Tales from the Loop : la condition humaine sous fond de SF

Tales from the Loop : la condition humaine sous fond de SF

CRITIQUE / AVIS SÉRIE – En s’inspirant des dessins de Simon Stålenhag la série « Tales from the Loop » questionne l’humain et les étapes de la vie, bouleversées par la présence d’étranges objets non-identifiés.

A l'origine de la série Tales from the Loop, il y a les dessins de l'artiste suédois Simon Stålenhag. Celui-ci utilise le numérique pour reproduire une campagne suédoise ancrée dans le passé tout en y incorporant des éléments futuristes, comme des robots géants. Un contraste saisissant qui donne parfois à ses œuvres un sentiment de fin du monde, mais toujours avec une douceur nostalgique surprenante.

A partir de là, Simon Stålenhag (au scénario) et Nathaniel Halpern (à la création) ont imaginé une série de science-fiction se déroulant dans un petit village. Celui-ci dispose en son centre d'une machine nommée "The Loop" ("La Boucle"), permettant d'explorer les plus grands mystères de l'univers. Elle devrait donc permettre de donner une explication aux présences de ces objets non-identifiés. Et pourtant, ce n’est pas ce que souhaite raconter Tales from the Loop.

Quelque chose de The Leftovers

En effet, Tales from the Loop use bel et bien d’éléments de science-fiction (voyage dans le temps, changement de corps, monde parallèle…). Mais la série offre avant tout un regard profond et poignant sur la condition humaine. Pour ce faire, chaque épisode suit des protagonistes différents, tout en restant dans un cercle relativement restreint. C’est globalement autour d’une famille que se déroule la série (au sein de laquelle on retrouve notamment Rebecca HallPaul Schneider, et Jonathan Pryce), tout en allant parfois du côté de connaissances (une petite amie, un collègue) permettant de maintenir un lien entre les épisodes.

Critique Avis Série Tales from the Loop : la condition humaine sous fond de SF

Ce qui en fait une série à la frontière avec l’anthologie. Par ce biais, Tales from the Loop montre comment ces objets non-identifiés peuvent avoir un impact sur chacun, pour alors questionner de nombreuses thématiques : rapport à la mort, au corps, au passé, à l’enfance, à l’adolescence, au temps qui passe, qu’on soit enfant ou grand-parent.

Une proposition intéressante qui rappelle, toute proportion gardée, l’excellente The Leftovers. Elle aussi partait d’un élément inexplicable (la disparition soudaine de 2% de la population) pour questionner l’humain. Et elle aussi dégageait une puissance émotionnelle extrêmement forte. On pourrait penser qu’une bonne partie de cette émotion provient de la très belle composition de Paul Leonard-Morgan et Philip Glass - avec ses thèmes au piano et au violon qu'on pourrait rapprocher de celle de Max Richter pour The Leftovers.

Mais celle-ci ne fait que sublimer une tonalité globale poignante. Il n’y a qu’à prendre le premier épisode, qui se met à hauteur d’enfant pour mettre en scène l’abandon d’une petite fille par sa mère. Une entrée en matière parfaite pour la série qui jongle entre beauté visuelle et émotion déchirante.

Et même si cette émotion peut varier d’un épisode à l’autre, les thématiques présentées n’en demeures pas moins intéressantes et amenées avec toujours une certaine originalité. Comme cette idée de permettre à un couple d’adolescents d’arrêter le temps pour vivre leur amour librement dans une ville figée (épisode 3), ou les conséquences de l’inversion des corps entre deux amis (épisode 2).

Critique Avis Série Tales from the Loop : la condition humaine sous fond de SF

Enfin, comme dit plus haut, l’aspect visuel de Tales from the Loop est un de ses grandes qualités. Notamment par le contraste entre l’atmosphère très banlieue américaine des années 1980 et la présence d’objets anachroniques. Mais il n’est pas question ici de jouer sur la hype des 80’s à la manière de Stranger Things (et d’autres). Il y a là une approche bien plus naturelle, une volonté d’appuyer sur l’aspect rural de cette petite ville. On trouve alors des plans tirés directement des œuvres de Simon Stålenhag, et une mise en scène parfois presque malickienne, qui privilégie les regards et les gestes aux dialogues, à la limite du contemplatif. Une référence qui se ressent d’autant plus par les questionnements humains, presque mystiques de la série. Une belle découverte aussi bouleversante que mélancolique.

 

Tales from the Loop créée par Nathaniel Halpern, à partir du 3 avril 2019 sur Amazon Prime Vidéo. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

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