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Gros Plan Shyamalan : d’Incassable à Glass, le mythe du super-héros

« Glass » est en salle depuis le 16 janvier 2018. L’occasion de revenir sur les précédents films de ce triptyque inattendu : « Incassable » et « Split ». Avec cette trilogie, M. Night Shyamalan signe une étude profonde de la mythologie du super-héros. Retour sur ce phénomène.

Il n’y a pas que le MCU et le DCEU dans la vie. Il existe aussi le « Shyamalan univers ». M. Night Shyamalan, lorsqu’il ne signe pas des films d’horreur, ou des adaptations ratées d’Avatar, réalise ses propres films de super-héros. Un genre très à la mode, qui lui tient à cœur. Le cinéaste crée une relecture totale du mythe du super-héros à travers un triptyque démentiel : Incassable, Split et Glass.

Incassable : une relecture intelligente du mythe super-héroïque

Night Shyamalan a une certaine avance sur l’univers super-héroïque. Incassable est sorti en 2000, soit avant les classiques X-Men et Spider-Man, qui allaient être les pionniers du genre moderne. Derrière lui, il y a bien eu les Batman de Tim Burton et les Superman de Richard Donner, mais le genre super-héroïque n’était pas encore autant popularisé qu’aujourd’hui. Le cinéaste signait déjà, à l’époque, un film de super-héros éloigné des carcans habituels. Il déconstruisait un genre qui n’était pas encore totalement construit.

On parle beaucoup de Kick-Ass et de Super comme éléments dissidents du genre, mais Incassable en est sans doute le meilleur représentant, avec presque dix ans d’avance – exception avec Alex Proyas qui offrait The Crow en 1994. Incassable est devenu un représentant éminent du film de super-héros dit « différent », qui casse les codes et donne autre chose à voir. Shyamalan met en scène un Bruce Willis, encore très taciturne, dans la peau d’un agent de sécurité. Alors qu’il est le seul survivant d’une catastrophe ferroviaire, il va se découvrir des capacités étonnantes. Une force sur-développée et une résistance incroyable.

Incassable vient jouer avec les codes du genre. Il questionne les comics, les étudie, les transforme. Il les initie au monde réel, et se demande dans quel contexte évolueraient de véritables supers. Le cinéaste interroge également son spectateur, vient lui demander s’il croit lui-même aux super-héros. Incassable, à travers le personnage d’Elijah Price, interprété par Samuel L Jackson, grand spécialiste des comics, propose une thèse sur le genre super-héroïque, sur sa représentation, son influence et son impact. Véritable religion moderne, les super-héros sont des divinités fictives mais envahissantes. Ils représentent une échappatoire, un divertissement, mais sont voués d’un certain culte par les aficionados. C’est aussi la thématique abordée dans Batman V Superman. Shyamalan développe cette notion de culte, cette représentation du super dans l’inconscient collectif, sa perception et son influence sur la masse.

Incassable est ainsi un magnifique questionnement de la condition d’un héros, ses limites, sa naissance, son essence. Le cinéaste vient décortiquer ce mythe, cherche à trouver des réponses à la possible existence d’individus aux capacités inédites. Une approche méta, véritable hommage aux comics, mais également aux rêveurs intrépides, Incassable joue également beaucoup avec les clichés du film de super-héros. Et ce, dès le début, puisque David Dunn obtient ses pouvoirs dans un accident ferroviaire. Une astuce couramment utilisée dans les comics pour donner des pouvoirs à des individus. Bruce Banner obtient la force d’Hulk dans un accident aux rayons gamma, Peter Parker se fait mordre par une araignée, Matt Murdock devient aveugle par accident. Les tragédies sont souvent des éléments déclencheurs des pouvoirs.

Ensuite, Incassable permet de mettre en avant les relations de Némésis entre le gentil et le vilain. Shyamalan joue avec ce cliché également dans la dualité qui oppose David Dunn à Elijah Price. Puis, il y a la notion d’identité secrète qui fait son apparition avec des costumes et des pseudos – en l’occurrence un impair et l’obtention du surnom Glass. Mais aussi un élément inhérent à la faiblesse du héros, une kryptonite, qui prend la forme de l’eau pour David Dunn. Et la notion de contre parti, la représentation des personnages faibles physiquement, compensés par des capacités intellectuelles fortes, comme par exemple Charles Xavier. Glass est la représentation de ce type de personnage. Shyamalan a pensé à tout et joue avec les clichés du genre, les transforme, les réadapte. C’est la grande force d’Incassable et ce qui fait toute sa saveur. Ça, et son twist final génial.

Split : ou comment jouer avec les limites de la réalité

L’approche est différente, mais le but se veut identique. Shyamalan joue avec la corde sensible qui se niche quelque part entre fiction et réalité. Split à vocation à être d’avantage réaliste dans son approche scientifique, tout en contre balançant avec certaines situations beaucoup plus expressives et super-héroïques que dans Incassable. Le cinéaste s’éloigne un peu du mythe du super-héros pour se concentrer sur les maladies, névroses, pathologies et autres folies. Kevin Wendell Crumb, le personnage interprété par James McAvoy, est fortement inspiré de Billy Milligan. Ce citoyen américain arrêté en 1970, et diagnostiqué d’une forte dissociation de l’identité.

Billy Milligan

Un cas très controversé qui devait faire l’objet d’un film, The Crowded Room, avec Leonardo DiCaprio. Bien évidemment, Billy Milligan a eu une enfance difficile et manifeste des signes évident de pathologie psychologique dès son plus jeune âge. Dès 4 ans, deux personnalités dominent : celle d’une petite fille dyslexique prénommée Christene et celle de Shawn un garçon sourd qui émet des ronronnements étranges. Au fur et à mesure qu’il grandit, ses personnalités se multiplient. Certaines commencent sérieusement à sortir du lot. Il y a par exemple Ragen Vadascovinic, un Yougoslave de 23 ans à la force extrêmement développée. Il y a un Londonien qui parle et écrit couramment l’arabe. Mais ce qui rend encore plus étonnant cet individu, c’est que chacune de ses personnalités semble avoir sa propre conscience, mais également la conscience de la présence des autres, ce qui va les amener à créer une sorte de code ou de guide entres elles. Chez Shyamalan, ce sera La Horde.

Cet individu a donc 23 personnalités aux capacités totalement différentes. Arthur sait parler arabe, Allen est un escroc, Tommy un virtuose de l’évasion, David est un enfant de huit ans, Adalana est lesbienne, Phil est un bandit, Samuel est juif et est sa seule personnalité à croire en Dieu. Un sacré délire mais surtout du pain béni pour raconter une histoire quelque part entre fantastique et réalité. Avec Split, Shyamalan peut creuser dans sa thématique du super-héros dans un contexte réel. Il peut appuyer son propos qui consiste à affirmer que certaines personnes, dans notre réalité, sont douées de capacités inédites. C’est vrai que ce trouble de la personnalité très appuyé est passionnant, fait froid dans le dos également, mais est aussi fascinant. Un délire de comics certes, mais également vraisemblablement possible dans le monde réel. Après tout, les personnages de comics s’inspirent tous de notre environnement, souvent de la nature, de la faune, de la flore et des éléments.

Shyamalan confronte la réalité et le fantastique sans y poser de limite. Seul le spectateur décide de croire ce à quoi il a envie de croire, et pose lui-même ses restrictions personnelles. Split repose sur un concept de limitations psychologiques. Certaines théories avancent que l’être humain se pose lui-même des barrières psychologiques à ses propres capacités. Outre l’entraînement physique, de nombreuses prouesses sportives sont portées par un mental d’acier plus qu’un physique hors du commun. Si ces barrières sociétales générées par la peur tombent, techniquement, l’être humain n’a plus aucune limite. C’est ce que raconte Split, et surtout le personnage de la Bête, qui fait le lien avec les comics mais pas seulement. Elle est la caricature de cette théorie, l’échelon suivant, lorsque notre subconscient est libéré, et où les instincts primaires reprennent leurs droits. Billy Milligan serait donc un super-héros des temps modernes, sa maladie serait aussi une capacité incroyable qui lui permettrait d’avoir des connaissances et des aptitudes presque illimitées. Le spectateur de Split choisit d’y croire ou non. Ainsi, Shyamalan offre une approche légèrement différente sur sa thématique des héros ancré dans la réalité. Une continuité logique d’Incassable. Mais si celui-ci jouait d’avantage avec la mythologie des comics, Split préfère jouer avec la pathologie, ce qui le fixe encore plus dans le réalisme.

Glass : la conclusion qui réunit les deux visions

Chaque fan d’Incassable était resté sur le popotin à la fin de Split. Avec un plan rapide et discret, Shyamalan mettait une petite claque aux univers super-héroïque connectés, en créant son propre terrain de jeu. Split était donc la suite d’Incassable. Génie. Mindfuck parfait. Du grand Shymalan quoi. Ce twist final permettait de donner une toute autre lecture à Split. Le film s’éloignait ainsi un peu de l’ancrage réaliste, pour revenir à la thématique des super-héros, permettant d’introduire au passage Glass. Une conclusion qui tente de réunir les deux concepts : celui des comics et celui de l’ancrage dans la réalité.

A la fois hommage de fan aux comics, au genre du super-héros au cinéma, comme l’était Incassable, il cherche également à garder une certaine crédibilité à la manière de Split. Glass permet aussi d’insérer le doute à l’équation avec le personnage de Sarah Paulson. Pour la première fois, Shyamalan vient émettre la possibilité que ces deux individus n’ont rien d’extraordinaires, que ce soient finalement juste deux personnalités malades, mégalomaniaques, persuadées d’être uniques et différentes. Une réflexion nouvelle accolée, encore une fois, à la mythologie des comics. Le personnage d’Elijah Price délivre encore une fois ses discours méta sur la condition du super-héros des comics qu’il met en rapport avec les particularités des deux autres protagonistes. Une personnalité manipulatrice qui joue avec les facéties de ces paranoïaques ou un gourou en avance sur son temps, véritable mentor à même de développer tout le potentiel de ces incarnations super-héroïques.

Bien loin des problèmes galactiques de sauvetage de l’univers qui animent les productions du genre à gros budget, ce triptyque permet d’entrer dans l’inconscient du public. Shyamalan offre toute une psychanalyse de certaines pathologies, mais également du sentiment de force, de paranoïa, d’illusion, inhérent à chaque être humain. Très ancré dans une réalité sombre, Glass permet de confronter deux univers. Une dualité propre à chacun d’entre nous dans la conception de l’inexplicable ou dans les fantasmes les plus courant. Et encore une fois, le twist final en vaut la chandelle.

Glass est en salle depuis le 16 janvier 2018. Ci-dessous la bande-annonce :

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