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The Eddy : Damien Chazelle met le jazz sur un piédestal

The Eddy : Damien Chazelle met le jazz sur un piédestal

CRITIQUE/AVIS SÉRIE - Damien Chazelle se permet une première incursion sur le petit écran avec la série "The Eddy" pour Netflix. Il continue d'exprimer son amour pour le jazz au coeur d'un programme qui déstabilise formellement et prolonge ses obsessions.

Sans qu'il n'ait beaucoup de titres à son actif, on aura cerné que Damien Chazelle avait un penchant accentué pour la musique et, en particulier, pour le jazz. Il lui a dédié Whiplash, le film qui l'a fait connaître, puis le virevoltant La La Land. Peu nombreux sont les réalisateurs qui osent faire du cinéma musical, le genre étant même tristement peu alimenté par rapport à une époque plus glorieuse. La parenthèse First Man a occupé Damien Chazelle sur un autre sujet, tout en prenant le soin de distiller encore quelques touches musicales pour soutenir sa narration. Avec la série The Eddy, sa première incursion sur le petit écran, le garçon revient à son amour et se lâche complètement, quitte à ne pas faire l'unanimité. Chez Netflix, on doit être content d'avoir ajouté un autre auteur à une liste qui commence à en jeter. Mais la collaboration ne s'est pas faite à n'importe quel prix. Entendez par là que Damien Chazelle avait des exigences, une vision, qui contenait des oppositions aux productions actuelles ou classiques.

Le jazz en 16mm dans The Eddy

Le choix le plus flagrant saute aux yeux dès la première scène de The Eddy. Des minutes inaugurales qui annoncent la couleur, une note d'intention vivante. L'image se veut granuleuse, texturée. Et c'est normal, Damien Chazelle a réussi à imposer le 16mm sur les deux premiers épisodes, ce qui donne à sa série un cachet un peu brut, tout autant que rétro. Ce rapport à l'image pour exprimer du son est très intéressant, comme si le réalisateur cherchait dans sa direction artistique le moyen de nous faire ressentir la matière intangible qui parcourt The Eddy. Pas étonnant qu'il soit le seul à opter pour une intention aussi spécifique, là où les autres réalisateurs auront un rapport moins charnel à la musique.

Pour un projet animé par la musique, c'est sur une scène de performance scénique que tout débute. La caméra embarquée bouge, cherche à entrer en phase avec le groupe qui joue sur scène. Le réalisateur veut capter l'énergie, la vibration des notes, la chaleur des corps en action. On se croirait à un concert. On l'est presque, le décor étant la petite salle de The Eddy. Un club de jazz détenu par Elliot (André Holland), ancien pianiste de renom new-yorkais qui a fui sa vie passée. Il tient l'endroit avec Farid (Tahar Rahim), son associé. Dans cette première scène, ce qui se joue sur scène domine, mais la caméra s'écarte parfois pour décrire ce qui se joue autour. Ici, en l'occurrence, le patron d'un petit label venu voir le groupe. Elliot aimerait que ses protégés se fassent remarquer et signent. Pendant que cette tension narrative est tenue, le groupe continue de vivre, enrobant la scène d'un flot de musicalité. Quand Elliot poursuit son invité du soir dehors, il s'expose à une déconvenue. De retour dans le club, la musique, elle, ne s'était jamais arrêtée de jouer.

La musique plus que tout

C'est là l'essence de The Eddy : quoi qu'il arrive, la musique doit continuer. Même quand un personnage principal va être au cœur d'un drame terrible dès le premier épisode, il faudra remonter sur scène. La série se décompose en parties qui prennent le nom des personnages principaux, le scénario est très loin d'être classique, avec de larges espaces laissés pour des phases musicales. On trouvera bien une petite intrigue policière/criminelle en arrière-plan pour donner à The Eddy une charpente narrative, mais ce n'est pas ce qui motive le plus Damien Chazelle et les autres réalisateurs (dont Houda Benyamina. ). Les destins des protagonistes sont supplantés par deux éléments. Le premier, la musique, vous l'aurez compris. Puis, Paris. La capitale française est filmée avec un réalisme constant, loin des couleurs frappantes d'un La La Land. Notre capitale pourrait être magnifiée, idéalisée. Il n'en est rien.

Ce portrait de Paris justifie une drôle de mixité linguistique dans les dialogues. Avec un casting international, The Eddy aligne parfois des échanges assez improbables où deux - ou plus - langues sont employées. C'est évidemment assez déstabilisant par instant mais c'est en raccord avec l'esprit d'un programme original qui se veut universel, la langue commune étant cette musique. Un langage que chacun appréhende avec son cœur, ses émotions. Avec plusieurs choix tranchés, The Eddy est le prolongement cohérent et logique à tout ce qu'a déjà exprimé Damien Chazelle dans sa filmographie.

The Eddy créée par Jack Thorne, disponible le 8 mai 2020 sur Netflix. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.