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The Girlfriend Experience – Notre avis sur la saison 2

Tirée du film de Steven Soderbergh, « The Girlfriend Experience » est devenue une série anthologie, dont la saison 2 continue de casser les codes télévisuels.

The Girlfriend Experience fait partie de ces séries étonnantes et audacieuses dont le grand public n’entend pas suffisamment parler. Pas dénuée de défauts, mais d’une originalité de plus en plus rare sur le petit écran, la première saison, qui reprenait les grandes lignes du film de Soderbergh (ici à la production), s’était faite remarquée par sa mise en scène épurée et glaçante qui embarquait le spectateur, tel un voyeur, dans l’univers des escort girls.

Cette fois, outre la réalisation toujours singulière et l’atmosphère qui s’en dégage, The Girlfriend Experience a la particularité d’être conçue telle deux mini-saisons scindées en deux, de sept épisodes de 25 minutes chacune. La chaîne Starz (toujours pertinente dans ses propositions), et OCS qui diffuse la série en France, ont alors décidé de diffuser les deux parties en même temps, proposant chaque semaine un épisode de chacune. Un mode de lecture unique et pertinent, mais à double tranchant, car révélant d’autant plus les limites de l’une d’entre elles.

Un double programme en demi-teinte

Pour la deuxième saison de The Girlfriend Experience, Amy Seimetz et Lodge Kerrigan (tous deux à nouveau à l’écriture et la réalisation) ont gardé la thématique de « l’escort », mais l’abordent avec beaucoup plus de distance. Ainsi, la première partie de cette saison 2 suit l’histoire d’Erica, directrice financière d’un parti républicain, qui entame une relation avec Anna, une escort. C’est par cette dernière que tout débute. Élégante et sûre d’elle, la voilà entrer dans une chambre d’hôtel moderne et vidée de tout superflu. La caméra reste fixe, filme en grand angle, et ne cherche pas à faire dans le romantisme – comme l’indiquent les teintes de blanc, gris et noir qui composent la photographie. Passé les présentations avec un homme mur, voilà Anna à genou, s’exécutant tandis qu’il lui enfonce son sexe dans la gorge en guise de fellation. Une séquence crue et violente, qui introduit parfaitement ce que sera cette partie ; une histoire de soumission.

The Girlfriend Experience
© 2017 Starz Entertainment, LLC

Arrive alors Erica (Anna Friel), qui après avoir récupéré les images filmées d’Anna, fait chanter l’homme politique pour qu’il se retire. Assez vite, il devient évident que cette intrigue politique (qui semble déjà vue) n’intéresse pas particulièrement Lodge Kerrigan (qui réalise cette partie). Celui-ci préférant porter son regard davantage sur la relation naissante entre Erica et Anna, qui se révèle obsessionnelle, maladive, construite sur des rapports de dominé / dominant malsains. Il est alors intéressant le choix de mettre en scène deux femmes. Kerrigan évitant ainsi une nouvelle représentation de domination masculine sur les femmes. Mieux, il fait de The Girlfriend Experience une observation du plaisir féminin, dans la continuité de la saison 1 (portée par la fascinante Riley Keough), qui déjà mettait celui des hommes au second plan.

Partie 1 : du cul, du cul, du cul !

Ainsi, les scènes de sexe se succèdent au fil des sept épisodes. Commençant délicatement par la découverte du corps de l’autre, et la recherche du plaisir du partenaire. Lodge Kerrigan parvient à filmer ces séquences dans une forme de voyeurisme, tout en évitant soigneusement une représentation stéréotypée et fantasmée de l’amour lesbien. Les corps entièrement nus se touchent, s’entrelacent, et tandis qu’une gêne se fait sentir, la caméra reste de marbre. Celle-ci adoptant le même regard détaché devant des personnages pervers qui s’enfonce dans du sexe soft ou hard.

Malheureusement, si le concept jusqu’au-boutiste fonctionne un temps, il finit indéniablement par lasser. Car outre l’intrigue politique, c’est surtout le manque de substance dans les relations des protagonistes qui fait perdre toute empathie pour eux. Dès lors, passé les premiers épisodes, la série ne semble que faire se succéder des scènes de sexe plus ou moins violentes, qui évoluent, certes, avec ses personnages, mais finalement trop répétitives pour captiver tout du long.

The Girlfriend Experience
© 2017 Starz Entertainment, LLC

Heureusement alors que cette seconde saison de The Girlfriend Experience dispose d’une deuxième partie si différente. Celle-ci suit Bria, ancienne escort qui, après avoir dénoncé les crimes d’un client, se retrouve avec sa belle-fille, au Nouveau-Mexique, dans le cadre du programme de protection des témoins. En attendant le procès, Bria doit rester discrète, travailler dans une usine, et se soumettre à la surveillance intrusive de l’agent Ian Olsen. Ne supportant plus ce quotidien morne, elle renoue avec son passé en se trouvant, dans les environs, un riche client (inquiétant Harmony Korine) se révélant pervers narcissique.

Partie 2 : un thriller sulfureux

En charge de ces sept autres épisodes, Amy Seimetz se révèle surprenante. Avant tout connue en tant qu’actrice, elle fait preuve d’une personnalité notable derrière la caméra. Adoptant une mise en scène, tantôt brut et caméra à l’épaule, tantôt plus classique et épurée avec des angles fixes. Cette deuxième partie apparaît alors à l’opposé de la première, avec son utilisation de musiques, ses décors extérieurs naturels du Nouveau-Mexique, et la sensation de chaleur qui se dégage de la photographie. Une luminosité marquée par des pointes de rose, rouge et bleu, qui offre à l’image une sensualité délicate. Une matière obtenue également par la manière délicate qu’a Amy Seimetz de filmer (entre autres) Carmen Ejogo. Son interprète principale (qu’elle avait croisé sur le tournage d’Alien Covenant) se donne à corps et âme dans ce personnage autodestructeur, dont l’égoïsme révélera des failles profondes. À l’image de cette scène éprouvante où elle hurlera pour extérioriser sa peur et sa colère.

Tout en poursuivant certaines thématiques (place des femmes, soumission à l’autre, recherche du désir, responsabilité envers soi et l’autre…), et la patte reconnaissable de la série, Amy Seimetz propose finalement un thriller sulfureux, à l’atmosphère bien plus sexy. Portée par une réalisation réfléchis (ce qui manque encore beaucoup dans les séries, qui privilégient le récit), sa partie dispose surtout d’une intrigue bien plus prenante. Bien que pouvant difficilement s’étirer au-delà de sept épisodes, celle-ci permet à Amy Seimetz d’élever la série. Ainsi, si cette saison 2 de The Girlfriend Experience ouvre vers de nouvelles possibilités télévisuelles, elle aura surtout révélé une réalisatrice, potentielle auteure, à suivre avec attention.

 

The Girlfriend Experience créée par Amy Seimetz et Lodge Kerrigan, saison 2 à partir du 6 novembre 2017 sur Starz et OCS. Ci-dessus la bande-annonce.

The Girlfriend Experience fait partie de ces séries étonnantes et audacieuses dont le grand public n’entend pas suffisamment parler. Pas dénuée de défauts, mais d’une originalité de plus en plus rare sur le petit écran, la première saison, qui reprenait les grandes lignes du film de Soderbergh (ici à la production), s’était faite remarquée par sa mise en scène épurée et glaçante qui embarquait le spectateur, tel un voyeur, dans l’univers des escort girls. Cette fois, outre la réalisation toujours singulière et l’atmosphère qui s’en dégage, The Girlfriend Experience a la particularité d’être conçue telle deux mini-saisons scindées en deux,…

Note de la rédaction

Note de la rédaction

Sur la bonne voie

Si l’ambition et la personnalité sont au rendez-vous, le résultat final de cette saison 2 de « The Girlfriend Experience » s’avère tout de même mitigé, entre une première partie réussie, et une deuxième trop limitée scénaristiquement.

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