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Seule sur la plage la nuit : le Hong Sang-soo le plus personnel ?

Film le plus personnel de Hong Sang-soo, « Seule sur la plage la nuit » ne serait-il pas le plus ambitieux aussi?

Dire qu’il est plus facile de parler du « style » de Hong Sang-soo que des films à part entière, c’est penser que ses films se ressemblent, sont indissociables les uns des autres, voire forment une unité stylistique et narrative rigoureuse, pour ne pas dire rigide. Certes, il y a de la répétition dans son cinéma, mais elle est liée aux nombreuses variations qui émaillent et affinent une structure qui n’a pas fini de nous surprendre.

Le cinéma de Hong Sang-soo, c’est presque un genre à lui tout seul – qui s’égrène hors de tout système, excepté celui des festivals, et encore, et qui répondrait à un horizon d’attente bien défini par l’auteur et son public, encore modeste à l’échelle internationale. Hong Sang-soo filme toujours un peu près les mêmes espaces et les mêmes personnages – des artistes ou des intellectuels -, seules les situations finissent par varier en fonction du degré d’alcoolémie des différents protagonistes.

[Critique] Seule sur la plage la nuit de Hong Sang-soo

C’est un cinéma très identifiable, avec son quartier, ses bars et ses restaurants, même si dans Seule sur la plage la nuit, Hong Sang-soo l’agrandit quelque peu, déplaçant les « frontières » du réel (tournage en Europe) ainsi que celle du rêve. Mais la structure, elle, ne change pas ; la petite ritournelle reste la même, celle du hasard des rencontres. Enfin, presque. Car chaque relation possède sa propre nuance, et apporte son lot de nouvelles tonalités et de nouvelles colorations pour dépeindre ce qui s’apparente au geste ou au verbe : un rire gêné, un regard de biais, etc. Ce qui compte chez Hong Sang-soo, c’est la durée, cette représentation du temps, qui vient distribuer une parole qui se libère au cours d’interminable repas. Tout est affaire de détails dans ce type de dramaturgie.

Une œuvre poétique et symbolique

Seule sur la plage la nuit se compose en deux grandes parties, la première en Europe, en Allemagne pour être précis, où l’héroïne Young-hee (Kim Min-hee), une actrice, évoque son amant, un réalisateur marié. Et toutes les difficultés qu’engendre leur amour. C’est d’ailleurs auprès d’une amie, qui a sensiblement vécu la même histoire d’adultère, qu’elle dresse ce « drôle » de portrait d’un homme dont seule une image caricaturée – un portrait dessiné sur le sable – vient projeter un corps, et ainsi susciter une première attente.

En Allemagne, Hong Sang-soo s’amuse de la barrière de la langue (et de la bière !) lors d’une nouvelle scène de repas qui dérègle sa fameuse « distribution de parole ». D’un coup, l’incommunicabilité des êtres, allié à un trop-plein de politesse, fait éclore une autre forme de comédie que celle qui émerge de la désinhibition traditionnelle d’un repas coréen.

[Critique] Seule sur la plage la nuit de Hong Sang-soo

La plage, dans le film, tient une fonction symbolique de transition, de lieu de passage d’un monde à l’autre, de l’Allemagne à la Corée, de la réalité au rêve. Lieu de rêverie, la plage est lieuse, de l’espace et du temps, du présent et du passé, de la réalité au monde des rêves. Elle étire et épuise le temps, celui de l’héroïne, plus mûre et charmante à son retour, mais aussi celui de Hong Sang-soo qui continue à raconter ce qu’il connaît et ce qu’il observe, et dont chacune des œuvres vient porter sa petite révision à la précédente et ainsi, perpétuellement, transformer « son » monde.

De retour en Corée, Young-hee rencontre de vieilles connaissances. On retrouve par la même occasion le sens aigu du burlesque de Hong Sang-soo dans la caractérisation de ces « vieilles » connaissances. Les personnages secondaires sont toujours aussi bien écrits, attachants et drôles avec, généralement, une seule séquence pour faire sens, pour dire quelque chose du monde ou de la vie dans ses aléas les plus intimes. Cela paraît simple, mais c’est très dur comme, à l’image d’une scène du film, le serait l’écriture d’une comptine pour enfant. Puis arrive enfin le fameux face-à-face entre l’actrice et le réalisateur durant un ultime repas…

Une œuvre autobiographique

Difficile alors de ne pas mentionner le caractère autobiographique du récit. Depuis que Kim Min-hee et Hong Sang-soo ont révélé officiellement leur liaison, beaucoup de choses ont changé professionnellement pour l’actrice. L’impact médiatique a visiblement fait moins de tort à Hong Sang-soo qu’à sa muse, jadis promisse à une carrière de star au pays du matin calme. Voir le cinéaste traiter de cette « affaire » avec le ton qui est le sien ajoute au plaisir du spectateur. Mais c’est surtout une « réponse », à la fois amusée et agacée, sincère et détachée, qu’il livre à travers les thèmes qu’il affectionne : notre rapport ambivalent à l’artiste, au succès, au monde du spectacle et à l’art.

[Critique] Seule sur la plage la nuit de Hong Sang-soo

Dans cette dialectique de l’être et du paraître, il aime par-dessus tout jouer des « masques », des grands refoulements, des désirs enfouis et égoïstes. Il aime ses monologues, ses logorrhées, ses bavardages, à la fois pathétiques et mélancoliques, instigateurs et libérateurs, futiles et étincelants, etc. Il y a un franc-parler qui contraste avec la politesse de circonstance, un courage un peu lâche, car d’un seul coup, il y a une transparence des sentiments qui ne peut que saisir le spectateur. Le film parle de l’amour et de ses nuances. Est-on jamais prêt à recevoir ou donner l’amour ? Faut-il être « qualifié » en amour ? L’amour est ici une sorte d’absolu, il dirige nos vies à l’image de l’idylle entre Hong Sang-soo et Kim Min-hee.

Un cinéma universel

Le spectateur de Hong Sang-soo, ce cinéphile qui aime tant trouver des dialogues et des correspondances entre les cinémas –  dialogue qui est certes important, mais qui n’est pas tout -, aime ainsi dire que le cinéma de Hong Sang soo est influencé par Ozu, Garrel, Buñuel, Rohmer, Eustache… Dire cela, c’est surtout dire qu’il est nourri par les cinémas du monde entier. Que dans son épure stylistique et narrative, il a atteint une forme de simplicité qui, débarrassée de ses oripeaux formels, délivre une vérité universelle sur la nature humaine auquel chaque spectateur peut être, à un moment, le réceptacle. Sa vision du monde s’affine et s’étoffe à travers ses variations, son plaisir de redécouvrir ce monde reste intact, tout comme le nôtre, d’ailleurs, de redécouvrir le sien.

Avec Seule sur la plage la nuit, il manie un élément naturel et lui confère une puissance et une fonction poétique et symbolique qui devrait l’aider, dans le futur, à affiner et approfondir ces charmantes variations structurelles, c’est-à-dire donner d’autres niveaux et d’autres supports à une réalité et à un cinéma, finalement, pas si ordinaires que cela.

 

Seule sur la plage la nuit de Hong Sang-soo, en salle le 10 janvier 2018. Ci-dessus la bande-annonce.

Dire qu’il est plus facile de parler du « style » de Hong Sang-soo que des films à part entière, c’est penser que ses films se ressemblent, sont indissociables les uns des autres, voire forment une unité stylistique et narrative rigoureuse, pour ne pas dire rigide. Certes, il y a de la répétition dans son cinéma, mais elle est liée aux nombreuses variations qui émaillent et affinent une structure qui n’a pas fini de nous surprendre. Le cinéma de Hong Sang-soo, c’est presque un genre à lui tout seul – qui s’égrène hors de tout système, excepté celui des festivals, et encore, et…

Note de la rédaction

Note de la rédaction

Bilan très positif

Avec "Seule sur la plage la nuit", Hong Sang-soo surprend en évoquant son idylle avec l'actrice Kim Min-hee avec toute la poésie, l'humour et le détachement qu'on lui connaît.

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