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Romance : un retour vers le futur sentimental

Romance : un retour vers le futur sentimental

CRITIQUE / AVIS SÉRIE - "Romance" invite le spectateur dans les pas d’un héros parisien de 2020, amoureux éperdu d’une femme mystérieuse de 1960. Une série inégale, dont certains partis pris dérangent, avec Pierre Deladonchamps et Olga Kurylenko.

Peut-on tomber amoureux d’une jolie femme mystérieuse, rien qu’en regardant sa photographie dans un club de rock parisien sixties ? Même si cette photo prise à Biarritz date de soixante ans ? Et peut-on se téléporter soixante ans en arrière depuis ce club, le Wonderland, nom donné par le patron Tony Beliani (Simon Abkarian) en hommage au club du même nom fondé à Biarritz par son père (Tony Senior, également interprété par Abkarian) ? Peut-on en profiter pour changer le destin ? C’est le postulat de base du réalisateur de Romance, Hervé Hadmar, dont on connaît le travail de showrunner sur les excellentes séries Pigalle la nuit ou Les témoins, avec son binôme habituel Marc Herpoux. Pour Romance, il se lance seul dans l’aventure d’un amour impossible rendu possible.


L’idée du héros qui part dans un autre espace-temps et dont les péripéties influencent le présent des protagonistes, n’est pas nouvelle. On pense bien sûr à Retour vers le futur, Les visiteurs, ou Camille redouble, auxquels Romance emprunte d’ailleurs bien des effets. Jérémy (Pierre Deladonchamps) est un jeune homme passionné de jazz qui a lâché ses études de médecine et a désormais un petit boulot de disquaire. Il squatte chez sa sœur divorcée Géraldine (Jeanne Rosa) et lui rend service en gardant ses neveux. Transporté par enchantement grâce à un fameux coup du sort en 1960, Jérémy se retrouve donc passager clandestin dans cette autre époque, par ailleurs très bien reconstituée, autant sur les décors, les vêtements que les voitures.

Jérémy en profite pour s’offrir une nouvelle identité, empruntant celle de son ancien professeur de cardiologie Pierre Foucher. Le réalisateur montre très bien à quel point cet incroyable voyage dans une autre temporalité lui permet aussi de s’inventer une nouvelle vie, de prendre des risques qu’il n’aurait jamais pris en 2020 et de se comporter comme un hors la loi mythomane. Mais surtout, il se crée une nouvelle personnalité plus audacieuse, qui se révèle néanmoins intrusive et sans gêne. Le Jérémy de 2020 est en effet timide, voire asocial et inadapté au monde contemporain, sans beaucoup de courage ni de volonté. Et il lui est souvent reproché d’avoir gardé son âme d’enfant et de vivre dans son monde peuplé de rêves, notamment celui du grand amour et de la femme parfaite.

Un amour fou à travers les années

Car le mythe de la femme parfaite, objet de désir qui subjugue tous les hommes au-delà des années, est le cœur même de Romance. Certes, le réalisateur ne réduit pas Alice (Olga Kurylenko) à sa seule plastique, il la dépeint aussi comme une femme sensible, au passé encombrant, avec beaucoup de cran. Mais il dresse tout de même le portrait d’une jeune femme qui semble n’avoir d’autres choix que de céder à l’amour éperdu et égoïste de Jérémy. Une évidence pour le jeune homme, dont on ne peut s’empêcher de penser qu’il confond parfois passion et possession, amour et désir, coup de foudre et obsession, liberté et contraintes. Car à aucun moment, celui qui pourtant n'est pas présenté comme très attachant en 1960, ne doute qu’ils sont faits l’un pour l’autre.

Et ce malaise que le spectateur peut éprouver face à cette certitude de réciprocité amoureuse est amplifié par la fameuse intuition de Jérémy-Pierre de devoir à tout prix sauver cette inconnue, qui plus est à son corps défendant. Au fur et à mesure des six épisodes, on le voit s’imposer dans la vie d’Alice, la troubler par son propre mystère, lui faire peur, l’espionner par des filatures assez grossières, insister lourdement et tenter de découvrir la vérité de sa présence dans la famille Desforges. Alice est en effet la compagne de Chris (Pierre Perrier), très jaloux,  et n’est pas très appréciée par sa future belle-sœur Valéria (Anne-Sophie Soldaïni).

Le propos se veut hélas trop explicatif, comme si le réalisateur craignait de perdre le spectateur au cours de son récit. Il utilise à outrance les flashbacks, la voix off solennelle de Pierre et des dialogues répétitifs. Il est d’ailleurs regrettable que la vie du couple de Tony senior et de Margaret Cadwell (Barbara Schulz), dont on sait en 2020 qu’il s’est formé en 1960, n’ait pas été davantage développée. Car l’histoire d’amour entre ces deux personnages doués d’une grande perspicacité et d’une capacité d’observation hors du commun, semble autrement plus intéressante que celle de Jérémy-Pierre et Alice, et ses péripéties plus attachantes.

Heureusement, le côté thriller de Romance prend le dessus sur cette histoire d’amour à laquelle il est bien difficile de croire, montrant enfin Pierre réussir à percer le mystère glaçant d’Alice. Mais malgré une reconstitution fidèle du milieu des nantis et du charme suranné des années 60, son bel hommage aux films et à la musique de l’époque, Romance s’avère assez inégal et décevant, avec une pirouette finale peu convaincante.

Romance, créée par Hervé Hadmar, diffusée sur France 2 le 10 juin 2020. Ci-dessus la bande-annonce.

 

 

 

 

 

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