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Gros plan sur la saga Rocky

« Creed II », huitième film de la saga « Rocky », commencée il y a plus de quarante ans, sort sur nos écrans. L’occasion pour nous de revenir sur une saga culte, qui a traversé les décennies avec son acteur principal, non pas sans échecs, mais qui a toujours su se relever.

Rocky (1976)

Sans grande surprise, notre Rocky préféré est le tout premier. Le film de John G. Avildsen n’avait rien, sur le papier, pour être un grand succès, avec son minuscule budget d’un million de dollars et un quasi-inconnu en tête d’affiche. Tel de nombreux films devenus cultes, Rocky a imprégné les spectateurs du monde entier d’images iconiques, et aujourd’hui le long-métrage n’a rien perdu de sa force. Comme les autres films, souvent plus bancals, le feront par la suite, le premier Rocky capture l’essence des États-Unis de son époque : le rêve américain est là, en tant que land of opportunity comme il nous l’est plusieurs fois textuellement répété, ou à travers le drapeau étoilé étendu derrière le ring. Ce n’est pas pour rien qu’Apollo Creed est déguisé en Georges Washington puis en Oncle Sam avant de combattre : en donnant sa chance à un boxeur inconnu d’affronter le champion du monde qu’il est, il veut montrer que tout le monde a sa chance aux USA.

Pourtant, Rocky Balboa ne cherche pas à devenir champion, ni millionnaire : seul lui importe l’amour d’Adrian (Talia Shire, qui se métamorphose au fil des films), dont il hurle le nom juste avant que ne résonne le générique. De son côté, Stallone, qui signe le scénario et refuse qu’un acteur connu interprète le premier rôle, livre un film éminemment personnel. Tel Balboa sur le ring, « Sly » écrit avec ses tripes le scénario en une poignée de jours, et enfile les gants de boxe jusqu’à brouiller la frontière avec son protagoniste. Au final, Rocky, c’est lui, et le boxeur sera tout au long de sa carrière son alter-ego, devenant un rendez-vous autant avec le personnage fictif qu’avec l’acteur qui l’incarne.

Grisant comme un training montage, dont il deviendra la référence, Rocky se paie le luxe d’être beau visuellement, avec une photographie granuleuse dans le plus pur style des années 1970, venant sublimer une ville de Philadelphie aux faux-airs d’un New York scorsesien. Sans oublier l’utilisation novatrice de la Steadycam, encore rudimentaire à l’époque, mais qui renforce le côté naturaliste de certains passages. Le tout est magnifié par l’inoubliable musique de Bill Conti, qui a dépassé le film lui-même pour devenir l’hymne de quiconque cherche de la motivation dans un sport… Au final, Rocky remporte 280M $ dans le monde (près d’un milliard en dollars actuels !) et trois oscars, dont celui du meilleur film. Mais au-delà des chiffres, il est devenu un véritable classique…

Rocky II : La revanche (1979), on prend les mêmes et on recommence

Rocky II commence triomphalement sur la fin du premier volet, et en constitue une suite directe. Si, avant de crier à plein poumons le nom de sa future femme, Rocky avait expliqué qu’il n’y aurait pas de match retour, la logique de la suite en est toute autre. Cependant, durant la moitié du film le spectateur suit le boxeur dans sa vie de tous les jours, lors de scènes pas forcément intéressantes où shopping et déboires sont au rendez-vous. Moins authentique et touchant que le film précédent, Rocky II manque ainsi cruellement de hargne – pendant les deux premiers tiers tout du moins. Car lorsque sa femme accouche, et tombe brièvement dans le coma, le long-métrage s’accélère tout à coup. A trente minutes de la fin, comme par magie, surgit un training-montage incroyable et totalement over the top, suivi de la revanche contre Apollo Creed que le spectateur n’osait plus attendre. Un match retour au diapason, pendant lequel Stallone donne tout devant comme derrière la caméra : sans concessions, le combat a pris quarante-cinq jours de tournage et cela se sent à l’image. Lorsque retentit l’hymne de Rocky, cette fois-ci champion du monde, et que se clôt le film, on a ainsi fini par oublier le gros ventre mou de cette « revanche ».

Rocky III : l’œil du tigre (1982), le cœur des eighties

Balboa est devenu un boxeur confirmé, est vivote dans sa maison de luxe, entre grosses voitures et publicités pour renflouer les caisses, tandis qu’un nouveau challenger se dessine dans l’ombre. Un personnage jusque-là peu travaillé va lui sortir de l’ombre, pour devenir le coach et meilleur ami de Rocky : le seul et l’unique Apollo Creed. On est ravi de passer plus de temps avec le sympathique Carl Weathers, lors d’entraînements à l’imagerie qui rompt totalement avec les deux films précédents. Une chose est sûre, avec Rocky III, on entre avec fracas dans les années 80, entre salles d’arcades et placements de produits pour Nike, footings sur les plages de Los Angeles et philosophie du muscle huilé. Devenu une vraie star, Stallone gagne en confiance et le film gagne en rythme, mais le troisième volet perd en puissance ce qu’il gagne en fluidité. Le combat final semble ainsi un peu trop facile, comme si le réalisateur / acteur restait sur ses acquis sans trop se fouler. A l’image du gala contre Hulk Hogan au début du film, Rocky III est ainsi un spectacle sympathique à regarder, mais sans grands enjeux ni grand dépassement. Le film a perdu « l’œil du tigre », mais quoiqu’il en soit, la séquence d’entraînement nous fera toujours autant sourire !

Rocky IV (1985) : « if he dies, he dies »

Le tout premier plan de Rocky IV annonce la couleur : deux gants de boxe s’entrechoquent, l’un aux couleurs de l’URSS, l’autre aux couleurs des États-Unis. Il faut dire qu’en 1985, même si c’est le début de la fin pour la Guerre Froide, on est alors en pleine ère Reagan. L’archétype du méchant russe a toujours du succès, et c’est un véritable film de propagande pro-US que va écrire Stallone. Face à lui, on retrouve ainsi un surhomme soviétique qui s’entraîne grâce à des machines : Ivan Drago (Dolph Lundgren), qu’on retrouve d’ailleurs dans Creed II. En l’affrontant, Rocky Balboa se bat non seulement pour venger Apollo Creed, mais aussi pour la société américaine toute entière ! 

De la Sibérie au KGB en passant par Marx et Lenine au-dessus du ring, on est en pleine Soviet-sploitation, et drapé dans le drapeau américain, Rocky finit par convaincre jusqu’au politburo que « tout le monde peut changer ». Dans la droite lignée de Rocky III, le quatrième volet pousse tous les potards à fond, et son budget explose totalement. Bien que ne durant qu’une heure et demie, le film enchaîne les scènes grandiloquentes et souvent totalement absurdes, comme la présentation d’un robot ménager (?) purement eighties venant briser le sérieux ambiant, ou une performance de James Brown vantant les qualités de l’Amérique avant le match Drago / Creed. Et si Bill Conti manque à l’appel, le long-métrage ressemble parfois à un juke-box. On est est en pleine période MTV , entre chansons explicitant le choc des nations (Burning heart) et clip qui vient se glisser au milieu du récit (No easy way out), flashbacks des autres films et regard pointé vers l’horizon inclus. Bref, Rocky IV c’est l’opus le plus délicieusement coupable de la saga !

De Rocky V (1990) à Rocky Balboa (2006) : avant Creed, l’héritage déjà en question

Si Creed, et encore plus sa suite, sont centrés sur la question de la filiation et de l’héritage, c’était déjà le cas des deux derniers RockyRocky V, en 1990, fait office d’épilogue peut-être inutile après la flamboyance kitsch des deux opus sortis dans les années 80, mais n’est pas pour autant honteux. Endetté, il y est encore une fois question d’un retour à la case départ pour le boxeur de Philadelphie et sa famille. Vingt-cinq ans avant le film de Michael B. Jordan, Balboa prend ainsi sous son aile un jeune sportif, tout en essayant d’élever correctement son fils. Une volonté intimiste qui passe un peu à la trappe, à cause du manque de charisme dudit protégé – un certain « Tommy Gunn » – comme de la relative platitude du récit. Le réalisateur du premier volet, John G. Avildsen, est revenu, mais la magie n’opère plus, et on pense quitter le boxeur sur un simple combat de rue…

La magie opère une fois de plus cependant, avec un retour inespéré pour les soixante ans de Stallone. Alors que tout le monde le pensait has-been, voilà qu’il revient véritablement aux sources avec une historie humble comme l’était Rocky premier du nom. Plus de numérotation, le long-métrage est tout simplement titré Rocky Balboa. Encore une fois, après l’accès à la notoriété exprimée dans les deux premier, les excès de la toute puissance dans les eighties, et la volonté de reconnaissance au début des années 1990, le personnage fictif va se faire miroir de l’être humain et de l’artiste. Devenu une curiosité destinée à répéter ses exploits passés, ayant perdu sa femme et ne sachant pas comment s’y prendre avec son fils, Balboa peine à trouver le bonheur dans sa vie monotone. Toujours entouré de son beau-frère Paulie (Burt Young), il va se décider à remonter sur le ring pour se prouver à lui-même, plus  qu’aux autres, qu’il existe encore. Comme dans les 15 rounds qu’il tient face à un jeune boxeur, Stallone prouve qu’il a encore des tripes et des choses à dire. La saga de Balboa est ainsi achevée, sur une note mélancolique qui lui sied à merveille.

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