Trust : l'enlèvement de J. Paul Getty III vu autrement

Trust : l'enlèvement de J. Paul Getty III vu autrement

CRITIQUE SÉRIE - Créée par Simon Beaufoy et produite par Danny Boyle, la série "Trust" débarque sur Canal + à partir du 10 mai. Une autre approche de l'enlèvement de J. Paul Getty III.

Quelques mois après Tout l’argent du monde dont on a plus entendu parler pour Kevin Spacey que pour sa qualité, la série Trust arrive avec pour ambition de s’attaquer au même fait divers – le bad buzz en moins.

Dans les années 70, le petit-fils du richissime J. Paul Getty est enlevé en Italie. Mais, stupeur, l’homme refuse de payer la caution réclamée par les ravisseurs. Son immense patrimoine n’est pas une raison pour se montrer conciliant avec quiconque, y compris sa famille. Il s'apparente plutôt à un chef des armées, qui mène à la baguette sa petite cour et ne laisse personne lui imposer quoi que ce soit. Le petit hic, c’est que tout cet argent est inutile contre la vieillesse et qu’il doit songer à se trouver un successeur capable de prendre la relève. Ses enfants ? Aucun ne trouve grâce à ses yeux. Le seul en odeur de sainteté, l’aîné, ne trouve rien de mieux à faire que de se suicider.

Reste le petit-fils, un hippie aux longs cheveux bouclés, qui débarque pile le jour de son enterrement. Ne serait-ce pas un signe ? J. Paul Getty veut y croire et mise sur lui. Un mauvais cheval en réalité, il se fait enlever peu de temps après. Le vieil homme est bloqué. Ces enfants mis au ban par un père solitaire n’auraient aucun mal à figurer dans une de ces célèbres tragédies revisitées à outrance au théâtre ou au cinéma.

Donald Sutherland versus Christopher Plummer

Puisque la comparaison est inévitable étant donné les quelques mois qui séparent cette série du film de Ridley Scott, Trust s’ouvre sur un premier épisode qui met totalement en lumière le mode de fonctionnement de J. Paul Getty. Dissimulé sous la partie thriller dans Tout l’argent du monde, le patriarche n’échappe pas à une auscultation en bonne et due forme. Ses petits-déjeuners, sa polygamie, son sens de la démesure et son ton hautain. La bonne idée semble là, pour ne pas faire office de redite. Le format de la série permet au niveau de la caractérisation de faire ce que le cinéma ne peut pas se permettre, par soucis d’efficacité et de compromis.

Critique de la série Trust produite par Danny Boyle

L’autre bonne idée est de caster Donald Sutherland dans ce rôle. Son jeu plus sec tranche avec la fausse douceur de Christopher Plummer. Et même s’il n’hésite pas à en faire un peu trop – la série veut ça – sa version de J. Paul Getty dispose de plus de présence. Rien que physiquement, sans dire mot, quelque chose émane visuellement de lui. Même constat pour Fletcher Chace, le chef de la sécurité de Getty. Brendan Fraser, sur le fil du sur-jeu, rend obsolète la performance oubliable de Mark Wahlberg.

Une version plus excentrique des faits réels

Danny Boyle, producteur et réalisateur des premiers épisodes, insuffle son style pour créer la matrice de Trust. En résulte une mise en scène dans la lignée de sa filmographie, très appuyée, voulant épouser le caractère grandiloquent de la dynastie Getty. Pour la finesse, il faudra bien entendu repasser. Si bien sûr le fond et la forme s'accordent, les choix sont parfois trop emphatiques pour susciter quoi que ce soit - à l'image de ces plans débullés destinés à montrer qu'un empire vacille. Fallait-il attendre autre chose de la part de Danny Boyle ?

Critique de la série Trust produite par Danny Boyle

Toute cette emphase un peu lourdingue se dilue au fil des épisodes en recentrant l'intérêt sur la détention du petit-fils en Italie. Mais surtout, la série se permet des libertés par rapport aux faits réels. Ce qui en fait une sorte de vision fantasmée, où la victime aurait programmé son enlèvement mais celui-ci aurait mal tourné. C'est pour cela qu'il faut aborder Trust comme une version très remodelée pour les besoins de la fiction. Des choix tranchés qui n'ont pas plu à la vraie famille Getty. En ce sens, les premiers épisodes sont très intéressants pour le public ayant vu Tout l'argent du monde puisqu'ils combinent desiderata de scénaristes et véracité. Voilà ce qu'on demande aux adaptations de faits réels et, en général, aux biopics : avoir une vision, se mouiller.

Critique de la série Trust produite par Danny Boyle

Ce petit charme s'évapore lorsque la vérité reprend ses droits et que le détenu tombe entre les mains de réels kidnappeurs. La série repose alors tous ses espoirs sur un J. Paul Getty III aux bouclettes irrésistibles (Harris Dickinson). Une figure quasi-angélique physiquement, laissée à l'abandon par l'homme le plus riche du monde. Toute la substance tragique réside dans ce corps élancé, trimbalé dans tous les sens alors qu'un claquement de doigts pourrait l'extraire de son enfer.

Malgré des boursouflures et un manque criant d'implication émotionnelle (il faudra en reparler lorsque Gail, la mère, entrera vraiment en action), la première partie de saison que nous avons pu voir fonctionne comme un agréable thriller. Entre la version de Ridley Scott et celle de Simon Beaufoy/Danny Boyle, notre choix se porte davantage sur cette dernière pour l'instant.

 

Trust créée par Simon Beaufoy, diffusion sur Canal + à partir du 10 mai 2018. Ci-dessus la bande-annonce.

 

 

 

 

 

 

 

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