Critique de La guerre des mondes (Série, 2019) - CinéSéries
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La Guerre des Mondes S1 : une belle promesse anti-spectaculaire

La Guerre des Mondes S1 : une belle promesse anti-spectaculaire

CRITIQUE/AVIS SÉRIE - Co-production franco-américaine dans laquelle est impliquée Canal+, cette nouvelle adaptation de "La Guerre des Mondes" transpose l'intrigue imaginée par H.G. Wells à notre époque. On a pu voir les deux premiers épisodes en avant-première et on vous dit tout ce qu'on en pense.

La Guerre des Mondes est à la mode cette année. En plus de cette adaptation dont on va parler ici, une seconde, par la BBC, arrive au même moment (elle reste inédite chez nous). Elles ne se feront pas trop concurrence puisqu'elles affichent des ambitions différentes. La série anglaise colle au plus près possible du roman original en se déroulant en Angleterre durant l'époque victorienne.

Celle dont on va parler dans ces lignes est différente, avec une intrigue qui prend place de nos jours. Quand des astronomes remarquent une transmission venant d'ailleurs dans la galaxie, ils comprennent que des aliens pourraient essayer d'entrer en contact avec eux. Leurs doutes se confirmeront quand ils subiront une attaque qui va décimer une grande partie de la population, laissant qu'une poignée de survivants livrés à eux-mêmes au sein d'un monde ravagé. Steven Spielberg a déjà opté pour une réactualisation dans son film éponyme, pour livrer une parabole frappante sur la menace terroriste et la crainte des USA post-11 septembre. Cette nouvelle Guerre des Mondes débute donc dans une temporalité proche de la nôtre.

Une Guerre des Mondes réaliste

Sonner réaliste, telle est la consigne que se sont donnés les scénaristes. Bien plus que ce que semble être la version de la BBC, celle-ci a à coeur de ne pas être un spectacle outrancier où on fait tout sauter devant la caméra. Cette intention, au plus proche des personnages concernés, éclipse littéralement la grande scène d'attaque qui dévaste le monde. Alors qu'on s'attendait à voir les aliens et leurs tripodes sortir pour tout détruire - avec le plan attendu où un personnage voit la menace s'élever dans le ciel devant lui -, ce passage est éclipsé parce que tous les survivants sont restés à l'abri. Ce refus du spectaculaire pour un passage obligatoire peut décevoir et rappelle, dans un sens, ce que faisait Gareth Edwards dans Godzilla. La mise en scène veut se positionner avec les hommes et femmes qui font cette histoire, sans que l'on ait un temps d'avance sur eux. Une idée quelque peu risquée car le matériau de base est populaire et que les éléments cachés sont connus par avance.

La série joue avec ça en osant nous frustrer mais elle permet d'aborder le récit par un angle différent, pour ne pas tomber dans la redite. On doit avouer qu'on n'a jamais vu La Guerre des Mondes comme ça mais est-ce pour autant un signe de réussite ? Au bout de deux épisodes, les seuls à notre disposition, on ressent une insatisfaction en se voyant privés d'une confrontation directe avec les aliens. L'unique affrontement au sol avec eux, après leur génocide, s'applique à simplement les esquisser au détour de plans furtifs. À voir jusqu'où la série ira dans cette partie de cache-cache et si elle arrivera à créer une réelle tension quand les choses vont se gâter. Parce que, dans l'immédiat, le sentiment de danger est trop maigrement perceptible sur la forme pour qu'on vibre au contact des protagonistes.

Trop de personnages ?

En attendant de voir comment évoluent les enjeux, notre principale réserve, à ce stade de la série, est sur les personnages. Le scénario fait le choix d'en suivre plusieurs - certains sont liés, d'autre non - pour décrire comment ils réagissent à la situation. Mais à trop switcher entre eux, on perd quelque chose en route. Il est compliqué de se passionner pour tout le monde et nous aurions préféré que la série restreigne les lignes narratives afin de pleinement les bosser. Cela découle, on le pense, quelque part, du fait que La Guerre des Mondes est une co-production internationale et qu'il fallait trouver un moyen de faire cohabiter des personnages venus de pays différents.

On reste, par exemple, vraiment sceptique quant à l'utilisation de ce jeune clandestin, pris dans le feu de l'action alors qu'il mène un autre combat pour sa survie. Dans l'attente de voir comment ils vont servir sur le long terme, on aurait préféré qu'ils soient moins et qu'on reste accrochés à leurs basques pour une meilleure implication. De plus, leurs problématiques sont assez basiques (un mari qui trompe sa femme, une mère livrée à elle-même avec ses deux enfants, une Léa Drucker qui veut retrouver sa soeur) et déjà vues pour qu'on y trouve une esquisse d'originalité.

Malgré le fait qu'il manque plus de matière à notre disposition pour poser un avis tranché sur cette nouvelle La Guerre des Mondes, on voit déjà quels grands principes animent cette adaptation. On salue, d'ailleurs, de quelle façon la mise en scène décrit la fin du monde sans l'embellir cinématographiquement, en misant sur le vide, le silence et le non-événement pour verser dans l'inattendu anti-spectaculaire récit de catastrophe.

 

La Guerre des Mondes créée par Howard Overman, à partir du 28 octobre 2019 sur Canal+. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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