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Gros Plan : The Predator de 1987 à aujourd’hui

À l’occasion de la sortie de « The Predator » de Shane Black, CinéSéries vous propose un gros plan sur cette créature horrifique culte du 7e art ! Avec quatre films et deux crossover, avec le xénomorphe, le Predator est moins présent à l’écran que l’Alien mais reste une des créatures les plus cultes de l’histoire du cinéma, notamment grâce à John McTiernan, le réalisateur du premier film.

Yautja, ce terrifiant extraterrestre qui apparaît à l’écran sous le nom du Predator depuis le premier film réalisé en 1987, a été conçu à l’origine par le maquilleur Stan Winston, véritable gourou des effets spéciaux, créateur également des légendaires créatures de Alien et Terminator.

Predator : la création d’un mythe

En 1987, soit presque dix ans après Alien, le huitième passager, une nouvelle créature extraterrestre envahit les écrans : le prédateur. John McTiernan (A la poursuite d’Octobre Rouge, Die Hard) est aux commandes et va signer un film d’action culte saupoudré de quelques influences horrifiques. Predator est peut-être la meilleure série B de l’histoire du cinéma. Également appelée Yautja, la créature est imaginée par les frères Thomas, les scénaristes du film.


La force de ce long métrage c’est sa manière de traiter l’action. Une oeuvre totalement fun, mais qui parvient également à dégager une véritable tension. Comme son cousin Alien, Predator ne dévoile pas sa créature dès le départ. C’est la classique formule de Les Dents de la Mer : ne pas montrer la menace pour créer une tension anxiogène. Puisque ce qui fait réellement peur au cinéma, c’est la suggestion, ce que l’on ne voit pas, ou peu, et qui trouble le spectateur. Ce dernier ne connaît pas encore la menace, et donc doit créer ses propres hypothèses, ses propres cauchemars. L’utilisation du hors champ est donc primordiale, et McTiernan le sait. Pour accentuer cette approche McTiernan joue également avec son décor, totalement surchargé, pour créer un flou, et accentuer la dissimulation du Predator. C’est ainsi que l’équipe a ajouté de fausses feuilles dans la jungle mexicaine, trop peu fournie au goût du cinéaste. Petit à petit la créature va entrer dans le champ, mais protégée par son camouflage d’invisibilité, le danger reste flou, et le spectateur à dû mal à observer la menace. Il ne sait pas encore à quoi il doit se mesurer, mais la menace devient tangible, ce qui accentue la tension. McTiernan offre donc une mise en scène précise pour mettre en scène le danger.

C’est ce qui fait la force de ce Predator, sa manière de gérer l’action. Le long métrage est une série B intelligente qui démontre que l’on peut encore faire de bons films d’actions. Predator est devenu instantanément culte et recèle quelques anecdotes. Par exemple Shane Black, le réalisateur du dernier Predator est au casting du film. Scénariste de L’Arme Fatale il est à l’origine employé pour réécrire le scénario en cas de modifications de dernière minute, puis se retrouve bien vite dans le commando. Mais ce n’est pas la seule star à s’être glissé dans Predator. Jean-Claude Van Damme devait initialement être dans le film. Inconnu à l’époque, l’acteur belge a fait des essais sous le costume du Predator avant d’être remplacé par le géant Kevin Peter Hall. Ce dernier expliquait à la Stan Winston School :

Jean Claude Van Damme n’avait pas la moindre idée de ce dont il s’agissait. Il a pensé que c’était la véritable apparence de la créature dans le film et il disait : « Je n’aime pas ça, je n’aime pas ça, j’ai l’air d’un superhéros ». Il était vraiment en colère… Jean-Claude, on ne vous a pas dit ? C’est un costume technique, vous serez invisible pendant la moitié du film », ça l’a rendu encore plus furieux. Il pensait pouvoir faire des arts martiaux, qu’il pourrait combattre Arnold Schwarzenegger… C’était complètement impossible ! Il n’avait pas réalisé qu’il serait l’équivalent d’un cascadeur.

Bref, pour terminer sachez également que le tournage a été un véritable enfer, que dans la jungle hostile du Mexique l’eau dans laquelle les acteurs déambulaient était pleine de sangsues, que Arnold Schwarzenegger a été hospitalisé et a perdu près de 10 kg, que James Cameron a eu l’idée des mandibules, ce qui a d’ailleurs convaincu Peter Cullen (également doubleur de Optimus Prime et Mario) de revenir doubler le personnage après avoir endommagé sa gorge sur le doublage de King Kong. Enfin, Predator aurait du s’appeler Hunter, pour « le chasseur ». Une appellation qui se prête mieux au personnage, ce que ne cesse de répéter Shane Black dans le dernier opus.

Predator 2 : un retour bancal

En 1991 le Predator est de retour dans les salles obscures. L’histoire prend place en 1997, et Arnold Schwarzenegger est remplacé par Danny Glover, la star de L’Arme Fatale. Stephen Hopkins (Freddy Chapitre 5, Perdus dans l’espace) récupère la réalisation. Quant aux frères Thomas ils sont de nouveau à l’écriture. Et ce n’est finalement pas le plus gros défaut de cette suite. L’approche n’est pas dénuée d’intérêt, et la vision des frères Thomas ne manque pas d’enjeux puisque le Predator est placé directement au milieu de la population, à Los Angeles. Exit la jungle mexicaine, cette fois le Predator applique sa chasse dans la jungle urbaine. À la manière de Jurassic Park : Le Monde Perdu, les frères Thomas déplace la menace dans un environnement connu, et surtout à la proximité bien plus importante. Cette fois l’extraterrestre est dans la rue, sous les fenêtres, et pas à des milliers de kilomètres.


Malheureusement, c’est la mise en scène qui va restreindre le potentiel de cette suite. Stephen Hopkins réalise une oeuvre très commune qui s’inscrit totalement dans les films d’actions des années 1990. Beaucoup de bruit, de nombreux effets visuels brouillons, et un manque cruel de réalisme. Les années 1990, le passage à vide du cinéma hollywoodien. Toute la fascination du hors champ de McTiernan, et le dosage en ce qui doit être montré ou non, sont totalement délaissés. Le Predator est très rapidement introduit, sans réel charisme, et la menace directement identifiée. Les effets horrifiques tombent à plat, et la tension est inexistante. Heureusement l’histoire est rattrapée par quelques visions gores, et quelques clins d’œil appuyés au premier opus, comme la scène de l’eau, réutilisée avec intelligence ici.

Predator 2 permet simplement d’élargir la mythologie. Le spectateur en apprend davantage sur la créature. L’extraterrestre est bien confirmé, tandis que de nouveaux gadgets font leur apparition. Le Predator a évolué depuis le premier opus. De même c’est la première connexion avec Alien, puisqu’un crâne de xénomorphe trône dans le vaisseau du Predator. Enfin, Danny Glover, très motivé, permet une belle proximité avec son spectateur grâce à un jeu rythmé.

Alien VS Predator : une rencontre tant attendue et pourtant…

La saga Alien s’est conclue en 1997 avec le quatrième opus réalisé par Jean-Pierre Jeunet. Depuis Predator 2, l’autre grand extraterrestre est absent des écrans. Mais la Fox n’a pas dit son dernier mot et espère bien exploiter encore un peu ces deux bestioles. Outre la recherche de bénéfices, les fans pouvaient se réjouir d’un crossover entre ces deux espèces. Après tout, cette confrontation aurait pu donner une guerre gore, effroyable et sans merci. Malheureusement, le studio a décidé de confier, en 2004, la réalisation à Paul W.S. Anderson… (Resident Evil, Pompéi, Mortal Kombat). Pourquoi tant de gâchis ?

Mais cette saga devait avoir un bel avenir. Parce qu’avant de débarquer au cinéma, les deux extraterrestres se sont déjà affrontés dans de nombreux jeux vidéos, puis dans les comics et enfin en produits dérivés comme des jouets ou des cartes à jouer. La saga Alien compte 4 films pour 3 Oscars, tandis que Predator est à deux films pour aucun Oscar. Mais à elles deux, les sagas ont remportés plus de 1.2 milliard de dollars au box-office mondial. Bref money-money.


Mais le film semblait partir d’une bonne intention. Les créateurs/designers Alec Gillis et Tom Woodruff Jr. ainsi que le superviseur des effets visuels John Bruno étaient tous partisans d’un recours limité à l’infographie pour respecter les designs originels des créatures. Environ 70% des effets spéciaux de Alien vs. Predator sont physiques. Le réalisateur confie :

Le public est averti et sensible à l’irréalité des meilleurs effets infographiques. Nous avons voulu lui donner à voir le choc de deux puissantes créatures, et la meilleure façon de procéder était d’avoir un vrai combat.

S’appuyant sur leurs contributions antérieures à la série Alien, ainsi que sur les dessins originaux de H.R Giger et les concepts de leur ancien maître Stan Winston sur Predator, les créateurs ont apporté un minimum de changements aux deux créatures par respect pour leurs fans.

Et c’est vrai que l’esthétique de ce crossover n’est pas le point faible du film. Les scènes d’actions sont relativement renversantes pour l’époque, et Paul W.S. Anderson offre quelques fight mémorables. Le spectateur est très content de retrouver l’Alien et le Predator, qui sont en grande forme, esthétiquement imposants. Le Predator se fait une nouvelle beauté, tandis que le xénomorphe lui vole un peu la vedette. On regrette simplement que ce crossover n’ait pas d’avantage d’ambition, se contentant d’être une série B d’action, plutôt qu’une oeuvre pleinement horrifique. Les combats auraient dû être une démonstration de violence, une confrontation de titans, mais sont gâchés par les tribulations lassantes du groupe d’humains. Les extraterrestres pullulent dans cette histoire qui n’a ni queue ni tête, sans véritable explication à cette guerre. Quoi qu’il en soit Alien VS Predator n’est sans doute pas un bon film, mais assurément un plaisir coupable.

Alien VS Predator – Requiem : pourquoi ?

Quatre ans plus tard, en 2008 donc, la Fox récidive. La réalisation est donnée aux frères Strause, superviseurs d’effets spéciaux. Et là c’est franchement le drame qui enterre toute possibilité d’un troisième opus. Le long métrage est évidemment nommé aux Razzie awards, tandis que les scénaristes tentent la même approche que pour Predator 2. Les extraterrestres sont de retour sur Terre pour davantage d’épouvante. Mouais. Alien VS Predator Requiem est une bouse en puissance. Le genre de film qui ne parvient ni à faire peur, ni à impressionner par ses scènes d’action, ni même à divertir par son humour.


Alien VS Predator Requiem introduit un nouveau protagoniste : le Prédalien. Bouh tremblez. Il est né d’un Alien incubé dans un Predator, qui a intégré certaines capacités du chasseur. Le Predalien est à 80% Alien et à 20% Predator. Il possède l’exosquelette de l’Alien, son sang acide, sa queue de scorpion et sa mâchoire extensible. De son hôte Predator, la créature a hérité des mandibules griffues qui entourent sa bouche et une version « Alien » de ses dreadlocks. Voilà, voilà… Depuis ces deux crossovers ont été effacés de la timeline des deux sagas. Clair et net !

Predators : le retour trop classique

Bon oublions ces mauvais souvenirs et retournons avec les Predators, et seulement eux. Et oui, attention il y a un S cette fois. Comme dans Aliens oui. Bref, Nimrod Antal (Blindés, Metallica Through the never) est chargé par la Fox de réhabiliter le Predator en 2010. Cette fois, le Predator va avoir quelques stars à charcuter. Puisque outre Adrien Brody en tête d’affiche, le casting se compose également de Topher Grace, Danny Trejo, Laurence Fishburne, Walton Goggins et Mahershala Ali. Bref sans doute le plus gros casting de la saga Predator. Mais des belles tronches ne suffisent pas à faire un grand film.


Nimrod Antal utilise le scénario de Robert Rodriguez. Ce réalisateur culte a en effet vendu son script du Predator à la Fox à la fin des années 1990. Son histoire aurait demandé un trop important budget, surtout face à l’échec du deuxième opus, la Fox a refusé. Mais Nimrod Antal a réutilisé le scénario de Rodriguez. Ce dernier déclarait, à propos de son scénario :

Je voulais que l’histoire se déroule ailleurs que sur Terre. J’avais aimé l’ambiance de la jungle dans le premier film, et en situant mon histoire sur une autre planète je pouvais utiliser un environnement semblable et en même temps différent. Cela permettait aussi de montrer pourquoi le Predator était attiré par la jungle terrienne dans le premier film : tout simplement parce que la planète qui sert de terrain de chasse à son espèce est couverte de jungle.

Nimrod Antal retourne aux sources. Il réunit un escadron de la mort, des hors la loi, criminels, yakuzas, mercenaires sur une planète éloignée. Ces jeunes gens très sympathiques sont les cobayes d’une expérience machiavélique. Ces tueurs vont devoir survivre face au tueur ultime. Bon si vous avez lu le titre de l’article vous savez de qui on parle. Ce nouveau Predators n’est pas un navet, c’est simplement un long métrage très classique, qui reprend les éléments du premier film, pour tenter un retour aux sources. Predators est un film très calibré, pas franchement effrayant, qui offre quelques scènes d’action sympathiques, rien de plus, rien de moins. Un survival classique quoi. Les caméos tant espérés de Arnold Schwarzenegger et de Danny Glover dans leur rôle de Dutch et Michael Harrigan ont bien été tournés, mais coupés au montage. Dommage, puisque maintenant Schwarzy a refusé de tourner un caméo dans le dernier Predator.

The Predator : Shane Black récupère la franchise

Et voilà, retour en 2018. La saga Predator est récupérée par Shane Black, qui enchaîne blockbusters (Iron Man 3, The Predator) et films plus intimistes (Kiss Kiss Bang Bang, The Nice Guys). Il choisit Boyd Holbrook (Logan) en tête d’équipe, Olivia Munn (X-Men : Apocalypse) en personnage féminin et le jeune Jacob Tremblay (Wonder). Shane Black était donc sur le tournage du premier film et récupère maintenant la réalisation du dernier.

Dans The Predator, l’extraterrestre est de nouveau de retour sur Terre. Comme d’habitude, cette volonté veut créer une dimension horrifique supplémentaire. Shane Black a tenté de ne pas trop dénaturer le Predator originel en utilisant des marionnettistes, des animatroniques, et surtout un costume, porté par le géant Brian Prince. De plus, The Predator est classé R. Enfin un blockbuster qui n’a pas peur de la violence et des têtes coupées. C’était la moindre des choses pour mettre en scène The Predator.


Pour autant, cette nouvelle adaptation n’est pas le chef d’oeuvre escompté, et le classique de McTiernan a encore de belles années devant lui. Shane Black a néanmoins compris que la série B est peut-être le meilleur moyen d’aborder le Predator si on se refuse à mettre en scène un film d’horreur. The Predator est une oeuvre décomplexée, fun, et rythmée, qui n’hésite pas à couper quelques membres. Pour autant, cet aspect série B est également la limite du film, qui ne parvient pas à devenir un monument de la science fiction à cause de ses enjeux trop classiques et de ses personnages caricaturaux. Si de nombreux personnages meurent, les survivants sont attendus, sans réelle surprise. Shane Black ne prend pas suffisamment de risque pour convaincre et ce n’est pas d’ajouter un Predator de 3m et des chiens aliens qui permet de relever le niveau. Bref, ce nouveau Predator a du bon et du moins bon, mais ne suffira sans doute pas à re-crédibiliser cette saga qui peine à repartir malgré les efforts de la Fox.

The Predator par Shane Black est en salles le 17 octobre. Finalement le premier Predator demeure encore le film à détrôner. La créature n’est jamais parvenue à redevenir aussi inquiétante et culte que dans le film de McTiernan, et ce n’est pas la nouvelle version de Shane Black qui risque de complètement relancer la saga…

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