Critique de Watchmen (Série, 2019) - CinéSéries
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Watchmen : réappropriation réussie du comic culte

Watchmen : réappropriation réussie du comic culte

CRITIQUE / AVIS SÉRIE - Entre octobre 1986 et septembre 1987 est publié "Watchmen", un comic qui s’impose comme une très grande œuvre littéraire. Adaptée pratiquement case par case au cinéma en 2009, c’est aujourd’hui une série HBO qui prend place dans l’univers sorti de l’imagination d’Alan Moore. Nous avons pu voir les six premiers épisodes, de quoi avoir un bon aperçu des ambitions de la série !

Avant de commencer, évoquons la sempiternelle question des spoilers. Nous ne raconterons rien qui puisse révéler de trop importants moments du récit. Il est cependant nécessaire de préciser que la série Watchmen se déroule de nos jours, trente-cinq ans après les événements décrits dans le comic - ce que le showrunner de la série avait d’ailleurs expliqué il y a quelques mois.

De Watchmen (1986) à Watchmen (2019)

Watchmen n’est ainsi pas une nouvelle adaptation de… Watchmen. Il s’agit plutôt d’une suite hypothétique, d’une réappropriation de l’univers créé par Alan Moore. En situant l’action de nos jours, Damon Lindelof (à qui on doit, entres autres, Lost et The Leftovers) prend ainsi le contre-pied de Zack Snyder, qui adaptait telle quelle l’œuvre d’origine (avec Watchmen : Les Gardiens). De quoi prendre des libertés bienvenues, et créer un monde foisonnant. Un spectateur qui ne connaît pas l’univers préexistant pourra donc tout de même apprécier la série.

Critique Série Watchmen : réappropriation réussie du comic culte

L’histoire commence ainsi par des émeutes racistes en Oklahoma, il y a près de cent ans. Des émeutes, ou plutôt un massacre généralisé envers les populations noires de la ville Tusla, un événement heureusement fictif mais qui n’aurait pas forcément était impensable en 1921. Le siècle qui nous sépare de cette époque n'a évidemment pas effacé les problématiques liées au racisme. En tant que série de 2019, Watchmen est obnubilé par le présent, de même que le comic était obnubilé par la situation politique de son époque. Suprématistes blancs, Ku Klux Klan, néo-nazis... Autant de groupes extrémistes qui sont combattus par les protagonistes, ou qui ont eu une influence sur leur histoire personnelle.

Qui protège les gardiens ?

Damon Lindelof réinvente ainsi des personnages, ou plutôt des archétypes, se réappropriant les figures d'origine. Tout en se plaçant dans l'héritage du comic, cité visuellement à de nombreuses reprises, il se permet de s'en éloigner pour mieux créer une oeuvre nouvelle. Dans le Watchmen cru 2019, le Vietnam est devenu un état américain, les policiers sont masqués, et les super-héros sont régulés par la loi. Et quand on parle de super-héros, n'imaginons pas des surhommes, puisqu'il s'agit en fait de policiers qui ont, certes des costumes bariolés, mais apparemment aucun pouvoir.

Le côté "héroïque" de ces personnages, ou en tout cas l'image qu'ils essaient d'avoir, ne semble pas intéresser plus que ça les scénaristes, ni le showrunner. Si les aspects purement fantastiques, ou de science-fiction, sont plutôt bien gérés, on sent que la figure du super-héros n'est pas quelque chose qui inspire vraiment Lindelof et ses collaborateurs. Une caractéristique qui a de quoi surprendre, voir décevoir. Mais encore une fois, gardons à l'esprit qu'il s'agit d'une réinterprétation de Watchmen, qui n'a donc pas les mêmes visées que l'auteur d'origine.

Critique Série Watchmen : réappropriation réussie du comic culte

Dans ce contexte, plusieurs intrigues se mêlent : l'enquête d'une policière sur ses origines, la traque de terroristes portant un masque de Rorschach, ou encore la vie recluse de l'ancien héros-criminel Ozymandias. Les intrigues sont souvent intéressantes, et assez bien menées pour qu'on ne voit pas du tout le temps passer devant les épisodes de 50 minutes. Dommage cependant que certaines scènes soit de banales discussions en voiture, tant le premier épisode promet d'être une série résolument moderne, tant dans la forme que dans le fond.

Inquiétante étrangeté

Car en dehors de ces moments un peu classiques dans le cadre d'une série, Watchmen est composé de nombreux moments très réussis, voir des scènes qui virent dans une étrangeté fascinante. Souvent, les épisodes savent se montrer intrigants, avec des détails qui viennent bouleverser les normes d'une réalité montrée comme proche de la nôtre. La série semble pleinement assumer ce double visage : côté bande son, on retrouve par exemple, sur un pied d'égalité, des standards de la musique classique comme des sonorités électroniques.

On finit ainsi par mettre de côté certains moments un peu oubliables. On ne révélera rien sur l'épisode 6, mais sa capacité à aller au bout de sa démarche rappelle certains moments analogues dans des séries récentes, telles Twin Peaks - Le retour ou Mr. Robot saison 3. De plus, toutes les scènes mettant en scène Jeremy Irons, dans la peau d'Ozymandias, sont passionnantes, mettant en exergue la capacité de Lindelof à créer un univers à part, à la fois proche et loin de nous, pour nous y faire adhérer. On a ainsi envie d'en voir plus, gardant à l'esprit que la série devrait se contenter d'une saison...

 

Watchmen créée par Damon Lindelof, à partir du 21 octobre 2019 sur OCS. Ci-dessus la bande-annonce.  Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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