spectateur dans des émotions très intenses, en évitant judicieusement le ridicule auxquelles certaines situations auraient pu se prêter. On attend la saison 2 avec impatience !

Into The Night créée par Jason Jorge, diffusée sur Netflix le 1er mai 2020. Ci-dessus la bande-annonce.